‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 74 sur 85 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

Beau jour d'été, remplis de lumière bleuâtre Les ravins à nos pieds longuement découverts 1 Pose sur la prairie et le chemin du pâtre Ton voile qui s'étend jusqu'aux plateaux déserts.

Couvre les bois et les montagnes de silence. Jour trop calme et trop clair quand il nous faut souffriri Le dieu qui nous dirige aime la violence. Et mon cœur poursuivi ne peut te contenir.

Ta gloire et ta douceur me sont indifférentes. Je sens tout près de moi ton paisible sommeil. Si tu retiens le cours des heures transparentes, Pourquoi me laisses-tu dans un trouble pareil ?

Ne cesserai-je pas, sous l'azur sans nuage, Quand le jour se répand comme un bonheur parfait, D'entendre les sanglots de ce cœur plein d'orage Que les plus beaux pays n'auront point satisfait ? (Inédit.)

THIERRY SANDRE

Charles Moulié, connu sous le pseudonyme de Thierry Sandre. Né le 19 mai 1890 à Rayonne (Basses-Pyrénées). Collaboration poétique au Divan : n" 18, février 1911 ;

— n° 51, octobre 1915.

Bibliographie : Les Mignardises. Le Nain Rouge,

1909. — Les Poésies de Makoko Kangourou. Dorbon,

1910. — Le Tombeau de Renée Vivien. Sansot, 1910.

— Al Abbassa, roman traduit de l'arabe. Fontemoing, 1912. — La Pourpre et le crêpe. « Le Divan », 1917. — Le Fer et la flamme. Pernn, 1919. — Apologie pour les Nouveaux- Riches. Messein, 1920. — Les Epigrammes de Rufin. Messein, 1921. — Fleurs du Désert. Messein, 1921. — Le Livre des Baisers, de Jean Second. Malfère, 1922. — Les Amours de Faustine, de Joachim du Bellay. Malfère, 1923. — Tablettes d'une amoureuse, de Sulpicia. Les Amis d'Edouard, 1923. — Sous presse: Mienne, roman. Allah veuille !... roman traduit de l'arabe. — Le Purgatoire, souvenirs. — La Touchante Aventure de Héro et Léandre.

complainte

Nuit perfide, nuit féminine, nuit trop belle, Nuit si lente, si loin de celle que j'appelle. Nuit, cours vers ton aurore et ne sois pas complice. Je ne sais quelle crainte en mon âme se glisse. Elle devait venir, elle n'est pas venue. Je ne sais cjuel soupçon en mon cœur s'insinue. Elle devait venir, doux espoir, vaine attente. Toi donc, si tu la vois et qu'elle est inconstante, Vole vers ton aurore, ô nuit, venge-moi d'elle Et ne sois pas si lente et ne sois pas si belle. {Inédit.)

PEAN MINEUR

A ton triomphe, automobile, Sur l'antiquaille des chevaux.

Tel poète, s'il en jubile, Dressera les autels nouveaux.

Tu n'as plus qu'à mourir de honte, Amour des vieilles fictions.

Quand notre temps si riche compte Tant de quadruples Ixions.

On dira votre ivresse, roues, De tourner éternellement Et pour toi, moteur qui t'ébroues, L'ardeur de ton bourdonnement.

Mais qui, dominant la folie Dont tout le monde semble atteint.

Chantera, moineaux qu'on oublie, Votre chasse vaine au crottin ?

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