‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 52 sur 160 · HORIZONS DE PLUIE · texte numérisé non relu

HORIZONS DE PLUIE

Toi, qui nais du baiser de la terre et de l'eau, Qui vis, en clapotant, sous la botte ou la roue, Et qu'un balai fangeux pousse ensuite au tombeau Du noir égout, moi seul, je te salue, ô boue !

Quand, dans Paris crotté, le bourgeois gémissant Tremble en son habit neuf qu'en cinglant tu pailletés, Moi seul, je te bénis ! pour le piège plaisant Que tend ta mousse brune aux pudeurs des fillettes.

Devant la robe à traîne en vain nous frémissons. Quand le trottoir a soif, nos yeux gourmands sont dupes ; Tu parais I et voici que de gais horizons Blancs, roses, violets, s'éclairent sous les jupes.

Rivés à des fuseaux long-empantalonnés.

Quand des pieds sans limite encombreront la rue, Fais-toi sombre, comme est la face des damnés, Pour l'Allemande épaisse et l'Anglaise pointue!

Lorsque tu sens peser leurs souliers patineurs, Venge-toi, venge-nous! sois méchante... éclabousse Leur jambe ridicule, au mollet sans rondeurs, Et salis d'un crachat leur chevelure rousse !

Mais quand t'effleurera le talon leste et fin De la Parisienne, au pas moelleux de chatte, Lèche amoureusement la bottine — un écrini — Gracieuse toujours qu'elle flâne ou se hâte.

La vois-tu voltiger, la fée aux pieds étroits? Ohl fais sèche, un instant, la place qu'elle essuie, Et contemple, sans les souiller, ces mollets-rois. Clairs pavillons d'amour, soleils des jours de pluie

JEAN FLOUX 141

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