TRIANON
Mon cœur français et moi, nous vimes ce matin Le paisible hameau parfumé de fougère
Où Marie-Antoinette en paniers de satin Réva d'être bergère;
Et j'ai dit à mon cœur : Le matin est si beau, Si clair, si bleu ! pourquoi faut-il que tu tressailles Ainsi que tu le fais devant un cher tombeau
En revoyant Versailles ? »
Mais j'ai bientôt compris en regardant le lac,
La barque et son anneau rongé de mousse brune
Qu'on détachait, lorsque la tendre Polignac Ramait au clair de lune;
Les pelouses, l'étang doré, les noirs taillis,
Le pare mélancolique où, jouant à la balle,
Le dauphin poursuivait dans les sentiers fleuris Madame de Lamballe;
Les ronds-points de Le Nôtre et les ifs de Watteau
Où se perdait la reine, amusée et frivole,
Sans voir son front lauré par un mouvant flambeau D'une rouge auréole...
O cruelle douceur du petit Trianon !
Royaume désolé, candide bergerie,
Avec quelle douleur redit-elle ton nom, Blonde folle meurtrie,
Quand il fallut quitter pour la dernière fois
T'es chaumières de laque et tes marronniers roses,
Et le temple où l'Amour cachait dans son carquois Des flèches sous des roses |
(Le Paon d'Émail)