MINUIT
Mon cœur, mon cœur, déjà minuit 1 Pas un astre ne nous éclaire ; L'orgueil a masqué ma misère, Le rire a masqué mon ennui I
J'ai fait cingler les beaux navires De mes chers rêves ingénus Vers de chimériques empires :
Ils ne sont jamais revenus.
L'amour m'a crié de le suivre.
Oh I mon cœur, — quelle lâcheté I — Nous qui n'avons pas osé vivre Dans sa joie et sa vérité l
Pour peupler tant de solitude, Les autres, qui croyaient savoir, M'ont proposé leur certitude ; Mais rien n'est monté dans le soir.
Mon cœur, il n'est pas d'aube humaine Sur l'éclatant Jour éternel ; Les mots sont vains, la gloire est vaine ; Nous n'avons que l'envers du ciel.
Et puis, demain, l'homme et la terre Cesseront d'être un souvenir...
Ah 1 Comme il vaudrait mieux se taire Et se contenter de mourir I
(Inédit.)