‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 41 sur 85 · L ATTENTE · texte numérisé non relu

L ATTENTE

Bientôt tu seras là, je le sais, je t'attends. L'horloge à pas menus précipite le temps. Au dehors la tempête souffle. Dans ma chambre Brille le mol éclat des lampes de décembre. Et, pour ta nudité prochaine, l'âtre clair Crépite et d'un rayon de flamme chauffe l'air...

Je t'attends. Quelle fièvre est en moi ! Je suis ivre. Mes doigts impatients ont laissé choir le livre

OÙ pour tromper l'attente et calmer mon ennui J'essayai de chercher le bonheur qui me fuit. Mais qu'importe à mon cœur ce qui n'est pas lui-même? Quel livre en ce moment mérite que je l'aime ? La douleur qui n'est pas la mienne me surprend Et tout autre héros me laisse indifférent...

Bientôt tu seras là. Je t'aurai, ma chère âme, Serrée entre mes bras avec toute ma flamme. Tu m'auras regardé jusques au fond des yeux Pour y chercher, hélas ! ce mal silencieux Qui parmi nos baisers t'inquiète et t'étonne...

Et tandis que le vent, au dehors, monotone, Continue à pousser son sourd gémissement, Pour la vingtième fois nous serons des amants. D'une tremblante main j'aurai défait ta robe Et cherché de nouveau ce bien qui se dérobe. Je tiendrai contre moi ton corps passionné Et frémissant encor de s'être tant donné, Je jouirai de voir l'amour que j'ai fait naître Et, sans le partager, combien il te pénètre, Combien ce que je donne est plus grand que la part Que je prends à ce jeu de dupe et de hasard... Et sur le lit défait, ô ma belle maîtresse, Je songerai combien est vaine ta tendresse, Combien peu de bonheur je tire d'elle, hélas ! — Mais toi, dans ton néant, tu ne comprendras pas. Et courbé sur ton sein, gémissante mandore Dont après le plaisir la corde vibre encore, Je goûterai l'amer et sec contentement De ta soumission, — de mon isolement... {La Flamme et les Cendres.)

JE vous DIRAI l'odeur

Je vous dirai l'odeur de la campagne après Que la pluie a trempé l'herbe épaisse des prés. Le doux balancement des roses sur leur tige, La forme du nuage au vent qui le dirige,

L'hirondelle et son jeu de navette, et l'azur. Et l'avoine qui tremble au faîte du vieux mur Je vous dirai l'heure dorée, et l'ombre lente, Et la source où bruit la Nymphe diligente. Et la cloche qui sonne, égale, et, chaque instant, Mesure nos plaisirs et notre part de temps... (Aquarelles.)

l'automne

Adieu 1 Voici l'automne et son triste présage. On a coupé les fleurs, on a cueilli les fruits. Et dans le pâle ciel que l'hirondelle a fui Déjà monte un néfaste et ténébreux nuage.

Adieu 1 L'été n'est plus. Son doux sourire a lui. Le regard éclatant s'éteint dans le visage. Et le cœur qui se calme, hélas ! et devient sage S'abandonne aux langueurs du monotone ennui.

Hélas 1 Rien ici-bas ne dure. Tout s'efîace.

Seule une éternité de rêve prend la place

Des chers biens qu'on croyait jamais ne voir finir !

Mais non ! L'amour n'eût-il bâti que sur le sable. De nos bonheurs passés le reste impérissable Ta cendre nous le garde, ô brûlant souvenir 1

{Aquarelles.)

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