‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 219 sur 255 · JET DE SAGESSE · texte numérisé non relu

JET DE SAGESSE

Le vieux maître est là-bas courbé devant la Vierge, La suppliant enfin de Jui garder son fils;

Son œil plonge en arrière, au temps lointain des lys, Et son front resplendit sous le baiser des cierges.

Y croyait-il, hier, à l'Etre où tout converge ? Le Dieu récent est-il done celui de jadis ?

Le passé meurt-il au son du De Profundis ?

Est-ce l'enfant perdu que le pasteur asperge

Le vieux maître est à-bas courbé devant la Vierge, Et son front, qu'éclairait un jour reconnu faux, Resplendit aujourd'hui sous le baiser des cierges.

L'ange atteint chaque erreur d’une invisible faulx, Puis, sur cette ruine où la grâce déferle, Brillent les bons vouloirs en chapelets de perles.

—— (Les Phases) MENSONGE D'UN PORTRAIT Mensonge des formes qui reposent

Pour mieux s’illusionner de paix Et faire à la douleur une pause;

Mensonge des yeux où l’art impose L'exquis sourire qu'un pleur frappait Au signe de l’âme inassouvie:;

Mensonge du cœur qui bat la vie En rythmes ardents, en flots épais, Pourtant la Mort passe et s’y convie.

EE (Les Phases) FÉLICITÉ

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Aimer pour en souffrir, n’en rien dire; Et souffrir pour aimer, le cacher; Croire à l'indifférence et sourire:

12: Se façonner un cœur, le détruire, Pour aller ensuite le chercher Dans son néant, le prendre et l’étreindre;

2 Ne plus rien espérer, mais tout craindre, Puis un jour, plus abattu, toucher Une main que l’on a cru nous plaindre.

—— (Les Phases) PRESSENTIMENT

Toute chair que l'esprit vampirode, Par ses enthousiastes sorties Vers un excelsior qui corrode,

Donne aux fougues du corps leur exode, Et les yeux se font perles serties Entre chaton de désespérance,

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GUY DELAHAYE

Mais le regard de l'intelligence S'aiguise de leurs forces parties, Et le pressentiment prend naissance.

nee (Les Phases) DÉDAIN

Partout la haine brait son excès, Et l'impuissante raison déclame Sur l'œuvre pour elle sans accès.

I] a lui quelque part un succès; Éteins la lueur, pecus infâme, Éteins, ton néant sera plus doux.

La meute a des espoirs vraiment fous !

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L'Homme se gîte tout en son âme :

Il y a l’Idéal, contre tous.

——— (Les Phases) LETTRES SUR L'ÉCORCE

Nous allions quelquefois dans les bois, promener Notre amour tout en fleur et jouir du silence

Que donne la'nature aux temps de nonchalance; Peut-être écouter nos baisers se butiner.

Les oiseaux en ont eu le cœur illuminé; Les arbres, furieux de si belle indolence, Grandirent leurs bras pour cacher notre insolence;

Peut-être aussi, qui sait ? pour mieux se lutiner.

Un jour, plus tendres, nous livrâmes à l'écorce Le secret de nos noms destinés à grandir Comme notre bonheur, en ardeur et en force.

Bien peu de soleils sont revenus resplendir,

Et les myosotis continueront d'éclore !

L'amour n’est déjà plus, l'arbre grandit encore.

(Les Phases)

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Paul Morin

BIBLIOGRAPHIE. — En vers : Le Paon d'Émail, poèmes (Paris, Lemerre, 1911). — En prose : Les Sources de l'Œuvre de Henry Wadsworth Longfellow, thèse pour le doctorat ès-lettres (Paris, A. Larose, 1912).

PouR PARAITRE PROCHAINEMENT. — Poèmes (Ors-Cendres-Jades- Soies), 1 vol.; Histoire de l'Exotisme littéraire, 2 vol. S-vo; Louise Labbé, ctude biographique et bibliographique, 1 vol.

M. Paul Morin naquit à Montréal, le 6 avril 1889. Après de brillantes études au High School et chez les Jésuites de Montréal et deux annces de lettres et de philosophie chez les Jésuites de Paris, il suivit les cours de droit de Laval et se fit admettre au barreau (1910). Il est depuis 1913 docteur de l'Université de Paris. Pour se délasser de ses études, el aussi pour satisfaire son goût très vif de l'exolisme, il fit de fréquents voyages. C'est ainsi qu'il parcourut successivement la France, L'Italie, la Grèce, la Turquie, sans oublier ces contrées merveilleuses de L'Afrique du Nord qui ont nom le Maroc et l’Algérie. Il rapporta, de ces longues promenades à travers le monde, les impressions les plus riches et les plus vibrantes qu'une nature d'artiste et de poète puisse ressentir, el ce sont principalement ces impressions — ces impressions de voyage — qu'il a essayé de traduire dans ses vers.

M. Morin a consacré peu de temps à la pratique du droit. Il a professé la langue et la littérature française un an à l'Université McGill (Montréal), un an à l'Université du Minnesota (Minneapolis) et un an au Smith College (de Northampton, près Boston). Contrairement au Paon d'Email, son nouveau livre de vers (Poèmes) sere dans la note subjectire.

«LL faut louer d'abord, dans l'auteur du Paon d’ Email, le sens de la beauté physique, le don de voir ct de peindre, el ce besoin d’eurythmie, qui sont les qualités esse ntielles de son talent. EL il faut louer en même temps la précision du trait, et la sobriété du dessin, el l'intensité de la couleur, qui montrent aux yeux du lecteur le paysage, le spectacle, l'objet. » (Abbé CAMILLE Roy). Artiste ciseleur qui marque, d’un trait net, de petits poèmes, et qui a compris que le mérite de ces poèmes résidait dans une forme aussi parfaite que possible, aux rimes rares el aux mots bien choisis... il a l'âme pastorale, et quand il se promène dans les villes, il mêle cette âme et son goût d'artiste érudit aux visions pilloresques qui sollicitent son imagination. » (PIERRE CouRToOIS,

La Revue Française) CAprès cela, qu'il ait, dans son inspiration même la plus personnelle, une originalité très neltement dégagée, c'est ce qu'il serait exagéré de dire, comme il serait, d'ailleurs, excessif de l'attendre d'un jeune homme de vingt-trois ans. Ce qui par contre, à nos yeux, n’est pas douteux, c'est qu'il existe aujourd'hui peu de

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