DERNIERS SACREMENTS
Drelin ! drelin ! drelin ! sur la route poudreuse Que bordent le chardon, le trèfle et le sainfoin, Tel le frisson discret d’une âme douloureuse Courent des sons menus... Drelin ! drelin ! drelin !
Drelin ! drelin ! drelin ! Sur chaque fleur champêtre, Sur tout le sable et tous les cailloux du chemin,
Sur tous les grains semés, sur tous les petits êtres
Qui peuplent le gazon, drelin ! drelin ! drelin !
Drelin ! drelin ! drelin ! Devant vos maisonnettes, Accourez, paysans aux yeux bons et sereins, Écoutez sans répit la petite clochette
Clamer : « C'est le Bon Dieu ! Drelin ! drelin ! drelin !»
C'est le curé de Berdochette Et Pierre, son petit servant, Qui vont chez la mère Olivette Porter les derniers sacrements.
Vous savez, la petite vieille Marchant à petits pas pressés, Leste et vive comme une abeille Malgré ses soixante ans passés;
INGLEBERT GALLÈZE
Celle qu'on voyait, les dimanches, Dans le premier banc, près du chœur, Hochant toujours sa tête blanche, Prier avec tant de ferveur.
Elle semblait si bien portante !
Aurait-on dit, le mois dernier, Aux noces chez José Laplante, Quand Jean-Pierre s'est marié ?...
Bonnes gens ignorant l'envie, Malgré vos peines, vos labeurs, Vous tous qui chérissez la vie, Priez pour celle qui se meurt.
Drelin ! drelin ! drelin ! Sur la route poudreuse, Que bordent le chardon, le trèfle et le sainfoin, Tel le frisson discret d’une âme douloureuse Courent les sons menus... Drelin ! drelin ! drelin !
(Les Chemins de l'Ame)
LES QUÊTEUX Dans mes souvenances lointaines Revivent parfois vaguement
Les imposants croquemitaines
Du temps que j'étais un enfant.
Et je demande à ma mémoire :
Où sont-ils tous ces noms fameux, Cayen-Sucré, le Quêteux-Noir, Le Quêteux-Rouge et le Loucheux,
Petit-Turcot, Tornon-Vinguienne, Gaillards dégourdis et malins, Venant tous de Sainte-Julienne,
Du Grand-Cordon ou de Saint-Lin ?
Quand s’estompait leur haute taille Ondulant sur leurs lourds bâtons, Les chiens jappaient, et la marmaille Rentrait craintive à la maison.
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Crânement, sans cérémonie,
Et sur un ton de bon aloi :
« Bonjour, toute la compagnie. »
Puis ils étaient partout chez soi.
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A manger la soupe en famille
Et sans manières, retenus,
Ils riaient de façon gentille
Et disaient : «C’est pas de refus. »
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Pendant qu'on lave la vaisselle, Fumant leur pipe dans un coin, Ils vous dépliaient les nouvelles De tous les villages voisins :
« La belle Luce au gros Bellone Se marie au petit Durand.
Quand j'ai passé par Terrebonne Colas à Pierre était mourant. »
Après un petit bavardage :
« Merci! Bin du succès ! Adieu !»
Puis ils reprenaient leur voyage Sous le grand soleil du bon Dieu.
On était personne de marque, On était fier de son métier.
Un quêteux, c'était un monarque Ayant pour carrosse ses pieds,
Pour tout domaine, la grand’route, Pour fortune, un corps vigoureux, Et pour palais doré, la voûte Sombre ou transparente des cieux.
Depuis, des réformes iniques Et l'évolution des mœurs
Ont au vagabond pacifique Signifié : « Fravaille ou meurs lp
Pour conserver quelque importance, Pour être un peu considéré,
Fallut montrer des références,
Un bon billet de son curé,
ENGLEBERT GALLÈZE
Etre rachitique et tout croche, Bossu, n'avoir rien de niveau, Avoir une jambe qui cloche, N'avoir, de bras, que des morceaux.
Aussi — répereussion juste —
Le mendiant perséeuté
N'est plus le beau gaillard robuste Du bon temps de la liberté.
Avec leur mine pitoyable
Ce sont, tantôt, de faux boîteux, Qui jettent béquilles au diable Aussitôt que rentrés chez eux,
Des sourds-muets, de vilains drôles Aux gestes gourds et rococo,
Et qui recouvrent la parole
Dès qu'ils vous ont tourné le dos;
Ou, si par quelque rue obseure
Vous venez le soir à... ramer, C'est quelque quêteux d'aventure Qui parle de vous assommer.
Majestueuse silhouette,
Roi hâlé des chemins poudreux, Moi, franchement, je te regrette, O race des anciens quêteux.
(La Claire Fontaine)