‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 33 sur 74 · XXXV. — Antoine Héroet · texte numérisé non relu

XXXV. — Antoine Héroet

L 'amour, réminiscence d'une contemplation de la beauté divine.

Car, quand le monde et vivre m'ennuira, De bien entendre alors me suffira

Ce qu'il disoit, après un grand plaisir, Nous deux étant quelquefois de loisir : Qu'avons été, devant que nous fussions, Lors que beauté divine connaissions, Depuis, tombés en ces terrestres corps, Que nuls n'étoient de ce temps-là records, Sinon bien peu, auxquels étoit permis De se nommer et être vrais amis ; Et qui de belle amy plus devenoit, C'étoit celuy qui mieux se souvenoit D'avoir au ciel auparavant été Contemplateur de divine beauté ; Qu'amour ici nous donnoit souvenance, Le souvenir causoit l'intelligence De la beauté çà bas mal entendue Jusques au temps que l'aile soit rendue Que nous avons, tombants, désempennée ; Que pour cela la plume fut donnée A Cupido pour nos ailes forger, Et nous voulants des siennes soulager Que c'étoit luy qui nos cœurs élevoit.

Si suis- je bien dès cette heure certaine Que, réchappés de la prison mondaine, Irons au lieu qu'avons tant estimé, Trouver le bien qu'aurons le plus aimé. C'est de beauté jouissance et plaisir, Dont notre amour est un ardent désir.

Là, réunis et nous reconnaissants, Serons toujours, non parfois, jouissants, Et à jamais vivants amis ensemble, Vertu verrons, non pas comme elle semble, Mais comme elle est. Là, beauté trouverons Et la bonté. Là nous enivrerons

De la liqueur dont avons fait l'essai Pour l'avenir.

(La Parfaite amye, livre II.)

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