‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 195 sur 255 · DEVANT DEUX PORTRAITS DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

DEVANT DEUX PORTRAITS DE MA MÈRE

Ma mère, que je l’aime en ce portrait ancien, Peint aux jours glorieux qu'elle était jeune fille, Le front couleur de lys et le regard qui brille Comme un éblouissant miroir vénitien !

Ma mère que voici n’est plus du tout la même; Les rides ont creusé le beau marbre frontal; Elle à perdu l'éclat du temps sentimental

Où son hymen chanta comme un rose poème.

Aujourd'hui je compare, et j'en suis triste aussi, Ce front nimbé de joie et ee front de souci, Soleil d’or, brouillard dense au couchant des années.

ÉMILE NELLIGAN

Mais, mystère du cœur qui ne peut s’éclairer ! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ? Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer ?

(Œuvre) LE VAISSEAU D'OR

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif :

Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues; La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues, S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène

Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputé !

Kue reste-t-il de lui dans la tempête brève ? Qu'est devenu mon cœur, navire déserté ?

Hélas ! il a sombré dans l’abîme du Rêve !...

(Œuvre) DEVANT LE FEU

Par les hivers anciens, quand nous portions la robe, Tout petits, frais, rosés, tapageurs et joufflus, Avec nos grands albums, hélas ! que l’on n’a plus, Comme on croyait déjà posséder tout le globe !

Assis en rond, le soir, au coin du feu, par groupes, Image sur image, ainsi combien joyeux,

Nous feuilletions, voyant, la gloire dans les yeux, Passer de beaux dragons qui chevauchaient en troupes |

Je fus de ces heureux d'alors, mais aujourd’hui, Les pieds sur les chenets, le front terne d’ennui, Moi qui me sens toujours l’amertume dans l'âme,

J'aperçois défiler, dans un album de flamme, Ma jeunesse qui va, comme un soidat passant Au champ noir de la vie, arme au poing, toute en sang Pauvee

(Œuvre)

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