PRINTEMPS BÉARNAIS
A Edmond Pilon.
Il est cinq heures sur la ville printanière.
Du ciel un peu brumeux que teinte le couchant
Se répand une douce et suprême lumière ;
Aux bambous du faubourg s'attarde quelque chant.
Les neiges sont tout près ; on dirait des glycines. Satisfais-toi, cœur inquiet, de ce bonheur ; Goûte sans amertume et le soir des collines Et ces reflets partout comme un songe de fleur 1
Au vent qui t'arrachait tes bouquets nuptiaux Précocement fleuris, vieux verger de village, Pour en répandre la dépouille sur les eaux. Une enfant s'amusait à tendre son visage.
Et plus fraîches encore en étaient les couleurs. Ah I qu'il eût été doux de trouver sur sa joue, O vieux verger, le goût d'amande de tes fleurs Dont l'ouragan de mars brutalement se joue I
J'ai vu déjà le papillon des cardamines Flâner sur la rosée, arc-en-ciel des talus, Et des pruniers fleuris comme des aubépines. Jours pluvieux, enfin seriez-vous révolus ?
Le vieil arbre neigeux, tout bourdonnant d'abeilles Dans l'azur où fléchit la ligne du coteau. Le papillon-aurore et tant de fleurs vermeilles M'auraient fait chanceler, ivre de renouveau.
L'église aux trois cyprès que les astres couronnent S'éclaire dans la nuit odorante d'avril. L'autel n'est qu'un bouquet de rouges anémones. Hier encore aux vitraux crépitait le grésil.
Aimons ce chemin creux où les rameaux fleuris Des vergers séparés sur nos têtes se mêlent ; Et, dans le clair lacis de leurs nudités frêles, L'azur comme un oiseau chatoyant semble pris.
Une fille aux seins lourds gagne, portant des seilles, La ferme au colombier si drôlement coiffé. On entend des pigeons le langage étouffé. Le Gave luit là-bas aux saligues vermeilles. (Inédit.)