‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 140 sur 160 · CHANSON A BOIRE · texte numérisé non relu

CHANSON A BOIRE

Je hais Neptune et les naïades, Les villes d'eau, les ports de mer, L'onde pure et le flot amer, Et les bains chauds et les noyades.

Je hais tous les mots en hydro :

Je hais la vapeur et la glace.

J'ai dit aux fontaines Wallace :

Je ne boirai plus de votre eau.

Plutôt que d'abaisser mes lèvres A votre insipide cristal, Je boirai le poison fatal, Dispensateur des chaudes fièvres !

Je boirai ton dernier sirop.

Pharmacien d'ultième classe!

J'ai dit aux fontaines Wallace : Je ne boirai plus de votre eau.

O vin ! legs sacré du calvaire Que le prêtre hume à l'autel 1 Toi qui fis Bacchus immortel, Et que le sceptique révère.

Que ta chanson, doux maestro, Berce toujours ma tête lasse !

J'ai dit aux fontaines Wallace :

Je ne boirai plus de votre eau.

De VOS bouteilles que pavoise Une étiquette aux ceiit couleurs, J'aime les glouglous enjôleurs, Enfants de l'antique cervoise, Fanta, pale aie, siout, hrô.

Bières brune, blonde ou filasse.

J'ai dit aux fontaines Wallace :

Je ne boirai plus de votre eau.

Dans une ivresse léthargique.

Fais-nous oublier les hivers.

Absinthe, sœur des printemps verts, Auprès de ta liqueur magique.

Les élixirs de Cagliostro Ne sont que frime et que fallace.

J'ai dit aux fontaines Wallace :

Je ne boirai plus de votre eau.

O rhum doré par les tropiques!

Kummel gelé par les frimas ) Cognac qui jadis rallumas Le feu des courages épiques, O patriarcal vespetrol O menthe, appoint de Lovelace l J'ai dit aux fontaines Wallace ; Je ne boirai plus de votre eau.

Lorsque étanchant ma soif française

Avec un luxe oriental,

J'aurai jeté mon capital

Par les fenêtres du grand seize,

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