NOTRE LANGUE
Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
Ses mots sont earessants, ses règles sont sévères, Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois, Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.
Elle a le charme exquis du timbre des Latins, Le séduisant brio du parler des Hellènes, Le chaud rayonnement des émaux florentins, Le diaphane et frais poli des porcelaines.
Elle a les sons moelleux du luth éolien,
Le doux babil du vent dans les blés et les seigles, La clarté tle l'azur, l'éclair olympien,
Les soupirs du ramier, l’envergure des aigles.
Elle chante partout pour louer Jéhova,
Et, dissipant la nuit où l'erreur se dérobe, Elle est la messagère immortelle qui va Porter de la lumière aux limites du globe.
La première, elle dit le nom de l'Éternel
Sous les bois canadiens noyés dans le mystère. La première, elle fit monter vers notre ciel Les hymnes de l'amour, l'élan de la prière.
La première, elle fit tout à coup frissonner Du grand Meschacébé la forêt infinie,
Et l'arbre du rivage à paru s’incliner
En entendant vibrer cette langue bénie.
Langue de feu, qui luit comme un divin flambeau, Elle éclaire les arts et guide la science;
Elle jette, en servant le vrai, le bien, le beau,
A l'horizon du siècle une lueur immense.
Un jour, d'âpres marins, vénérés parmi nous, L'apportèrent du sol des menhirs et des landes,
Et nos mères nous ont bercé sur leurs genoux
Aux vieux refrains dolents des ballades normandes.
Nous avons conservé j'idiome légué
Par ces héros quittant pour nos bois leurs falaises, Et, bien que par moments on le erût subjugué,
Il est encore vainqueur sous les couleurs anglaises.
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Et nul n'oscra plus désormais opprimer
Ce langage aujourd'hui si ferme et si vivace, Et les persécuteurs n'ont pu le supprimer, Parce qu'il doit dure : autant que notre race,
Essayer d'arrêter son an, c'est vouloir Empêcher les bourgeons et les roses d'éclore : Tenter d'anéantir son charme et son pouvoir, C'est rêver d'abolir les ‘avons de l'aurore.
Brille done à Jamais sous le regard de Dieu,
O langue des anciens ! Combats et civilise.
Et sois toujours pour nous la colonne de feu
Qui guidait les Hébreux vers la Terre promise !
(Les AKpirations)
Nérée Beauchemin (1850- )
BIBLIOGRAPHIE. — Floraisons imatutinales, poésies (Trois-
ivières, 1897).
EN PRÉPARATION. Patrie intime, poésies.
AL, Nérée Brauchemin naquit à Yamachiche, le 20 février 1850: Ses ancêtres, du côté paternel, venaient de La Rochelle, cl, du côté malernel, de La Flèche, en Anjou. (Sa mère était Justement une Laflèche.) Médecin de son état, il a toujours pratiqué sa profession dans sa paroisse natale, sans jamais chercher la notoriété.
Plusieurs critiques. tant français que canadiens, ont fait tour à tour l'éloge de ce poète. Citons seulement: M. Albert Sorel, qui a écrit du poème La Cloche de Louisbourg que e’ctait la perle de l'antholsgie canadienne » : = I. Charles ab der Hablen (4 Nérée Beauchemin, peut-être le plus remarquable artisan de vers quil y ait au Canada...» $ — M. Auguste Dorchain (QI n°4 publié qu'un livre, — Floraisons mafutinales, -— frais bonquel qu'il semble avoir cucilli dans la rosée pendant ses courses... » -— « Vérée Beanchemin peut s'élancer plus haut que la rive. puisqiil a écrit La Cloche de Louisbourg, petit poème qui louche à la arandeur »}: M. Olirar Ass: lin («C'est le moins barnum de nos poûles canadiens »): 22 1. l'abbé Degagné, du Séminaire de Chicoutimi (4 Tolent vigoureux et neuf »):— Le R. P. Eugène Srers (« Puissance éroratrice serrie par une langue neuve, vivante, el parfaitement sûre d'elle-même si: Lonix Fréchette Ce Nul n'est plus artiste que lui»); — enfin M. l'abbé Camille Roy (QC Le lyrisme de M. Beauchemin est fort délicat. un pen précieux quelquefois, et rérèle une âme sensible n),
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