‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 35 sur 74 · XXXVII. — Vocation poétique de Ronsard · texte numérisé non relu

XXXVII. — Vocation poétique de Ronsard

Pour menace ou prière, ou courtoise requête Que mon père me fît, il ne sut de ma tête Oter la Poésie, et plus il me tançoit, Plus à faire des vers la fureur me poussoit. Je n'avois pas douze ans qu'au profond dej? vallées Dans les hautes forêts/des hommes reculées/ Dans les antres secrets de frayeurs tout-couvers, Sans avoir soin de rien, je composois des vers ; Écho me répondoit, et ]es simples Dryades, Faimej^Satyres, PansjNapées, Oréades, /aîgîpanS, oui portoient des cornes sur le front, Et quibàHant sautoient comme les chèvres font, Et le gentil troupeau des fantastiques Fées Autour de moy dansoient à^cotïes dégrafées. Je fus premièrement curieux du Latin ; Mais voyant par effet que mon cruel destin Ne m'avoit dextrement pour le Latin fait naître, Je me fis tout François, aimant certes mieux être En ma langue ou second, ou le tiers, ou premier, Que d'être sans honneur à Rome le dernier. Donc, suivant ma nature aux Muses inclinée, Sans contraindre ou forcer ma /propre destinée, J'enrichy notre France, et pn$ en gré H* avoir, En servant mon pays, plus d'honneur que devoir. :> -

(Discours à P. Lescot, seigneur de Clany.)

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