‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 115 sur 124 · INSOMNIE · texte numérisé non relu

INSOMNIE

Surgi, du cauchemar épouvantable,

Vivant,

Encore cette fois vivant, je palpe et serre,

O ma sœur, mon enfant,

Jalousement ta chair vive contre ma chair.

La Nuit

De ténèbres massives englue mes yeux ouverts.

Le sirocco dehors secoue les oliviers.

Jusqu'au jour nul recours contre l'horrible ennui.

Rien à rêver, mes yeux : la nuit est immobile et noire Et pénétrante ainsi que nos futurs néants ;

Lourd, immobile ainsi que la ténèbre et moi, Pend encore à mon cœur, cauchemar, ton poignard.

Et je songe, immobile, sans espoir, inerme

Insecte comprimé dans le bloc des ténèbres,

A rinsensible, irrésistible, irréfutable;

Je guette, Amie,

— Tes poings ensommeillés blottis entre mes doigts

L'irrévocable vol de la terre qui tourne

Et nous lance, selon les éternelles Lois,

(Encore combien de tours, encore combien de jours?)

Vers l'adieu sans retour de nos âmes amantes, — Dors, mon enfant, au creux de mon bras révolté Vers l'éternel adieu de nos yeux que tourmente Un absurde désir des immortalités.

Aube sinistrement lointaine, encore un jour; yol spiralaire de la terre, "u'encore un jour ensemble, chairs, n tour de terre, âmes jumelles, vous viviez !

Et j'attends, yeux collés au néant, la Lumière, Dans la nuit, dans l'interminable nuit d'hiver Où l'affreux sirocco secoue les oliviers.

Page 1