‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 114 sur 191 · EN LISANT LE PSAUME LXXXVIII · texte numérisé non relu

EN LISANT LE PSAUME LXXXVIII

Je suis affligé et comme rendant l'esprit de ma jeunesse: j'ai souffert tes efforts, et ne sais ou j'en suis. Tu sais, Seigneur, quels orages ont passé sur ma tête àhs mon enfance, où j'ai été comme mort parmi les vivants, où j'ai vécu comme transi parmi les morts, ayant appris de ton Prophète à dire : Au sortir du berceau, les laboureurs ont labouré sur mon dos, ils ont tiré tout au long leurs sillons ; mais, ô Dieu î tu m'as fait durer pour toujours plus endurer. Ma vie a été condamnée en mes tendres ans, et, quand j'ai été sur le seuil de la geôle pour marcher au bûcher, tu as retiré mon âme du feu des hommes pour l'embraser du tien. Tu Tas fortifiée contre toute sorte d'accidents, tu l'as retirée du naufrage, du précipice, de Thorreur des batailles, et quelquefois d'entre les corps étendus, et puis voici ce que tu lui as fait sentir.

... 0 Éternel ! tu m'avais déjà séparé de mes amis et voisins, et rendu exécrable vers eux. Tu as porté mon habitation hors le doux air de ma naissance. Tu m'avais ôté des lieux aux commodités et plaisirs desquels le labeur de ma jeunesse s'était employé; tu m'avais sevré du lait et des mamelles de ma chère patrie, tu m'avais fait quitter mes parents et connaissances privées pour te suivre, et porter ma croixaprès toi, quand tu as décoché sur moi de tes punitions la plus détruisante et irréparable à jamais.

Tu ne m'as point blessé aux extrémités et membres

1. Méditalion^ ffur l("< p!<:anines, éd. Réaume et de Caussade, t. I, pp. 197-203.

qui, retranchés, laissent le reste traîner quelque misérable vie, aiais tu m'as scié par la moitié de moimême; tu as fendu mon cœur en deux, et dissipé mes entrailles en arrachant de mon sein ma fidèle, très aimée et très chère moitié, laquelle, comme génie de mon âme, me tenait fidèle compagnie à tes louanges, m'exhortait au bien, me retirait du mal, arrêtait mes violences, consolait mes afflictions, tenait la bride à mes pensées déréglées, et donnait l'éperon aux désirs de m'employer à la cause de la vérité.

...Depuis je marche exanimé comme un fantôme ou un spectre parmi les vivants : je vais mangeant la cendre comme pain, je trempe mon boire de pleurs amers comme les eaux de Mara : mes jours m'échappent, et je demeure comme l'herbe fauchée. Oui, mes jours sont défaillants comme fumées, et mes os sont asséchés comme un foyer. Ce cœur frappé à mort, devenu sec comme foin, a oublié son appétit, et ma bouche à manger son pain : à ces os secs ma chair est collée à force de gémissements : je suis devenu semblable au cormoran du désert, ou à la chouette qui se tient aux lieux sauvages.

... Je n'ai plus de paroles puissantes, ni assez violentes à l'expression de mes misères. Seigneur, tu les connais, puisqu'elles sont de ta main. Je demeure extatique en mes angoisses, les genoux à terre, mes soupirs en l'air, mes yeux au Ciel, mon cœur à toi ; relève-le, Seigneur, en l'espérance de ton salut.

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