JEAN CLAUDE
Jean Claude est né, en ICll), à la Sauvetat-du-Dropt, dans le Bas-Agenais, et mort, le 13 janvier 1687, à la Haye. Après avoir étudié à l'académie de Moutauban, il fut pasteur successivement à la Treisse, en Guyenne, à Saint- Affrique, dans le Haut-Languedoc, et à Nîmes (1654-1006), et enl'in fut appelé par le consistoire de Paris, 11 prêcha à Charenton jusqu'à la ^évocation de l'édit de Nantes. 11 fut mis en lumière par ses controverses éclatantes avec Nicole, Arnaud et Bossuet. Avec ce dernier, il eut, chez Mlle de Duras, un tournoi théologique qui eut un immense retentissement : ci II me faisait trembler, a écrit l'évêque de Meaux, pour ceux qui l'écoutaient. » Chacun des deux adversaires a publié une relation de cette conférence. Voir dans Haag, la France protestante (2® éd., t. IV, pp. 401- 475), la liste de ses ouvrages. Nous citerons : Fiéponse aux deux traités intitulés : la Perpétuité de la foi de VÉglise catholique touchant V Eucharistie (1667); — Réponse au livre de M. Arnauld intitulé : la Perpétuité de la foi de VÉglise catholique (1070) ; — Défense de la Réformation (1673) ; — Recueil de sermons sur divers textes de l'Ecriture sainte (1693). — Aux approches de la Révocation, Claude rédigea la Dernière requête des protestants de France, qui fut pré-
JEAN CLAUDE (d'après une peinture de Laurent, gravée par Van Somer)
scutéc au roi en janvier 1085. Le IS oetobre de cette année, Téclit de Nantes était révoqué, et le 21 du môme mois Claude était banni. Il se retira à la Haye. C'est là qu'il écrivit les Plaintes des protestants cruellement opprimés dans le royaume de France (1G8G). Les traits caractéristiques de son éloquence sont, avec la pureté de la langue, la noblesse, la simplicité majestueuse, la belle ordonnance, une dialectique sévère ; les mouvements de la passion y paraissent peu.
l.A JUSTICE DE DIEU '
Apprenons, mes frères, [de ce grand et terrible exemple '^], à connaître et à craindre la justice divine... Je sais que nous faisons tous profession d'être chrétiens, et que, s'il ne s'agissait que de condamner l'action des Juifs, aucun de nous ne voudrait en entreprendre la défense. Je suis même persuadé qu'encore qu'il y ait parmi nous plusieurs profanes et plusieurs mondains qui ne font aucun état de la religion, il y a pourtant plusieurs bonnes âmes qui désirent de faire leur salut ; et si cela n'était pas, Dieu ne nous conserverait pas comme il fait le ministère de sa parole. Mais ne nous rendons-nous pas, pour la plupart, tous les jours indignes de sa grâce par ce grand nombre de péchés que nous commettons, et par le peu de compte que nous faisons de l'Évangile ? Nous sommes inté-
1. La Parabole des noces expliquée en cinq sermons (Saumur, 1676). — 2* sermon, pp. 82 et suiv.
2. II s'ag^it de la ruine du peuple d'Israël après la mort de Jésus-Christ.
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ressés el avares, durs et inflexibles, injustes et violents, fiers et arrogants, sensuels et adonnés à nos plaisirs, envieux, médisants, malins, implacables comme le reste des hommes ; et comment pouvonsnous nous glorifier de notre christianisme? C'est sur cela que Dieu nous fait entendre sa voix depuis fort longtemps ; il nous exhorte, il nous censure, il nous presse, il nous sollicite, il nous châtie, il nous supporte, et cependant combien sont petits les fruits qu'il a recueillis jusqu'ici de tant de soins! Nous avons donc un juste sujet d'appréhender qu'enfin il ne s'irrite contre notre négligence et notre ingratitude, et nous l'avons d'autant plus que, quelques menaces qu'il nous en ait faites et quoi qu'il ait déjà commencé d'exécuter contre nous, on n'en voit nul amendement au milieu de nos troupeaux. Nous sommes déjà tout meurtris des coups de sa verge, et pas un de nous ne se met pourtant en peine de l'apaiser. On ne songe pas même à sa colère ; car on est si fort occupé des idées de la terre, on a ses yeux si attachés sur les causes secondes, qu'on ne s'élève presque jamais jusqu'à la Providence divine pour en reconnaître les voies dans les afflictions publi(jues qui nous arrivent. Que pouvons-nous donc espérer, ou, pour mieux dire, que ne devons-nous pas craindre de notre état, puisque nous sommes sourds à sa parole et aveugles à ses jugements, également insensibles à sa voix et aux coups de sa verge ?...