‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 90 sur 124 · LE LIERRE · texte numérisé non relu

LE LIERRE

Avant d'atteindre au bord des hautaines terrasses Un vieux lierre agile, à bout de souffle, est mort. Mais, survivant au temps qui brisa son eftbrt, Face à l'aube, et attendant à la même place L'or du même soleil où il grandit vivace, Son dernier désespoir là-haut s'agrippe encor.

Et quand le couchant roux qui glisse de la côte Vient arrondir les marronniers au bord de l'air, Quand de leurs masses étageant de calmes verts Sort comme un fronton de soleil la ligne haute,

— Le long du mur où l'ombre indulgente s'applique, On dirait que le vieux lierre aux sèches griffes Peine encore en secret dans le soir pacifique.

Sa belle force conquérante d'autrefois, Feuillue et saine, et qui tremblait dans la lumière. L'eût-il dû laisser choir en vous — jeunes lierres?... Pourquoi l'été nouveau lève-t-il dans ses bras Votre seule verdeur voisine de la terre ?

Vous voici reprenant un clair chemin pareil, ... Quand votre rêve enlacera les hautes pierres, Sera-ce en le sursaut d'une force dernière?

— Ah! nul n'ira plus haut jamais, jamais, — peut-être.

Qu'importe? Les bosquets du parc jettent la fête D'un doux rire de femme aux puits d'azur du ciel. . . Montez, montez — dit la vie et disent les âges ; Il fait doux ; l'air léger parfume les courages ; Montez; le monde est pur et voici le soleil.. .

Méprisant les destins aux fixes certitudes

Qui violentent les yeux las des dieux de marbre,

Votre désir frémit paiement sous les lunes

Et attend que demain s'éveille dans les arbres. Votre désir se sait le frêle effort qui lutte, Chancellement vivant d'éternité en marche...

Montez, ô haletantes feuilles !... Les saisons

Fragmentent le doux soulèvement de la brise

Qui vous prend et vous hausse un peu... Les formes vont.

Leur esprit immortel atteint des horizons,

Elles vont et s'en vont sans que leur cœur s'épuise!...

Oh ! vous n'atteindrez pas, peut-être, la terrasse. Mais, illustrant l'œuvre successive des races, Et sa longue vaillance et son beau vœu tenace, (Oh! vous n'atteindrez pas la terrase, bien sûr!) Vous saurez dépasser le front du vieux lierre. Et lui, là-haut, avec son pauvre amour crispé Guidera votre espoir du haut de son passé. Et sa peine qui dure et qui s'encastre au mur Ménageant votre effort et le faisant plus sûr, Ce sera votre mort plus haut dans la lumière .

{La Lisière Blonde).

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