‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 5 sur 85 · JEAN-MARC BERNARD · texte numérisé non relu

JEAN-MARC BERNARD

Né à Valence le 4 décembre 1881. Tué à la guerre, entre Sou chez et le Cabaret Rouge, le 9 juillet U91 5.

Collaboration poétique au Divan : n° 5, septembre-octobre 1909 ; — 11^ lu, avril 1910^ — n" 22, juin 1911 ; — n» 30, avril-mai 1912 ; — n° 39, mai 1913 ; — n^ 89, mai 1923.

Bibliographie : Savinien de Cyrano et Edmond Rostand. Valence, 1903. • — La Mort de Narcisse. Valence, 1904 et Bruxelles, 1905. — L'Homme et le Sphinx. Valence, 1904. • — Quelques Essais, poèmes 1904-1909. Nouvelle Librairie Nationale, 1912. — Pages politiques des Poètes français. Nouvelle Librairie Nationale, 1912. — Charles d'Orléans : Rondeaux choisis. Sansot, 1913. — Sub tegmine fagi. Editions du Temps Présent, 1913. • — François Villon. Larousse, 1918. — Haut Vivarais d'Hiver. Collection du Pigeonnier, Saint- Félicien-en- Vivarais, 1921. — Œuvres de Jean- Marc Bernard, suivies des Reliquiœ, de Raoul Monter. < Le Divan », 2 volumes,

A consulter : Charles Maurras : Tombeaux, Nouvelle Librairie Nationale, 1921. — Henri Martin eau : Jean-Marc Bernard, « Les Ecrits Nouveaux » , n» «23 et 24, nov.-déc. 1919.— Henri

Clouard : Jean-Marc Bernard.» Le Divan », n" 51, octobre 1915. — Fagus : L'âme et la destinée d'un poète. — Henri Martineau : Jean-Marc et Raoul Monter. — Maurice de Noisay : Les Guêpes. « Revue critique des Idées et des Livres» , novembre 1919. — La Revue Fédéraliste, n° consacré à Jean-Marc Bernard. — Paul Souday : Le Temps, 23 août

POEMES

Qu'ai-je à faire, bavards, de vos préceptes vains ? Apprenez-moi plutôt à goûter de ces vins Qui réjouissent l'âme et parfument la bouche ; Ou mieux, enseignez-moi les déduits inconnus Auxquels s'abandonnaient Adonis et Vénus Sur les épais gazons qui leur servaient de couche. Raoul, emplissez donc la coupe que je tiens ; Et toi, souple amoureuse aux fraîches lèvres, viens Puis, tes voiles tombés, permets que je te touche. Endormons notre cœur dans les plus doux plaisirs La mort, bien assez tôt, calmera nos désirs, En posant sur nos fronts sa caresse farouche.

Que l'aube est froide après une nuit d'insomnie I Beau souvenir d'amour, ah I pourquoi me blesser ? Sans doute, avec le jour, qu'ils vont enfin cesser Mes soupirs, mes regrets et ma peine infinie...

Mais voici s'élever, sous les treilles épaisses, Le râle continu des pigeons palpitants, Et j'évoque aussitôt son image et j'entends Son lent gémissement sous les lentes caresses.

O corps tant caressé, d'autres mains que les miennes,

Ce soir, s'alanguissent sur toi.

Oublieux, je le crains, des caresses anciennes,

Tu frémis d'un pareil émoi.

Je n'aurai point pour toi de jalouse colère : Je saurai con tenir mon cœur;

Car je redoute, ô mon amour, de te déplaire En découvrant trop ma douleur.

Tu ne sais repousser l'attrait d'une caresse ;

Toujours tu cèdes au désir.

Il faut, à ta chair tiède et souple, la paresse

Qui suit l'étreinte et le plaisir.

Vois : je suis calme, et je souris au doux sourire

Offert à ton nouvel amant ; Mais cependant, parfois encore, je soupire...

Et je suis triste infiniment.

Lorsque tu lèveras, tendrement, vers mes yeux — Etirant la langueur de ta chair lasse et moite - Le doux remerciement de ton regard heureux, Je ferai mon étreinte à tes flancs plus étroite.

Sans nous dire un seul mot nous resterons ainsi. Indolents et rêveurs dans les bras l'un de l'autre. Et berçant notre amour, étonnés, comme si Nous bercions un amour qui ne fut pas le nôtre.

A Carco comme à Derème,

A moi-même.

On nous reproche aujourd'hui De chanter notre maîtresse

Et l'adresse D'un beau corps qui nous séduit I

On va jusqu'à prendre en grippe

Cette pipe Qui console notre cœur Des mensonges de la femme

Et du blâme Infligé par un censeur.

Mais ceux que nos livres blessent.

Qu'ils les laissent :

Nous n'écrivons pas pour eux I

Seuls nous plaisent les suffrages De ces sages

Que l'on nomme paresseux.

Assis non loin de la route,

Sous la voûte D'un hêtre au feuillage épais, Nous célébrons ensemble

L'eau qui tremble.

Sa fraîcheur, l'ombre et la paix...

Ce soir encore tu te lèves,

O lune, amicale clarté :

Et, dans le jardin enchanté,

Tu viens nourrir mes tendres rêves.

Plus tard, dans ce même jardin, O lune, que de soirs encore, Tu chercheras, jusqu'à l'aurore, A me revoir — hélas ! en vain...

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