EUGÈNE HÉROS
Y en a qu'une mèr' câline Et berc' sur ses genoux, Qu'ont des rob's de mouss'line ; Sûr'ment, ça n'est pas nous.
Voir toujours la famine.
Ça vous rend très jaloux ; On enrage, on rumine Des carnag's comm' les loups,
You!
La vie est un' gredine Et les homm's des voyous :
Nous voudrions qu'on dîne D'autr' chos' que des cailloux.
Dansons la capucine !
La mort aux yeux si doux Est là qui nous fascine.
Nous irons dans des trous;
You!
Dansons la capucine; Car nous mang'rons les choux Bientôt par la racine ; C'est assez bon pour nous I
IQS anthologie des poètes de MONTMARTRE
LES MOMES
Ils sont les maîtres du pavé ;
11 est leur domaine privé
Et les faubourgs sont leurs royaumes
Aux mômes.
11 en est de toutes grandeurs.
Ils sont tous plus ou moins frondeurs ; Ils négligent les axiomes,
Les mômes.
Les petits sont les momignards Avec la liquette aux fignards; Ils ne dégagent pas d" arômes,
Les mômes.
Entre eux on n'est guère savant ; A l'école on va peu souvent, ïh n'ont pas gagné de diplômes,
Les mômes.
Pourtant, en prose ou bien en vers.
Ils ont des langages divers; Même ils inventent des idiomes,
Les mômes.
Pour sûr, ils ne sont pascapons; Parfois, ils couc'nent sous les ponts.
Ils ne craignent pas les fantômes.
Les mômes.
EUGÈNE HÉROS IQQ
Ce sont eux qui font les titis,
Qui rigolent aux paradis
Des théâtres, des hyppodrômes,
Les mômes.
Ils sont malins, ils sont adroits; Ils savent user de leurs doigts Et faire manœuvrer leurs paumes,
Les mômes.
Ils n'aiment pas les vieux pantins,
Les tartufes, les puritains;
Ils ne chantent jamais de psaumes.
Les mômes.
Pour embêter les dirigeants Ainsi que messieurs les agents, Ils organisent des monômes.
Les mômes.
De nos cœurs et de nos esprits, Du cerveau de notre Paris, Ils sont les multiples atomes.
Les mômes.
Pour les chagrins et les douleurs, Pour calmer l'âpreté des pleurs.
Ils sont encor les meilleurs baumes
Les mômes I
Clovis Hugues, poète et homme politique, né à Ménerbes (Vaucluse) le 3 novembre i85i. Son père était meunier. Tout jeune, il se crut une vocation religieuse et ce fut au petit séminaire de Sainte-Garde qu'il fit ses premières études ; ses supérieurs après lui avoir fait prendre la soutane lui confièrent un emploi de répétiteur. Mais Clovis Hugues ne devait pas pousser plus loin ; il quitta l'établissement et vint à Marseille essayer du journalisme. Depuis longtemps déjà, et sur les bancs mêmes du séminaire, il s'adonnait à la poésie. Ses débuts dans le journalisme furent assez pénibles, car il n'eut d'abord au Peuple, où il était entré, que le plus infime emploi ; il y était moins un rédacteur qu'un garçon de bureau :
Ja collais quelque peu les bandes ; je portais Des paquets ; j'allumais la lampe et je n'étais. Avec tout mon latin, qu'un Ruy-Bias littéraire.
a-t-il dit de lui-même dansune pièce devers autobiographique.
Nous ne parlerons pas de sa carrière politique, nous rappellerons seulement qu'il fut député des Bouches-du- Rhône et plus tard député de la Seine.
Il est mort à Paris en 1907.
BIBLIOGRAPHIE
Parmi ses œuvres, d'une inspiration généreuse et d'un grand souffle lyrique, nous citerons :
La Petite Muse (1874). — Les Intransigeants {i8y5). — Poèmes de prison (1875). — Les soirs de bataille (18S2). — Les ju^rs de combat (i883). — Les Evocations (i885). — Rimes choisies (1886). — Madame Phaéton (1888). — Le sommeil deDantcn, drame en cinq actes, en vers (1888). — Monsieur le Gendarme I1891). — Le Bandit (1892). — Le mauvais Larron (189 5). — La Zhanson de Jehanne d'Arc (1899).