‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 205 sur 255 · LE JARDIN D'ANTAN · texte numérisé non relu

LE JARDIN D'ANTAN

Rien n'est plus doux aussi que de s’en revenir Comme après de longs ans d’absence, Que de s’en revenir Par le chemin du souvenir Fleuri de lys d’innocence, Au jardin de l’Enfanec.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet D'où s’enfuirent les gaietés franches, Notre jardin muet Et la danse du menuet Qu'autrefois menaient sous branches Nos sœurs en robes blanches.

Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux Entremêlés de ritournelles, Avec des lieds joyeux Elles passaient, la gloire aux yeux, Sous le frisson des tonnelles, Comme en les villanelles.

__ ÊMILE NELLIGAN Jependant que venaient, du fond de la villa, Des accords de guitare ancienne, De la vieille villa, Et qui faisaient deviner là Près d’une obscure persienne, Quelque musicienne.

Mais rien n'est plus amer que de penser aussi À tant de choses ruinées !

Ah ! de penser aussi, Lorsque nous revenons ainsi ar des sentes de fleurs fanées, A nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis, Froissés, maltraités et sans armes, Moroses et vieillis, Et que, surnageant aux oublis, S'éternise avec ses charmes Notre jeunesse en larmes !

— (Œuvre) SOIR D'HIVER

Ah ! comme la neige a neigé !

Ma vitre est un jardin de givre.

Ah ! comme la neige a neigé !

Qu'est-ce que le spasme de vivre À la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés,

Mon âme est noire : où vis-je ? où vais-je ?

Tous ses espoirs gisent gelés :

Je suis la nouvelle Norvège

D'où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,

Au sinistre frisson des choses,

Pleurez, oiseaux de février,

Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses, Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !

Ma vitre est un jardin de givre.

Ah ! comme la neige a neigé !

Qu'est-ce que le spasme de vivre

À tout l’ennui que j'ai, que 1 (Œuvre)

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