‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 176 sur 191 · LA POLITIQUE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ET LA RELIGION

La politique regarde ordinairement la plupart des hommes comme des esclaves des grands. La religion, malgré la politique, les fait tous égaux ; elle ôte efficacement les inégalités que les passions humaines avaient produites. La politiq^ie, suivant les préjugés de l'orgueil et de l'ambition, agit comme si la vie des hommes n'était pas de plus grande considération que celle des bêtes. La religion nous apprend que l'âme d'un paysan est aussi chère à Dieu que celle d'un monarque. Quoi ! tous ces gens-là seraient-ils mes égaux? dit l'ambitieux. Oui, et plus heureux que toi, si tu ne te repens, dit la religion. Grand caractère ! qui nous persuade que c'est de Dieu, qui n'a aucun égard à l'apparence des personnes, et non des hommes accoutumés à s'encenser les uns les autres, qu'elle tire son origine. Elle n'est pas moins contraire à l'ambition des souverains qu'à la rébellion des peuples : elle ne se rapporte pas au bien d'un État particulier, mais elle tend essentiellement à augmenter la paix entre les États et l'intelligence qui doit être entre les hommes : elle se moque des défenses, des lois politiques et du bras séculier, lorsque les puissances veulent la contraindre;

1. Traité de la Vérité de la Religion chrétienne, éd. de Rotterdam, 1711, t. II, p. 359.

toute la politique romaine, armée des plus cruels supplices qui furent jamaîs inventés, n'a pu en arrêteriez effets ; enseignant aux hommes à mépriser la mort et à espérer une meilleure vie, elle les met au-dessus des promesses et des menaces de la politique, et, sanctifiant le cœur et la conscience, elle fait ce que la politique n'a jamais entrepris.

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