‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 23 sur 69 · OBIGINB DU LANGAGE ET DES LANGUES · texte numérisé non relu

OBIGINB DU LANGAGE ET DES LANGUES

L'origine historique nous en est inconnue, à moins que l'on n'admette, en raisonnant d'après le Pentateuque, que Dieu créa l'homme parlant. Il semble même qu'il était de sa bonté de le faire.

Mais tout en supposant que Dieu ait donné une langue toute faite à l'homme , on ne peut admettre que cette langue fût parfaite. II est plus présumable, au contraire, qu'elle devait être appropriée aux besoins^imples et au petit nombre d'idées

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du père du genre humain. Cétait donc moins. une langue toute faite, que les rudiments d*uiie langue à faire.

On peut se demander si l'homme aurait pu inventer une langue phonétique dans le cas où il ne Taurait pas reçue de Dieu ? Je dis une lamgue phonétique, et non pas un langage , parce que le langage par gestes, par signes, est naturel à Fhomme. Il n'était pas nécessaire sous ce rapport que Dieu lui donnât un langage, nous le sentons tous en nous. Quant au langage phonétique , il ne nous est pas moins naturel dans ses premiers éléments, je veux dire en ce qui regarde les cris, les sons vocaux imitatifs qu'on appelle onomatopées. Le difficile est de passer de Tonomatopée à l'expression parlée d'idées qui n'ont rien de commun avec le son , avec les choses sensibles mêmes. Mais cette transition nous parait si peu impossible, que nous la retrouvons visiblement dans toutes les langues, et fondée sur des analogies que l'esprit humain trouve et saisit avec la plus grande facilité. Et qu'on ne dise pas qu'il ne les trouve qu'à l'aide du langage : car dans celui qui parle, ce n'est pas le mot qui suscite l'idée, mais bien l'idée qui réveille le souvenir du mot. L'invention d'une langue parlée était donc possible.

Mais toute langue parlée ne peut être apprise qu'autant qu'elle est traduite par le langage des gestes, et le langage des gestes lui-même suppose celui des images des choses.

Ainsi , loin que le langage en général soit impossible à inventer, l'homme est doué de deux

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langages naturels : 1® celui des choses; 2^ celui des gestes. Les cris ne lui sont pas moins naturels. Mais .des cris ne deviennent un langage qu'à certaines conditions que nous ferons bientôt connaître. (Y. Locke, Condillac, Degérando, etc., sur Tinvention du langage. — V., contrairement à celte opinion, de Bonald, etc.)

DU DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE 3 -r DE SA DIVERSITÉ J DS SON RAPPORT AVEC LA PENSÉE^ ET DES CONDI- TIONS DE SA PERFECTION.

Les langues n'étant qu'un moyen d'exprimer nos idées, elles ont constamment suivi le sort de cellesci. Elles ont d'abord été pauvrçs, synthétiques; elles se sont peu à peu développées, sont devenues très-analytiques, et ont enfin repris un^ forme synthétique, mais moins compacte que la forme synthétique primitive. Ces deux derniers moments de l'histoire delà destinée des langues sont attestés par les déclinaisons, les locutions adverbiales et elliptiques, et par le sens analytique et déterminé des ftiots qui ont servi à former les prépo* sitions et les conjonctions dans les langues développées.

Le caractère synthétique primitif des langues est facile à établira priori; il est d'ailleurs attesté hautement par les interjections et par la signification plus ou moins complexe des mots dans les langues primitives, par exemple dans la langue hébraïque.

Les langues ont pu ^tre d'abord diverses, savoir

si les hommes ne remontent pas tous à une même famille primitive, et dans l'hypothèse de l'invention in langage. Il est difiSeile en effet d'admettre que la même langue aurait dû être inventée partout* Dans la supposition où le langage aurait été donné à l'homme immédiatement ou tout fait, il resterait encore à savoir, en admettant qu'il y ait eu plusieurs familles originelles, si le même idiome a été donne à toutes, ou si chacune d'elles n'aurait pas reçu celui qui convenait le mieux à sa nature et à son climat.

Mais si tous les hommes ont une origine commune, ils ne peuvent avoir primitivenient parlé des langues différentes qu'à la condition de s'être séparés avant l'invention d'une langue phonétique un peu développée. Le genre humain descendif-il tout entier d'une fapiille primitive unique , et ses membreis ne se fussent-ils enfin séparés qu'après avoir parlé une même langue, il est pourtant certain que cette langue primitive dut s'altérer de plus en plus par la suite des temps, à mesure que les hommes qui la parlaient passèrent sous des climats plus éloignés, et qu'ils furent soumis à un plus grand nombre d'influences étrangères diverses. Plus tard, les causes originelles de ces altérations dans le langage primitif, venant à se rencontrer et à exercer concurremment leur influence, durent produire des effets complexes, plus prononcés encore que les premiers. En sorte que les causée des altérations du langage allèrent toujours en croissant dans line proportion très-composée. Ces altérations durent s'insinuer facilement

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