LA ROSE DU POÈTE
Emergeant du corset qui gardait sa jeunesse, La rose virginale, au seuil du jardin clair, S'entr'ouvre, et le Printemps, à son beau pourpoint vert L'agrafe et doucement la flatte et la caresse.
Si candide et si frêle, en sa tendre couleur, Dressant sur le rameau, par la nuit reposée, Sa coupe merveilleuse où tremble la rosée. Elle cache sa joie au secret de son cœur.
Pour la prendre au réveil, en sa fraîcheur première, Dès l'aube, son ami le poète est venu. Avant que sa splendeur fragile ne connût L'implacable baiser de la fauve lumière.
Il contemple, ravi, son sourire plus doux.
Plus pur et plus loyal que toute chose humaine.
EUe naît, et déjà sa grâce souveraine
A désarmé les fronts, de sa gloire, jaloux.
La pervenche et l'œillet s'effacent devant elle. On rêve, la voyant, de bonheur infini ; Et le bon jardinier, dans son âme, bénit Ce radieux matin qui l'a faite si belle,
{Inédit.)
EDGAR iMALFÈRE
Né à Hergnies (Nord) le 24 juillet 1885.
Collaboration poétique au Divan : n^ 2, mars 1909 ; — 11° 17, janvier 1911 ; — n° 71, mai 1921.
Bibliographie : Le Vaisseau solitaire^ poèmes. « Le
Beffroi », 1905.