‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 12 sur 105 · IV— N · texte numérisé non relu

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Tout tend à établir, au contraire, que le type humain, dans nos climats, est identique avec celui qu'on déduit de V observation des statues anciennes les plus régulières. On en conclut aussi que les artistes grecs ne se bornaient pas à ériger les proportions de leurs statues, comme le font beaucoup d'artistes modernes, d'après un certain tact et d'après des appréciations faites à vue : ils mesuraient bien réellement et , dans les circonstances ordinaires, ils suivaient des proportions déterminées et déduites de l'observation exacte de la nature1.

1 « L'origine du dessin est aussi ancienne que les traces des premiers pas de l'homme sur le globe, dit M. P. Legrand dans la Revue de l'instruction publique de France, 21 avril 1870.

•> Au début, le dessin est symbolique, comme l'écriture qui en dépend. Les tables théocratiques de l'Inde, les hiéroglyphes de l'Egypte, les briques d'argile de Babylone, couvertes d'inscriptions cunéiformes, témoignent de son antiquité. Ces essais, souvent informes, sont les premiers signes de civilisation, et des documents authentiques qui ont permis aux savants de refaire l'histoire.

« Tout dessin, comme toute production, renferme deux choses éminemment distinctes, quoique intimement liées: l'exécution et l'idée, la graphie et l'esthétique, la science et le sentiment. Renfermées l'une et l'autre dans tout objet elles sont nécessaires à toute représentation graphique et se complètent mutuellement; car l'imitation dans les arts ne doit pas se borner au simple phénomène extérieur, mais il doit inspirer une pensée, révéler le souffle qui l'anime.

« Le sentiment ojÙ dessin n'est pas donné à tous, mais on peut le développer considérablement par une bonne direction dans les études. La science s'apprend ; ses principes peuvent être connus et appliqués par tout le monde. Les aptitudes de l'esprit, la docilité de la main accordées au commun des hommes suffisent pour conduire à des résultats graphiques suffisants.

" Les Grecs connaissaient la puissance des mathématiques; aussi Platon avait-il écrit sur la porte de son école de philosophie : * Nul « n'entre ici, s'il ne sait la géométrie. » Ne voulait-il pas dire par là que la géométrie est la base de toutes les sciences, de toutes les connaissances humaines ? Quoiqu'il en soit, il nous suffit, pour la question que nous traitons, que chez eux cette science était considérée comme la base du dessin, puisque Pamphile, le maître d'Appelles, disait, il y a deux mille ans : - Celui qui veut dessiner ou peindre doit commencer par étudier la géo-

Ils avaient à cet effet, sans aucun doute, des échelles ou canons comme l'ont prétendu plusieurs écrivains modernes 1 , et comme l'ont avancé d'ailleurs d'une manière formelle Lucien2, Diodore, Vitruve, Pline et Quintilien. Parmi les statues antiques qui présentent un caractère spécial, l' Hercule Farnèse mérite, avant tout, de fixer notre attention. La tête est comparativement petite : elle ne forme guère que le huitième de la hauteur totale. La poitrine au contraire offre un développement considérable ;

» métrie et la perspective. » Ce témoignage suffirait pour lever tous les doutes et démontrer la nécessité indispensable du secours de la science dans la pratique du dessin, si nous ne possédions pas des restes précieux de leurs monuments et de leurs chefs-d'œuvre qui prouvent incontestablement de fortes et savantes études, et les attestations nombreuses des auteurs contemporains, qui nous ont retracé les luttes artistiques entre les plus grands artistes de leur époque et dans lesquelles la science remportait toujours la palme.

« Ainsi, dans le combat entre Apelles et Protogène, émules et amis, la propreté, la délicatesse du trait, n'étaient certainement pas le but de leur imitation, mais bien quelque qualité inhérente à la science du dessin dont ils possédaient l'un et l'autre tous les secrets. »

1 » Il y avait probablement, dans les ateliers grecs les plus anciens, un canon ou une règle pour les proportions du corps humain; nous citons, comme preuve, le groupe des Éginètes qui se trouve à Munich. Les combattants montrent les mêmes proportions dans toutes les parties, même dans les visages; et la figure de femme dans ce groupe, une Minerve, offre également les mêmes proportions.

« Plus tard, les maîtres trouvèrent la différence des proportions, comme le prouvent des ouvrages admirables en marbre, qui nous sont parvenus. Pline, Philostrate et Vitruve attestent qu'ils donnèrent des régies par écrit. Quelques lignes qui, seules, nous sont restées de ces œuvres, ont servi aux modernes pour cette théorie.

« On dit que Parrasius a donné, un des premiers, des leçons sur la Symétrie; c'est le nom par lequel les Grecs désignaient la théorie des proportions. Asclépiodor, Miron, Lisippe, Eufranor et d'autres suivirent. Polyclète donna un commentaire sur ces leçons, et pour prouver leur vérité, il fit cette statue qui eut par excellence le nom de canon ou de règle... » (Pages 1 et 2 du Polyclète de Schadow.)

Voyez aussi, sur le canon de Polyclète, la dissertation de M. Nirt dans les Mémoires de Berlin. — Schadow, Polyclète, p. 20.

2 Lucien a vécu de l'année 120 à l'année 200 de l'ère chrétienne.

la distance des seins est représentée par 0,148; et, chez l'homme moyen, par 0,114 seulement. Les diamètres horizontaux sont en général tous remarquablement grands. Voici les principales mesures de YHercule Farnèse : on les appréciera mieux en les comparant à celles d'un de nos hommes ordinaires.

DIFFÉRENTES PARTIES DU CORPS. Hercule ■ Un belge.

Hauteur totale, 7 têtes 3 p. 7 min. 31parties7m. 1,000 1,000

Tête 4 » 0,127 0,136

Vertex, aux cheveux 1 » 0,032 0,024

» au bord orbital .... 2 » 0,063 0,059

„ au nez 3 « 0,095 0,097

Diamètre antérieur postérieur, tête 3 » 4 0,106 0,115

Clavicules, aux seins 3 » 6 3/4 0,113 0,102

Distance des seins 4 » 7 2/3 0,148 0,114

Clavicules, au sternum .... 3 » 0,095 0,098

Nombril, au pubis 2 « 8 1/3 0,0S5 0,094

Distance des hanches 3 » 11 1/2 0,126 0,140

des trochanters. ... 6 » 7 0,209 0,195

Largeur du pied 2 » 1/2 0,064 0,057

Acromion, au coude 6 « 4 0,201 0,192

Clavicules, aux hanches .... 7 « 7 0,241 0,242

Diamètre du cou 2 » 5 0,076 0,065

Pli du fessier, au sol 13 « 9 0,436 0,453

Jambe, depuis le genou .... 8 » 9 0,274 0,276

Pied 4 » 9 12 0,152 0,155

Diamètre de l'avant bras .... 1 » 6 1/4 0,049 0,037

Hanche, au genou 8 » 6 12 0,271 0,276

Le Laocoon présente des proportions qu'il devient très difficile de comparer à celles d'un modèle dans une pose tranquille ; cependant la perfection de la statue antique mérite qu'on la rapproche au moins de dimensions qu'on peut regarder comme étant dans leur état normal. Voici les mesures du Laocoon données par Audran lui-même, dans

1 Dans la première colonne des nombres sont indiqués les parties, et les minutes qui valent chacune 1/12 de la partie. Pour rendre les comparaisons plus faciles, on a, dans la colonne suivante, pris pour unité la hauteur totale, composée de 31 parties et 7/12.

son ouvrage sur les proportions des statues anciennes1, et les mesures correspondantes du modèle belge.

MESURES D'AUDRAX

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