LES FLEURS
Moi, sous-chef des odeurs suaves, Et qui marche toujours à côté du bonheur,
Je professe à l'égard des fleurs, Qu'elles prennent des airs penchés ou des airs graves,
Une horreur profonde qu'accroît Ce servage par qui — sans être humiliées, —
Elles sont en gerbes liées Ou serves de la terre en quelque vase étroit
Du trottoir au sixième étage, Elles sévissent, elles entrent sans douleur
Chez nous et jusques dans nos mœurs...
Toujours des fleurs ! partout des fleurs t même en voyage
Elles sont trop ! — Et c'est tout bas Que je le dis : il en est encor d'inconnues,
Dans des serres entretenues ; Pourvu, mon Dieu 1 pourvu qu'elles n'en sortent pas l
Celles-là sont bien moins coupables Qu'on ne voit pas. Mais on en voit ! Mais il y a
Cet implacable dahlia, Toujours poussant et repoussant, inéluctable 1
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Mais il y a la rose : amour; La violette : qui se fait toute petite ;
Enfin la grande marguerite :
Du désespoir et puis de l'espoir tour à tour.
On peut pardonner à la rose, A la rose qui vit l'espace d'un matin;
Dont on sait le nom en latin Et qui, malgré ce nom, n'est presque jamais rose.
La marguerite, passe encor 1 Ah! l'anémique marguerite au cœur jonquille,
Qu'interroge la jeune fille Et qui fleurit dans les cheveux d'ébène et d'or.
Mais il y a la violette, Qu'on dit simple et timide et qui va se doublant
Avec, après elle, un relent De parfumeur ou de cabinet de toilette I
Mais il y a, mais il y a Le dahlia, plus régulier qu'une caserne,
Qu'un hôtel vide et sans lanterne, Le dahlia I ce grand cochon de dahlia !
Bien que je sois un peu poète, Je suis bon et ne peux faire aucun mal aux fleurs,
Je suis de l'avis de l'auteur Qui dit dans un langage étranger, mais honnête :
Qu'il ne faut point battre — ô douceur t Une femme avec une fleur : — c'est très logique •
Et je prends une bonne trique, Pourtant, je vous l'ai dit, je n'aime pas les fleurs.
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