NARCISSE
(Fragment.)
Quand le feuillage épars Tremble, commence à fuir, pleure de toutes parts, Tu vois du sombre amour s'y mêler la tourmente, L'amant brûlant et dur ceindre la blanche amante. Vaincre l'âme... Et tu sais selon quelle douceur Sa main puissante passe à travers l'épaisseur Des tresses que répand la nuque précieuse. S'y repose, et se sent forte et mystérieuse ; Elle parle à l'épaule et règne sur la chair. Alors les yeux fermés à l'éternel éther Ne voient plus que le sang que dorent leurs paupières ; Sa pourpre redoutable obscurcit les lumières D'un couple aux pieds confus qui se mêle, et se ment. Ils gémissent... La Terre appelle doucement Ces grands corps chancelants qui luttent bouche à bouche, Et qui, du vierge sable osant battre la couche. Composeront d'amour un monstre qui se meurt... Leurs souffles ne font plus qu'une heureuse rumeur, L'âme croit respirer l'âme toute prochaine. Mais tu sais mieux que moi, vénérable fontaine. Quels fruits forment toujours ces moments enchantés 1 Car, à peine les cœurs calmes et contentés D'une ardente alliance expirée en délices. Des amants détachés tu mires les malices. Tu vois poindre des jours de mensonges tissus. Et naître mille maux trop tendrement conçus 1