‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 3 sur 85 · PETITE FUGUE D ETE · texte numérisé non relu

PETITE FUGUE D ETE

Moi qu'enchantèrent les regrets Et les romans et les romances Maintenant je souhaiterais Des yeux où rien ne recommence.

Quand le goût des baisers anciens Remonte à deux bouches offertes, Chacune entend garder les siens Et veut l'autre nue et déserte ;

Mais ce qu'un jour on a donné Où donc irait-on le reprendre ?

Comme on dit au Pays du Tendre C'est macache et midi-sonné.

Enfant I prête- moi ton bandeau, Que je me dérobe à moi-même !

11 n'est pas vrai, je le sais trop, Qu'on soit aveugle quand on aime.

Ne quittez pas mes yeux mortels Retenez-les contre les vôtres.

Qu'ils ne voient plus terre ni ciel Ni ces destins où je me vautre.

Faites que leurs feux obstinés A votre ingrat et doux service.

Meurent enfin comme ils sont nés Rebelles, et pleins de caprices.

NICOLAS BEAUDUIN Né à Amiens le 10 septembre 1883.

Collaboration poétique au Divan : n" 20, avril 1911.

Bibliographie : Le Chemin qui monte. Sansot, 1908. — Les Triomphes. Edit. Rubriques Nouvelles, 1909, — La Divine Folie. Rubriques Nouvelles, 1910. — Les Cités du Verbe. Rubriques Nouvelles, 1912. — Les Sœurs du Silence. Basset, 1913. — Les Campagnes en Marche. Basset, 1913. — Rythmes et Chants dans le Renouveau. Povolozky, 1920. — Signes Doubles, poèmes sur plusieurs plans. Povolozky, 1921. — L'Homme Cosmogonique, poèmes sur plusieurs plans. Povolozky, 1922. — Les Enfants des Hommes. Povolozky, 1923.

Depuis 1912 Nicolas Beauduin dirige La Vie des Lettres

POÈME

Le crépuscule est au jardin.

L'odeur des sureaux monte et grise.

Huit heures sonnent au lointain Au cadran de la vieille église.

La chatte traverse la cour.

Le chien jappe vers son écuelle.

C'est l'ultime baiser du jour

Au front d'or des grappes nouvelles.

Le serin frappe à petits coups Le bois vernissé de sa cage.

Là-bas la plaine est à genoux Dans la ferveur du paysage.

Instant de repos et d'espoir !

La terre humide et grasse fume.

Et dans la douce paix du soir Meurt le son grave d'une enclume.

Silence. Vois, l'oiseau s'endort...

J'aime l'adieu divin des choses.

Et dans l'ombre où flotte la mort Tes lèvres ont un goût de roses.

Cher bonheur, mais sitôt passé !...

Les frelons rentrent sous les treilles.

Tu suis d'un regard angoissé Le pesant départ des abeilles.

Déjà la dernière s'enfuit I...

Mais dans le grand ciel qui se voile

S'ouvre la ruche de la nuit

D'où vont s'envoler les étoiles,

(Inédil.)

PIERRE BENOIT Né à Albi, le 16 juillet 1886.

Collaboration poétique au Divan : n° 65, mai-juin 1920.

Bibliographie. — Poésie : Diadumène, 1914. — Les Suppliantes. Albin Michel, 1920. — Romans : Kœnigsmark. Emile-Paul, 1918. — L'Atlantide. Albin Michel, 1919. — Pour Don Carlos. Albin Michel, 1920. — Le Lac Salé. Albin Michel, 1921. — La Chaussée des Géants. Albin Michel, 1922. — Mademoiselle de la Ferté. Albin Michel, 1923.

A consulter : Henri Martineau : Pierre Benoît, « Le Divan » 1922. — Pierre Lièvre : Pierre Benoît, «Les Marges», 15 septembre 1922. — Paul Souday et jM^e Charasson- Johannet, passim.

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