DE NANTES
... Nous protestons contre l'édit du 18 octobre KuSÎ) contenant la révocation de celui de Nantes, comme
1. Les plaintes des protestants cruellement opprimés dans 4e royaume de France (Cologne, 1G86), pp. 190-192. — Dans lédition publiée par M. Frank Pualx (1885), pp, 120-121.
contre une manifeste surprise qui a clé faite à la justice de Sa Majesté, et un visible abus de l'autorité et de la puissance royale, l'Édit de Nantes étant de sa nature inviolable et irrévocable, hors de l'atteinte de toute puissance humaine, fait pour être un traité perpétuel entre les catholiques romains et nous, une foi publique, et une loi fondamentale de l'État que nulle autorité ne peut enfreindre.
Nous protestons contre toutes les suites de cette Révocation, contre l'extinction de l'exercice de notre religion dans tout le royaume de France, contre les infamies et cruautés qu'on y exerce sur les corps en leur refusant la sépulture, en les jetant dans les voiries, ou en les traînant ignominieusement sur des claies, contre l'enlèvement des enfants pour les faire instruire dans la religion romaine, et l'ordre aux pères et mères de les faire baptiser par les prêtres, et leur en laisser l'éducation.
Nous protestons surtout contre cette impie et détestable pratique qu'on tient à présent en France de faire dépendre la religion de la volonté d'un roi mortel el corruptible, et de traiter la persévérance en la foi de rébellion et de crime d'État, ce qui est faire d'un homme un dieu, et autoriser l'athéisme ou l'idolâtrie.
Nous protestons contre la violente et inhumaine détention qu'on fait en France de nos frères, soit dans les prisons ou autrement, pour les empêcher de sortir du royaume, et d'aller chercher ailleurs la liberté de leurs consciences, car c'est le comble de la violence brutale et de l'iniquité...