‹ Anthologie des poètes du Divan. Avec une introductionChapitre 41 sur 86 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

Mon cœur, mon cœur, déjà minuit 1 Pas un astre ne nous éclaire ; L'orgueil a masqué ma misère, Le rire a masqué mon ennui I

J'ai fait cingler les beaux navires De mes chers rêves ingénus Vers de chimériques empires :

Ils ne sont jamais revenus.

L'amour m'a crié de le suivre.

Oh I mon cœur, — quelle lâcheté I — Nous qui n'avons pas osé vivre Dans sa joie et sa vérité l

Pour peupler tant de solitude, Les autres, qui croyaient savoir, M'ont proposé leur certitude ; Mais rien n'est monté dans le soir.

Mon cœur, il n'est pas d'aube humaine Sur l'éclatant Jour éternel ; Les mots sont vains, la gloire est vaine ; Nous n'avons que l'envers du ciel.

Et puis, demain, l'homme et la terre Cesseront d'être un souvenir...

Ah 1 Comme il vaudrait mieux se taire Et se contenter de mourir I

(Inédit.)

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