‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 27 sur 131 · LOUIS BOUILHET · texte numérisé non relu

LOUIS BOUILHET

'ouïs Hyacinthe Bouilhet naquit à Cany (Seine- Inférieure) le 27 éMai 1822. Son père, chef des ambulances dans la Campagne de 1812, passa la Bérésina à la nage en portant sur sa tête la caisse du régiment, et mourut Jeune par suite de ses blessures.

Ce détail biographique nous est donné par Gustave Flaubert. L'inaltérable amitié qui lia jusqu'au dernier jour ï éminent prosateur et T aimable poète fait le plus grand honneur à tous deux.

L éclatant succès de Melœnis, publiée par la Revue de Paris, révéla d abord Louis Bouilhet comme un vrai dilettante dans les scènes antiques de la vie romaine. Tlus tard, dans les Fossiles, il /affirma comme un puissant virtuose dans un ample décor du monde antédiluvien.

Cest dans Festons et Astragales et dans Dernières Chansons que nous trouvons de petites toiles magistralement brossées , où le dessin et la couleur rivalisent de justesse et de précision. Ces œuvres de patience et de lumière nous rappellent les riches éventails chinois et les fines laques japonaises où les artistes du Levant traduisent leurs plus chères fantaisies. c4 côté de ces petites toiles heureuses, Louis Bouilhet aime à nous peindre des scènes humoristiques qui nous font ressouvenir des trumeaux galants où s épanouissaient les belles rieuses d'autrefois, nos aïeules du siècle dernier : bergers mondains, reines amoureuses et tourterelles roucoulantes, sur des pelouses de haute lisse dans leurs panneaux fleuris. **

I^O ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Outre ses poésies, Louis 'Bouillie t a fait représenter avec succès plusieurs pièces de théâtre, telles que Madame de Montarcy,. Hélène Peyron, etc. Ses œuvres ont été publiées par cA. Lemerre.

André Leeoyne.,

T%JW11EMTS

Lève-toi ! lève-toi 1 le printemps vient de naître. Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil. Tout frissonne au jardin, tout chante, et ta fenêtre, Comme un regard joyeux, est pleine de soleil.

Les larges espaliers, couverts de boutons roses, De leur haleine douce embaument le ciel pur. Seule, la vigne est nue, et, près des fleurs écloses, Comme un serpent transi rampe au long du vieux mur.

Du côté des lilas aux touffes violettes, Mouches et papillons bruissent à la fois; Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes, A réveillé l'amour endormi dans les bois.

Puisque avril a semé ses marguerites blanches, Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux; Déjà l'oiseau t'appelle, et tes sœurs les pervenches Te souriront dans l'herbe en voyant tes yeux bleus.

Viens, partons! Au matin, la source est plus limpide; N'attendons pas du jour les brûlantes chaleurs; Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide, Et te parler d'amour sous les poiriers en fleurs !

(Festons et Astragales)

Page 1