INVITATION A LA TOLÉRANCE
Permettez-moi de vous demander une seconde fois, puisque vous avez oublié de me dire dès la première, d'où vient que deux synodes nationaux n'ont point condamné M. Amyraut, si ses sentiments regardent la doctrine, comme vous le marquez dans votre dernière lettre, et non pas seulement une manière de la traiter. Et dites-moi encore, s'il vous plaît, si vous jugez que c'en est une bonne, dès que quelques docteurs, quoique fort grands personnages, ne trouveraient pas le sentiment de quelque autre tel qu'ils le désiraient, de faire un article de foi pour lier la conscience de tous les particuliers qui l'auraient aussi de bonne foi et sans en dogmatiser. Croyez-moi, Monsieur, il faut être fort retenu à faire de ces décisions qui, par une captivité trop austère où l'on veut assujettir les esprits, les porteraient à prendre l'essor, et souvenez-vous, au nom de Dieu, que c'est un des chemins par lesquels
Lettre à Rivet (A. Bourgoiîî, op. cit-^ p. 290).
Rome a fait passer sa tyrannie pour arriver au point où nous la voyons aujourd'hui. Notre Seigneur nous a donné l'exemple de ce qu'il faut faire en ces rencontres. Il nous a donné peu de préceptes pour écrire et beaucoup pour bien vivre. Quand on lui a fait des questions curieuses et subtiles, il a répondu ou par d'autres qui en nîarquaient la malice ou l'impertinence ou en faisant voir qu'il ne faut pas sonder les abîmes de la sagesse de Dieu, ou en refusant d'user de sa puissance, encore qu'il pût le faire et par son entière intelligence de toutes choses et par son autorité sur toutes les créatures. Que si le maître a usé de cette prudence et de cette modestie, que ne doivent point faire les disciples qui, bien que très savants à l'égard des hommes, ignorent néanmoins à l'égard de Dieu une infinité de choses ?