‹ Anthologie des poètes du Divan. Avec une introductionChapitre 49 sur 86 · GUERRE MORNE · texte numérisé non relu

GUERRE MORNE

Laids comme leurs déserts de boue aux mornes teintes Les combats d'à présent ontpour seuls bruits guerriers Des détonations, des sifflements, des plaintes.

Ils n'ont point. Magenta I tes clairons pour crier, Ne lancent pas au ciel, léna I tes fanfares. Leurs assauts se sont faits silencieux et rares.

Leur tuerie, Austerlitz, ignorera toujours

Le bruit tonitruant de tes deux cents tambours

Mêlés au chœur des voix et des fifres hilares.

Gomme deux ennemis trop las, trop haletants Pour proférer un mot, s'enlacent près d'un gouffre. Allemands et Français luttent depuis longtemps.

Mais un son grave emplit le cœur qui peine et souffre. Entendu de lui seul, il grise mieux que font La trompette argentine ou le tambour profond,

Ou le hennissement du cheval qui se cabre, Ou le drapeau qui claque avec ses lettres d'or. Ou le fourreau froissé laissant jaillir le sabre.

Diminuant, croissant, jamais il ne s'endort. C'est le murmure sourd ou c'est la clameur forte De notre résistance orgueilleuse de soi

Au point d'en oublier tant d'espérance morte, Tant d'adieux éternels, de deuil, de désarroi, Dans l'exaltation toujours neuve et robuste

Du respect reconquis en cette guerre juste.

LOUIS MANDIN Né à Paris le 14 avril 1872.

Collaboration poétique au Divan : n" 1, janvier 1909.

Bibliographie : Etude sur les Ballades françaises, de Paul Fort. Figuière, 1909. — Ariel esclave, poèmes. « Mercure de France », 1912. — Les Saisons ferventes, poèmes. « Mercure », 1914. — Notre Passion, poèmes et proses. Renaissance du Livre, 1920.

A consulter : Léon Deubel, Nouvelle Athènes, avril 1907. — T. de Visan, Vers et Prose, mars 1912. — Henri Ghcon, Nouvelle Revue française, juin 1912. — Jean Florence, Comme il vous plaira, mai-juin 1912. — Francis Carco, Le Feu, juillet 1912. — Tristan Derème, L'Ile Sonnante, août 1912. — J.-A. Nau, La Vie, septembre 1916. • — Georges Le Cardonncl : Courrier du Centre, 2 avril 1920. — André Fontainas : Mercure, V^ mai 1920. — S.-Ch. Leconte : Belles-Lettres, mai 1920. — Guy Lavaud, La Vie, 15 mai 1920. — Henriette Charasson, Le Rappel, 3 août 1920. — Jean Royère, Carnet critique, décembre 1920.

A l'intérieur du divan

L — l'étoile du soir d'amour

Voici ma main qui vient dans le grand ^oir limpide, Et vous apporte, calme, après l'ardeur torride Du jour que l'épuisant soleil incendia.

L'étoile qui première en l'azur scintilla.

Oh I prenez son baiser, sa lumière profonde I Si dans le ciel et dans mon âme elle est un monde, Tremblante, elle se fit, pour se donner à vous. Petite, et dans ma main ce n'est plus qu'un bijou. Sur votre cœur, hélas 1 mettez-là, mon amie ; Car cette perle, c'est un don secret : ma vie.

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