‹ Anthropologie spéculative généraleChapitre 25 sur 72 · III · texte numérisé non relu

III

De la Pat liognomonle * et «les difTérentes sorte» de Pliysionoiiiies*

INTRODUCTION

Il ne faut pas s'exagérer l'utilité des connaissances anatomiques et physiologiques pour le poète, l'artiste, le philosophe; mais il ne faut pas non plus les croire inutiles : le physionomiste, par exemple, remarquera plus facilement un très-grand nombre de traits, s'il sait quelle est la partie osseuse ou molle qui les indique, et quelle est la forme, le volume, la position, la proportion ordinaires de cette partie. Il serait de plus très-porté à se tromper si , voulant faire de la physiognomie en grand, il ne connaissait pas les caractères physiques qui distinguent chaque nation, chaque race du genre humain.

Ces réflexions sont plus que suffisantes pour justifier Lavater et ses éditeurs d'avoir consacré un volume aux caractères généraux et spéciaux du visage, à l'histoire naturelle de cette partie si importante en physiognomie.

Mais une réflexion se présente : s'il y a différents types secondaires dans la race humaine, si ces types tiennent à des caractères physiques importants sous le rapport intellectuel et moral, si l'observation en grand donne ici gain de cause à la physiognomie ou la condamne, que devient l'identité humaine, que devient la science du phy-

î 12 RAPPORTS SPÉCIAUX

sionomiste? Si le Baskir, le Nègre, sont faits de telle sorte qu'ils ne puissent avoir l'intelligence d'un Européen ordinaire ; s'ils sont plus violemment portés à certaines passions, et qu'ils aient moins de force que nous pour y résister , ne faut-il pas , ou que les blancs ne forment pas société avec eux , ou qu'ils les tiennent dans une sorte d'esclavage ? Cette servitude n'est -elle pas la conséquence naturelle des choses, de la liberté surtout, c'est-àdire de la concurrence indéfinie dans l'acquisition des moyens d'existence, de bien-être et de perfectionnement? Faudrait -il donc enfin revenir à l'opinion d'Aristote, après en avoir tant médit?

Si, au contraire, la différence des formes organiques n'est point liée fatalement à une différence animique, si toutes les aptitudes intellectuelles et morales peuvent natm^llement (je ne dis pas logiquement) exister à tous les degrés dans toutes les formes humaines; si l'éducation fait tout et l'organisation rien ou peu de chose; si les tempéraments et les climats étaient les seules grandes raisons de différences , c'est-à-dire si ces différences étaient purement accidentelles et nullement essentielles, que faudrait-il penser de la physiognomie? Pourrait-elle encore avoir une valeur locale quand elle cesserait d'en avoir une générale?

C'est à l'observation de résoudre ces questions. Je continue donc.

Lavater pense avec raison qu'on peut se servir de tous ses sens pour arriver à la détermination des types nationaux. Il croit, par exemple, à des odeurs nationales, comme à des visages natio-

naux; il prétend même en avoir vu des exemples. Et pourquoi n'y en aurait-il pas? Poure^uoi n'y aurait-il pas des odeurs de famille, de sexe? Chaque espèce d'animaux n'a-t-elle pas son odeur propre? Les chiens ne reconnaissent-ils pas non-seulement le gibier, mais encore leur maître? IN'en suiventils pas la trace par le seul moyen de l'odorat?

Pour en revenir aux formes, Lavater dit que le Français se distingue surtout par ses dents et sa manière de vive ',Y Anglais, par son visage ovale, par sa bouche ondulée, son front court et voûté; le Hollandais, par sa tête ronde, ses cheveux mous; \ Allemand, par des plis autour des yeux, des sillons entrecoupant les joues; le Russe, par son nez retroussé, ses cheveux noirs ou blonds. Le Suisse n'a pas de caractère national, excepté, peut-être, la franchise de son regard : il y a une grande différence de canton à canton, et, dans le canton de Zurich, de village à village. C'est que Lavater avait plus observé les Suisses que les habitants des autres pays, et les Zurichois que les Suisses des autres cantons. Ce que nous appelons des ressemblances, ne sont que des différences inaperçues.

Mais il faut aller plus loin, sortir de l'Europe, comparer même l'homme avec les animaux, afin de saisir les caractères qui le distinguent comme homme, sauf à redescendre de cette hauteur, et à chercher ensuite les caractères distinctifs des races, des nations, des provinces, des familles et des individus.

JNous ne trouvons et nous ne devons guère trouver dans le livre de Lavater, très-ausmenté

Cil ce point par ses éditeurs Moreaii et Maygrier, que la physionomie comparée des hommes et des animaux , et des différentes races d'hommes. Nous ne parlerons donc que de ces deux grands rapports, et nous n'en parlerons qu'en analyste.

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