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LE TEMPS QUI PASSE

Les yeux dans les yeux, la maiD-dans la main,

Absorbés dans leur rêve surhumain,

Ils allaient tous deux, suivant le chemin,

Dans le vent qui jase ou le vent qui gronde, Sans entendre rien des bruits de ce monde. Tout ce qu'il savait, c'est qu'elle était blonde

Ce qu'elle savait, c'est qu'ils s'aimaient bien,

Qu'il était poète et musicien,

Et que sa guitare était son seul bien.

Ils étaient partis dès l'aube première, S'attardant à la rose buissonnière, Et, sans regarder jamais en arrière,

Ils allaient tout droit devant eux. Les gens, Les voyant passer lestes et fringants.

Souriaient avec des airs indulgents.

Parfois, il prenait en mains sa guitare, Et jouait, pour elle, un refrain bizarre. Qui sonnait joyeux comme une fanfare.

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— Et voici déjà que Midi vermeil Faisait poudroyer la route au soleil.

Ils allaient toujours et d'un pas pareil,

Sans se sentir las, et le cœur alerte, Ayant déjeuné d'une pomme verte Et d'une chanson au dessert offerte-

Mais ce n'était plus comme au matin-jour, Et les bonnes gens passant alentour Ne souriaient plus à leur libre amour.

— Qu'importe! Ignorants des heures passées, Tout entiers à leurs intimes pensées, Et serrant plus fort leurs mains enlacées,

Ils allaient toujours sans s'apercevoir Que tombaient sur eux les ombres du soir, — Au bord d'un étang ils vinrent s'asseoir.

Pour s'aimer encore et se le redire :

Un sot qui les vit éclata de rire,

Et ce fut comme un voile qu'on déchire.

Penché sur l'étang, miroir ingénu, Il se vit d'un œil lucide, et connut Qu'il était déjà très chauve et chenu ;

Sur l'étang penchée, elle vit les rides Qui déshonoraient ses tempes candides Et son front marbré de plaques livides.

Ils dirent alors d'un ton douloureux :

« Ce jour a passé bien vite ». Et tous deux,

Pour mieux se revoir, fermèrent les yeux.

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