‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 27 sur 85 · SOMMEIL · texte numérisé non relu

SOMMEIL

Tu dors. Ta tête fine indolemment s'allonge Sur l'oreiller, creusé du poids de tes cheveux. Qui parmi la dentelle éparpillent leurs feux ; Et le silence, ami de l'ombre qui prolonge Mon rêve doux et tendre, incite encore mes yeux A te contempler nue au travers de leur songe.

Tu dors. Tes seins menus sous la baptiste à jour Soulèvent minutieux leur pointe blanche et rose, Et sur ton cou gracile où mon baiser se pose L'ombre a glissé ses doigts et sa lèvre. A mon tour, Dans le creux parfumé de ton épaule j'ose M'enivrer des senteurs de chair, d'aube et d'amour.

Tu dors. Ton bras si pur, posé sur la courtine, Semble en s'abandonnant se baigner dans la nuit ; Ton souffle égal et doux s'envole à petit bruit Et sur les yeux baissés tes longs cils se dessinent, Faisant plus langoureux le sourire qui luit Entre les lèvres, où le baiser se devine...

Amoureuse lassée et câline, tu dors ;

Ton épaule parfois dans sa blondeur frissonne

Comme si tu vibrais au désir qui talonne

Cette ardeur galopant parmi ton songe encor,

Et qui, close aux parois de ton front clair, bourdonne

Comme l'abeille ardente au creux des ruches d'or.

Enfant frêle et docile et tendre, qui sommeilles Parmi la floraison de tes cheveux épars. Tu ne devines pas que pour toi mes regards S'adoucissent dans l'aurore qui s'ensoleille ; Dors, car voici le jour et tous ses cauchemars Qui, dansant sur le lit, veulent que tu t'éveilles... {L'Ombre qui tourne.)

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