B. COULEUR DES YEUX
Tous les anthropologistes sont unanimes à reconnaître qu'aucun caractère ne présente à la fois plus d'immutabilité chez le même individu et plus de persistance dans un type ethnique que la couleur des yeux. On a donc constamment cherché à utiliser ce renseignement; mais il faut reconnaître que, jusqu'aux travaux de M. A. Bertillon, cette détermination n'avait été faite que d'une manière très insuffisante. Broea, luimême, n'était pas arrivé à résoudre le problème, dont il avait volontairement laissé de côté les éléments fondamentaux, faute de savoir les analyser, pour n'envisager que les grandes lignes. Il avait donc préparé l'échelle chromatique des yeux que nous trouvons dans ses Instructions , et, comme actuellement encore elles sont suivies par certains voyageurs peu au courant des progrès de la science, je suis obligé d'entrer dans quelques détails pour montrer que, contrairement à l'habitude du maître, elles pèchent par la base. « L'iris ne présente jamais une couleur uniforme dans toutes ses parties, dit Broca^. Le grand cercle, le petit cercle, la zone intermédiaire sont très inégalement foncés; il y a souvent de petites taches comme pointillées dont l'exacte reproduction serait presque impossible, et, s'il fallait descendre jusqu'à ces particularités, le nombre des types iriens serait illimité. Au surplus, ce que nous désirons connaître, ce ne sont pas les détails minimes de la répartition des pigments, mais la teinte moyenne de l'iris, c'est-a-dire la nature et la quantité de la matière colorante qui est répandue dans cette membrane. 7/ ne faut donc pas regarder l'œil de trop près, il faut se placer à une distance assez grande pour que toutes les teintes partielles se fondent en une seule, et c'est cette teinte moyenne
(I) Bulletin de lu Société d'anthropologie, 1 863 , p. 5c)3.
qui doit être représentée. J'ai pu ainsi réduire à une teinte plate la couleur de tous les yeux. »
« C'est à la distance d'un mètre environ pour les vues ordinaires, et sans s'attacher aux détails, qu'il faut apprécier la couleur de l'iris » , dit également M. Topinard^1'.
M. Bertillon, au contraire, qui a su voir et analyser toutes ces teintes partielles, insiste pour que l'observateur se place très près du sujet. J'ajoute qu'avec la classification de M. Bertillon un tableau chrométrique des couleurs n'est pas nécessaire et qu'il suffit que l'observateur soit suffisamment exercé et qu'il sache, de mémoire, la sériation des termes employés pour désigner les catégories.
Donc, pour analyser la couleur de l'iris d'une manière uniforme, le premier soin de l'observateur devra être de se placer vis-à-vis de son sujet, à o m. 3o environ de lui et le dos tourné au jour, de telle sorte que l'œil à examiner reçoive en plein une lumière vive (mais pas les rayons du soleil); puis il l'invitera à le regarder les yeux dans les yeux, en lui soulevant légèrement le milieu du sourcil gauche.
Quand on parle de la couleur d'un œil, il s'agit exclusivement de la couleur de l'iris. Or on distingue dans l'iris deux zones principales dont la coloration diffère d'une façon générale :
i° L'auréole, qui confine a la pupille et recouvre généralement près du tiers du total de l'iris ;
2° La périphérie ou zone externe.
Il s'agit donc pour l'observateur de noter la coloration de l'iris. C'est ici qu'intervient le principe de la classification.
(1) Topinard, L'Anthropologie, i° édit. , 1877, p. 357.