VERS
Languissante saison, automne pâle et frêle.
Te voici de retour déjà sur nos coteaux
De Gironde que baigne un fleuve aux lourdes eaux.
J'entr'ouvre ce matin les volets des fenêtres
Sur le premier brouillard moite et silencieux
D'octobre. Le jardin n'est plus qu'un rêve bleu
Où tintent lentement, goutte à goutte, une à une,
Avec un bruit brisé de cristal ou de pleurs.
Les gouttes d'eau tombant des feuilles et des fleurs
Penchantes et jaunies. Les arbres dans la brume
S'éloignent en fumée immobile... O mon jardin.
Quel étroit horizon t'encercle de mystère Et d'isolement ! Tout est donc mort ce matin Que mes yeux ne voient plus les choses coutumières ? Pourtant l'heure a sonné. Sur le sentier, au long Du mur, des vendangeurs à la vigne s'en vont, Et des groupes d'enfants arrivent à l'école. Et soudain, par deux fois, déchirant l'air pesant, Quelque lointain vapeur égaré sourdement Hulule vers le port et longuement sanglote... (Inédit.)
RENÉ ]\IARTINEAU
Ne à Tours le 20 décembre 1866.
Collaboration poétique au Divan : 11° 78, avril 1922 ; — no 90, juin 1923.
Bibliographie. Un Vivant et deux Morts, bibUographie, 1901. — Tristan Corbière, biographie, « Mercure de France », 1904. — Emmanuel Chabrier, biographie. Dorbon, 1910. — Un Vivant et deux Morts, 2« édition. Lettres françaises, 1914. — Promenades biographiques. Librairie de France. 1920. — Léon Bloy, souvenirs d'un ami. Librairie de France, 1921. — Le Musicien de Province, roman. Librairie de France, 1922. — La Girouette de bronze, poèmes. « Le Divan », 1923. — Préface aux Amours jaunes. Ed. Grès. Les Maîtres du Livre, 1919.