‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 50 sur 185 · LOUIS ULBACH · texte numérisé non relu

LOUIS ULBACH

Ce fat un maître journaliste, restant fidèle à ses idées €t, en des temps difficiles pour la presse, ne manquant pas de courage pour les exprimer. Elles paraissent aujourd'hui fort mesurées, mais il faut se reporter à l'époque où il écrivait, A quinze ans de distance, la Revue de Paris, qu'il dirigeait, et la Cloche, dont il était le rédacteur en chef, furent l'objet de suppressions et de condamnations : l'Empire, en ses commencements, avait quelque temps contraint le polémiste au silence ; le vieux républicain qu'était Louis Ulbach fut poursuivi dans les premières années de la République.

Il aborda tous les genres, et avec talent : la chronique, la critique, l'histoire, le roman. Il écrivit au Figaro alors que ce journal était volontiers frondeur, au Temps, puis au Rappel, et, plus tard, au Gil Blas, à la Revue Bleue, etc. En 1868, il avait rédigé une sorte de pamphlet hebdomadaire, la Cloche, qui avait moins de violence que la Lanterne, mais qui menait vaillamment le combat contre l'Empire. Le pseudonyme de Ferragus, qu'il avait adopté, n était un secret pour personne. La Cloche devint ensuite quotidienne : bien qu'elle eût un son clair, loyal et très français, l'autorité la fit taire» et cette autorité n'était pas celle du gouvernement qu'elle avait d'abord attaqué.

Louis Ulbach avait cependant soutenu que tout pouyait être dit, pourvu qu'il y eût la manière. Vers la fin du second Empire, il avait fait ainsi la gageure de publier un portrait de Napoléon III, en ne dissimulant rien de ses opinions, sans que cet article pût tomber sous le coup des lois alors en vigueur.

De son vivant, on accolait au nom de Louis Ulbach le titre de celui de ses cinquante romans qui avait eu le plus durable succès, Monsieur et Madame Fernel : c'éi(ait une délicate étude féminine, un tableau d'intérieur

OÙ la passion d'un Werther de province était apaisée, à force d'adresse et de cœur, par une autre Charlotte.

Il fut, dans les dernières années de sa vie, un véritable ambassadeur littéraire de la France; par des Congrès, par la fondation d'associations, par des conférences, il avait provoqué mille occasions d'affirmer à l'étranger sa foi dans le rayonnement du génie français. Il avait été un des premiers à avoir la curiosité de ce qui se passait dans le domaine intellectuel hors de no& frontières.

Louis Ulbach montra une sereine philosophie la dernière fois qu'il sortit du logement qu'il occupait à la Bibliothèque de l'Arsenal, où il était conservateur. C'était pour se rendre au journal auquel il collaborait encore. Il venait d'avoir une crise telle qu'on l'avait cru perdu, — et son article nécrologique avait été écrit et composé. Un mieux sensible s'était produit, cependant; il avait semblé reprendre des forces. Journaliste d'autrefois, il aimait l'odeur d'encre d'imprimerie; il se plaisait à descendre aux ateliers de composition. Un paquet d'épreuves attira son attention, avant qu'on eût eu le temps de le dissimuler : il portait ce titre « Louis Ulbach ». Il comprit, ne sourcilla point, et dit simplement au secrétaire de la rédaction, très troublé : « Me traite-t-on bien, au moins.' » Le lendemain, il s'alitait de nouveau, pour ne plus se relever.

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