‹ Anthropologie bolivienneChapitre 77 sur 199 · C. — Pêche · texte numérisé non relu

C. — Pêche

1. Pèche-ton à la main, au dard, à l'arc, à l'hameçon, au filet, aux barrages ? — On pêche à la main et au moyen de barrages. L'Indien des Hauts- Plateaux fait un barrage et détourne un petit bras de la rivière qu'il met à sec, puis à la main ramasse le poisson. Dans certains endroits de l'orient de la Bolivie, les poissons sont tirés à l'arc, percés avec le dard, pris à l'hameçon, au filet ou à la nasse.

1. A-ton l'habitude d'empoisonner les eaux pour prendre le poisson? — R. On n'empoisonne jamais l'eau des rivières pour prendre le poisson.

3. Emploie-ton des animaux comme auxiliaires à la pèche? — R. // n'y a pas d'animaux auxiliaires employés à la pêche.

4. La pèche de certains poissons est-elle interdite? — R. Aucune pêche n'est interdite.

5. La pèche est-elle pratiquée par les hommes seuls ou aussi par les femmes? — R. Les hommes se chargent de détourner la rivière, les femmes aident à ramasser le poisson.

G. Comment se procure-t-on du feu? Comment conserve-t-on le feu? — R. Les Indiens conservent le feu autant que possible, et pour cela ils ont les braises. Pour faire du feu ils prennent des allumettes, qu'ils se procurent partout très facilement.

D. - — Agriculture.

1. Dans quelle mesure est-on agriculteur? — R. Très agriculteur, malgré l'aridité du pays. L'Indien cultive avec asse: d'intelligence, quoique avec des moyens très rndimentaires , le peu de terrain que les torrents îles liants-Plateaux lui laissent sur chacune des deux rives.

2. Quelles sont les plantes cultivées? Sont-elles destinées seulemenl à l'usage alimentaire ou à la satisfaction d'autres besoins, au vêtement, à la thérapeutique, etc.? — R. Le mais, la fève, l'orge, V alfa-alfa, la pomme de terre, la courge (zapallio), la quinoa et la cahagua. Ce sont les seules variétés qui puissent pousser sur les Hauts-Plateaux; mais, en descendant les versants de la Cordillère, on trouve le blé, tous les légumes et tous les fruits. A signaler la paja brava, cypéracéc très rustique au feuillage dur et tranchant, très utile pour la nourriture des animaux.

3. Quelle est la méthode, quelle est l'époque de chaque culture? — fi. On connaît le labourage, qui se fait avec des charrues dont le soc est en bois très dur [bois de quegnua ou de tchurqui); les instruments aratoires, pelles et pioches sont également en bois de ces mêmes essences. L'époque des semailles pour chaque culture varie suivant la plante à ensemencer; en général, les semailles se font an printemps, c'est-à-dire vers le mois de septembre.

4. Connaît-on les cultures alternantes? — R. Oui, l'Indien commit les cultures alternantes; pour ne pas fatiguer la terre qu'il cultive, il varie ses semailles en conséquence.

5. Connaît-on les fumures? — Les engrais employés consistent en taguea ou crottin de la llama. Mais, en général, ce sont les troupeaux qui, après la récolte, vont paître les rastrojos et se chargent de les fumer. L'Indien laisse aussi souvent reposer son terrain en brûlant les mauvaises herbes qui y poussent.

fi. Y a-t-il des procédés d'irrigation ? — R. L'irrigation est effectivement très bien comprise et se fait dans des terrains ou chacras disposés en gradins. Comme les vallées des Hauts-Plateaux de la Cordillère sont très encaissées, les deux rives du torrent qui les forment sont très escarpées, et, pour avoir un peu de terrain de culture, l'Indien est obliqé de disposer ses champs en gradins, qu'il inique , avec beaucoup de sagacité, au moyen de barrages faits sur le torrent et de canaux bien disposés.

7. Les travaux agricoles se font-ils en commun!' - — R. Les travaux agricoles se font généralement en commun entre les parents et amis. La cérémonie de la tchalla n'est pas spéciale aux travaux agricoles; elle se fait constamment.

8. Incombent-ils à un sexe plutôt qu'à l'autre? Emploie-t-on dans les travaux agricoles des animaux domestiques, et lesquels? — R. Les travaux agricoles sont faits avec participation de toute la famille : hommes, femmes et enfants, la plus grande préoccupation étant le travail de l'arrosage. L'Indien laboure, l'Indienne et les enfants sèment; homme, femme et enfants soignent les champs et les irriguent. Les animaux domestiques employés aux travaux agricoles sont le bœuf, l'âne, le cheval cl le mulet.

9. Connaît-on la charrue? Si oui , comment est-elle construite? En général , quels sont les instruments aratoires ? — R. Les Indiens connaissent la charrue et quelques instruments aratoires très primitifs. La presque totalité des instruments

AGRICULTURE

Clîché Je M. !.. Sarni

Fig. 1 1 S. — Laboureurs quéchuas de la vallée ilu Rio Panagua avec leurs charrues à mains.

OlirW de M. L. Saunii

Quéchuas «le Yura, remuant la terre avec îles pelles et îles pioches ou haches de bois.

agricoles employés sont fabriqués par les Indiens eux-mêmes avec des bois très durs : quegnua, tcharqui on algarobo. Le quegnua est un arbrisseau rabougri, tordu, qui atteint 3 ou h mètres de hauteur. Il n'est pas épineux et vit aux plus (fraudes altitudes, jusqu'aux environs de h ,000 mètres. C'est avec le cactus cierge, la lola et la yareta , la dernière végétation de la Cordillère. Le tcliurqui, qui vient

Vue de profil. Vue de face.

Fie;. 120. — Bêche on bois dur, de fabrication indienne.

Observations. — Cctle bêche esl constituée : 1° par une pièce en bois dur, amincie à sa partie inférieure pour pénétrer facilement dans la terre; :>." par une pédale également en bois, fortement ligaturée avec des bandelettes de cuir frais et faisant corps avec la pièce précédente. On place le pied sur la pédale et, eu pesant de tout le poids du corps, on peut faire pénétrer la partie qui sert de lame dans l'intérieur du sol ; 3° au lieu de se servir de la pièce n° 1 pour faire levier, ce qui exposerait l'outil à se briser malgré la solidité exceptionnelle du bois, on a ajouté à l'extrémité supérieure à laquelle il est fortement uni par des ligatures de cuir un petit morceau de bois courbe, ce qui donne une certaine élasticité à l'effort nécessaire pour soulever la motte de terre et retirer ensuite l'outil.

AGRICULTURE. — CERAMIQUE. 217

après le quegnua en descendant dans les vallées (o,()00 mètres environ), est aussi un bois très dur. C'est déjà un petit arbre très épineux <jui atteint 5 à 6 mètres de hauteur. Il a beaucoup de branches dont l'ensemble forme au-dessus du tronc comme un segment de sphère. L'algaroho atteint de S à 10 mètres. Il possède de longues épines très aiguës ; il est également très brancha.

La charrue dont se servent les Indiens est entièrement composée de pièces de bois assemblées entre elles avec des lanières en cuir cru ; le soc est également en bois. Il y a des charrues à mains [voir fig. 118); il y en a d'autres tirées par des bœufs. Celles-ci possèdent un long bois qu'au moment du labour l'Indien tient appuyé sur son épaule , faisant ainsi levier pour forcer le soc à entrer dans la terre pendant que les animaux tirent par devant.

Fin;. i2i. — Faucille en fer pour la moisson.

Observations. — Composée d'un 1er plus ou moins bien aiguisé à la partie intérieure et se terminant par une partie pointue qui psi enfoncée dans le manche.

L'Indien laboure dans les terrains plats avec sa charrue et sa paire de bœufs ; mais , dans ceux qui sont trop en pente , il se sert soit des charrues à mains, soit d'une pelle faite de bois dur [voir fig. 119). Il a encore une sorte de bêche faite avec les mêmes bois durs et assemblés comme l'indique la figure 120. On remarquera que celte sorte de pioche, de pelle on de bêche possède un morceau de bois transversal en forme de pédale fixée par une forte ligature en cuir cru, audessus de la partie large de la pelle. On pose le pied sur la pédale et, en pesant de tout le poids du corps, on fait pénétrer la partie qui sert de lame dans l'intérieur du sol. La partie supérieure du manche sert de levier pour retourner la terre. L'Indien se sert aussi de pioches en bois, quelquefois enfer; il les nomme tchvcthuca. Pour couper ses moissons, il se sert de sa faucille. ( Voir fig. 121 .)

E. — Céramique.

1. Connaît-on la poterie? Si oui, où en est l'art du potier? Les vases sont-ils cuits à l'air libre ou dans des fours? Connaît-on le tour du potier? Y a-t-il une poterie artistique? — R. La poterie était connue dès les temps les plus anciens, car on en trouve dans les tombes des Indiens antérieurs aux lncas.

218 QUESTIONNAIRE ANTHROPOLOGJQl !..

L'ail du. potier était très développé chez les Indiens; les poteries que l'on trouve dans les tombeaux ressemblent exactement à celles à" aujourd'hui et, le plus souvent, sont gracieuses déforme. Les vases et poteries étaient et sont cuits à l'air libre. Le tour du potier n'est pas connu des Indiens qui n'ont <jue de grossiers instruments pour faire leurs poteries. ( Voir les importantes collections de poteries anciennes et modernes rapportées par la Mission.)

2. La céramique est-elle, laissée aux soins des femmes:1 — R. Ce sont spécialement les hommes qui s'occupent de faire les poteries.

F. — Métallurgie.

1. Quels sont les métaux connus ou employés? — ■ R. Métaux employés : l'or, l'argent, le cuivre, l'étain, le bronze et le fer. L'or, l'argent, le cuivre et l'étain étaient connus dans les temps anciens; ils se trouvent à l'état natif.

2. Comment fabrique-t-on le bronze? — R. Les minerais de cuivre sont traités dans de petits fours à réverbère. Les Indiens traitent principalement le cuivre qu'ils trouvent à l'état natif , les oxydes et les carbonates de cuivre (azuri le et malachite), qui sont réduits par le charbon. Le combustible employé pour le traitement est la outcha ou taquea [fiente de llama).

3. Comment extrait-on le fer? Comment prépare-t-on les autres métaux? — R. Traitement du fer inconnu, bien que ses minerais abondent dans la Cordillère (hématite, sidérose et pyrite). Celui du cuivre plus facile , ce métal se rencontrant à l'état natif. Traitement de l'argent : voir à ce sujet les chapitres de M. Courty.

4. A quel usage sont employés les métaux? — R. L'or et l'argent jouissent d'une très grande faveur comme emploi dans tous les ornements. Le enivre et le bronze sont souvent employés pour faire des topos. Le cuivre est également très apprécié, soit pour ce même usage , soit pour en faire des ustensiles de cuisine [casseroles en cuivre très employées).

G. — Armes.

1. Les armes sont-elles en bois, en os, en pierre, en métal? — R. Les armes des Indiens sont la fronde, le bâton et une espèce de lance formée d'un long bois armé d'un morceau de fer.

2. Y a-t-il des armes offensives en usage? — R. Les Indiens ne sont pas belliqueux et ne possèdent que les armes dont nous avons parlé. A la dernière révolution, lors de l'envahissement de Ornro par les Indiens, la presque totalité des armes employées étaient des bâtons (voir fiq. lik). En réalité, leurs engins de chasse sont leurs seules armes. A signaler les simulacres de combat entre hommes des pays voisins pendant les fêtes de carnaval. Ces simulacres se passent tons les ans an même endroit , placé en général sur la limite de deux cantons.

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