MUSIQUE AU TEMPLE MOUILLÉ
Contre le ciel que ramage la pluie, Le monument de la forêt s'appuie :
Piliers moussus et dôme oriental.
Le vent s'y berce, et parmi les ramures D'où monte à flots un encens végétal, La fine averse aux cordes de cristal Fait retentir ses premières mesures .
Prélude lent, soutenu quelquefois Par l'invisible orchestre du silence, L'arbre déferle avec des résonnances De tambours clairs frappés de mille doigts.
Et de sa voûte un murmure s'exhale, Né d'un frisson de soie et de satin, Plus richement nombreux, et plus distinct Qu'un lent passer de robes sur des dalles.
Loin du sommet houleux des frondaisons Grêle, il bondit par les branches charmées; Tel un grelot dans une main fermée L'eau d'une source à mi-voix lui répond.
Mais l'âpre vent soudain emplit l'abside Où le feuillage est courbé humblement.
Où le soleil, que gerbe l'occident, Laisse encor choir un fétu d'or humide.
D'une aile ouverte et close au fond du ciel. Son large souffle, en capturant les chênes, Creuse un sillon sonore, où lame humaine Semble égarer ses accents solennels.
Instant sacré! Tous les soupirs se fondent. — Tous les appels obscurs, tous les frissons, Dans ce jeu d'orgue, aux nappes de basson, Qui verse au loin d'insaisissables ondes .
Du svelte arbuste aux rouvres orgueilleux Entre lesquels Therbe pauvre est plus grave, Tout un essaim de désirs nés esclaves Se môle aux flots du chant religieux.
Et d'humbles vœux qui sourdaient de la terre Voguent parmi ce long ruissellement.
Ivre de jour, le soir vient. Mais le vent Redouble et croît ainsi cju'un estuaire.
Avec les bonds d'un fleuve que la nuit Aurait enflé des clameurs d'une foule.
De cime en cime, il se jette et s'écoule, En charriant la forêt dans son bruit.
Assaut de vague enlaceuse et fuyante !
Assomption plaintive ! O morne essor !
L'arbre, raidi comme un muscle, se tord Vers l'invisible but de la tourmente.
Tel un captif qu'enchaîne l'univers Il s'ofl're aux loins dans un spasme sauvage, Torrentueux, le vent l'arque et fait rage, El dans la nef, où ce grand hymne vert
Monte, entonné par le peuple des feuilles, Le cœur du soir est si près d'être oflert Que Dieu s'avance, écoute et se recueille.