VITRUVE
HOMMES
belges.
Face. Du menton, au haut du front .
'Longueur de la main
Tète. Du menton, au sommet . . .
De la lre vertèbre apparente, au sommet
Du haut de la poitrine, à la naissance des cheveux
Du haut de la poitrine, au sommet de la tête
Du bas du menton, au nez . . . .
Du bas des narines, au milieu des sourcils
Du milieu des sourcils, à la naissance des cheveux
Longueur du pied
» de la coudée .....
Poitrine
De l'ombilic, aux extrémités du corps
La première mesure qui établit une égalité entre la longueur de la main et la distance du menton à la hauteur du front, est exacte dans son rapport, mais sa valeur effective ne l'est pas : chacun des membres du rapport est trop faible d'un dixième, il en est de même de la hauteur de la tête et de la distance de la première vertèbre apparente au sommet de la tête.
Mais ce qui semble surtout avoir subi une altération chez les copistes, ou bien encore un malentendu chez les traducteurs, c'est la hauteur de la poitrine au sommet de
la tête, qui est de 0ni250 au lieu de 0ni172 à peu près1. Schneider, le commentateur de Vitruve, a fort bien vu la difficulté quand il a dit : Seqaens quartœ suspectum fuit galiano, qui quintœ scribendum censet, nisi forte verba ab medio pectore interciderint ; en partant du milieu de la poitrine, on se rapprocherait en effet de la vérité.
Le texte de l'architecte romain semble présenter d'autres erreurs encore. L'une se trouve dans les mots, cubitus quartœ; pectus item quartœ , le dernier membre de la phrase doit également avoir été altéré : la hauteur de la poitrine ne forme guère que le sixième de la stature.
L'ombilic n'est pas le milieu du corps non plus, comme le font entendre les paroles de Vitruve. La remarque en avait été faite anciennement par Varron lui-même.
On trouve aussi, dans le 7e livre de l'Histoire naturelle de Pline2, quelques notions sur la grandeur de l'homme; mais elles sont perdues au milieu d'exagérations de toute espèce que le célèbre naturaliste avait recueillies pour en composer ses ouvrages. Au chapitre XVI par exemple, il cite quelques tailles dont il soupçonne lui-même l'exagération, mais il paraît plus exact en citant la stature de différents nains, dont le plus petit était de deux pieds et une palme (métriquement 0m809).
Chez l'homme, dit-il, la longueur est la même depuis les pieds jusqu'à la tête, que d'une main à l'autre, les deux bras étant étendus et la mesure étant prise sur les doigts les plus longs. « A trois ans, ajoute-t-il un peu
1 N'est-ce pas 1/6, au lieu de 1/4, qu'il faudrait prendre? Cette correction d'une erreur assez probable rendrait à peu près exactement la valeur du haut de la poitrine au sommet de la tête. Il en est de même pour la grandeur de la poitrine ; au lieu de 1/4, cette valeur 1/6 donnerait 0m167 de la grandeur totale ; c'est à dire à peu près la même valeur 0m172 que j'ai trouvée de mon côté.
2 II périt en 79, avons-nous dit, dans une éruption du Vésuve ; il avait alors 56 ans.
plus haut, chacun a la moitié de la taille qu'il aura, cela est certain ». On voit du moins que ces mesures ne s'écartent pas beaucoup de la vérité et que dès lors elles avaient fixé l'attention.
L'époque de la Renaissance fut signalée par un retour vers les sciences qui ont un rapport intime avec les beaux-arts, et spécialement avec la perspective, l'anatomie et la théorie des proportions du corps humain. Parmi ceux qui donnèrent cette utile impulsion, on remarque Léonard de Vinci, en Italie, et Albert Durer, en Allemagne ; tous deux surent se placer au premier rang des géomètres et des peintres de leur temps. Déjà le célèbre Giotto, né en 1276, Ghiberti, l'auteur de deux des plus belles portes du baptistère de Florence, et Dominique de Ghirlandajo, le maître de Michel Ange, avaient inauguré cette brillante époque, et avaient tourné leurs études vers la connaissance de l'homme considéré sous le rapport physique ; malheureusement leurs écrits ne sont point parvenus jusqu'à nous1.
Le premier qui, sous ce rapport, laissa des traces durables de son passage, est le statuaire Léon-Baptiste Alberti : il était né en 1398, et mourut à l'âge de 77 ans. Florentin, ainsi que la plupart des génies les plus originaux de' cette époque, il se distingua à la fois comme statuaire, architecte, mathématicien, littérateur et théologien. On a de lui un grand nombre d'ouvrages ; celui sur
1 Giotto mourut à Florence en 1336. Ghiberti, né dans cette même ville, en 1378, termina ses jours, paraît-il, en 1456. Quant à Dominique Ghirlandajo, dont le vrai nom était Curadi, il était né en 1449 et il mourut en 1493.
la peinture et la statuaire contient des documents du plus grand intérêt concernant les proportions du corps humain. Alberti prend soin d'indiquer la marche qu'il a suivie pour arriver à ses déterminations : il a choisi un grand nombre de modèles, réputés beaux et régulièrement construits ; il les a mesurés et comparés entre eux ; il a négligé tout ce qui était excès en plus ou en moins, et il s'est efforcé d'arriver à une moyenne parmi les parties les plus belles : In questo medesimo modo ho io sciolti molti corpi, tenuti da coloro che più sanno, bellissimi, e da tutti ho cavate le loro misure e proporzioni; délie quali avendo poi insieme fatto comparazione , e lasciati da parte gli eccessi degli estremi, se alcuni ve ne fossero che superassino, o fossero super ati dagli altri, ho prese da diversi corpi e modeli, quelle mediocrità, che mi son parse le più lodate l.
Le savant artiste prend pour module le sixième de la hauteur totale de l'homme, et ce module il le nomme^^, à cause de la conformité de sa longueur avec celle du pied humain. Le pied se divise ensuite en dix parties égales ou onces; l'once à son tour se subdivise en dix parties égales ou minutes ; en sorte que chaque minute forme la six centième partie de la hauteur de l'homme.
Nous remarquerons en passant l'emploi de deux théories à peu près inconnues à cette époque dans l'histoire des sciences , celle des moyennes et celle du système décimal. Ces théories, à la vérité, n'apparaissent ici que d'une manière confuse et incomplète, mais on reconnaît que le savant Florentin en avait apprécié déjà tous les avantages ; et ce qui pourra paraître plus significatif encore, c'est que ses successeurs ont plutôt reculé qu'avancé
1 Délia pittura et délia statua di Leone-Battista Alberti, p. 129. Milano, dalla Società tipogr. de' classici italiani, 1804; in-8°.
les limites qu'il avait fixées à cette branche intéressante des sciences qu'on nommait alors symétrie.
Alberti avait compris qu'il existe un type dans la nature ; que, pour parvenir à le saisir, il devait recourir aux principes de l'observation et recueillir des mesures prises sur un grand nombre d'hommes : il sentait le besoin d'éliminer ce qui pouvait n'être qu'accidentel, même parmi les hommes réputés les mieux conformés. La plupart de ses successeurs ont abandonné cette marche sûre, et ont substitué le produit de leur imagination et des valeurs conventionnelles à ce type des proportions humaines ; ou bien, quand ils ont cru devoir recourir à la nature, ils se sont bornés à citer les proportions d'individus qu'ils considéraient comme bien conformés : de là les discordances nombreuses et choquantes que l'on trouve dans les nombres qu'ils ont donnés.
J'ai rapproché, autant que je l'ai pu, les grandeurs assignées par Alberti, de celles prises d'après les plus belles statues antiques ; je les ai comparées également à celles que j'ai déduites de mes propres mesures, et généralement je leur ai trouvé le caractère de la plus scrupuleuse exactitude. Une seule m'a paru défectueuse, et il est à remarquer que c'est justement celle qui sert de base à sa nomenclature. Alberti suppose la longueur du pied égale à la sixième partie de la hauteur de l'homme, comme l'avait fait Vitruve; c'est son module, son unité; et il la définit ainsi qu'il suit : La lunghezza che è dal dito grosso al calcagno. Or, il en résulterait qu'en prenant pour unité la hauteur de l'homme, la longueur du piecl, ouïe sixième, aurait pour valeur 0m167 ; j'ai trouvé, d'après mes propres mesures , 0m154 , et, d'après plusieurs statues antiques , 0m149 seulement. Alberti semble s'être écarté de la vérité dans cette circonstance , afin d'établir un rapport facile-
IIlol'OUTIONS DU CORPS HUMAIN.
nient saisissable. Partout ailleurs les nombres concordent dans des limites si étroites, que deux mesures successives, prises pour une môme partie du corps, pourraient présenter des différences faibles. On verra sans doute avec intérêt le tableau des proportions données par l'habile sculpteur florentin ; nous avons traduit ses indications aussi fidèlement que possible; cependant quelques-unes peuvent laisser du vague, mais il ne dépendait pas de nous qu'il en fût autrement. Ses mesures, comme nous l'avons fait remarquer déjà, sont données en pieds, onces et minutes ; nous les avons traduites en prenant pour unité la hauteur de l'homme, afin de rendre plus faciles les comparaisons avec les nombres de la dernière colonne.
Tableau des proportions de l'homme d'après Léon-Baptiste Aller ti {né à Florence en 1398, mort en 1475).
PARTIES DU CORPS
HAUTEUR
La
hauteur
Pieds.
Onces.
totale
prise pour
unité.
Belges
de
Au-dessus du sol.
Hauteur totale de l'homme ,
Jusqu'au cou-de-pied ,
Hauteur de la saillie du talon. . . . ,
— de la rentrée du talon . . . , Jusqu'au-dessous du mollet . . . . Jusqu'au retrait sous le condyle intérieur
Jusqu'au muscle du genou, du côté extérieur ,
Jusqu'au pli, au-dessous des fesses. . ,
PARTIES DU CORPS
HAUTEUR
La hauteur
totale prise ponr
unité
Belges
de 18 à 30
Jusqu'à l'os du pubis
Jusqu'au pli de la cuisse
Jusqu'au nombril
Jusqu'à la ceinture
Jusqu'au procès xiphoïde et les bouts des
Jusqu'à l'enfoncement au-dessus des clavicules
Jusqu'au nœud de la gorge . . . . .
Jusqu'au menton
Jusqu'à l'oreille
— la naissance des cheveux . . .
— l'extrémité du doigt (le bras pen-
dant)
— la naissance de la main (le bras
pendant)
— l'angle le plus élevé des épaules.
Largeur mesurée de droite à gauche.
Plus grande largeur du pied .
— du talon.
— au-dessous des sail-
lies du talon . .
Le rétrécissement au-dessus du talon. .
Diamètre de la jambe au-dessous du mollet
Plus grande largeur de la jambe au mollet. Le retrait sous le condyle du genou ".
PARTIES DU CORPS
HAUTEUR
-S ss 5
tu S 0
lr" a a
La
hauteui
totale
prise pou
unité.
Belge -
de
ans.
Plus grande largeur de l'os du genou . .
Le retrait de la cuisse, au-dessus du genou.
Plus grande largeur, au milieu de la cuisse
Plus grande largeur du corps, à la hauteur
du pubis
Plus grande largr du corps, aux aisselles.
iPlus grande largr du corps, aux épaules.
Largeur de la tête, aux joues
Diamètre de l'avant-bras
— du biceps et coude
— du bras, sous les épaules. . .
Épaisseurs.
Distance du gros orteil, au talon. (Pied) .
— du cou-de-pied, à la saillie du
talon
— du cou-de-pied, à la rentrée du
Épaisseur de la jambe, au milieu . . .
— — au plus fort du
mollet ....
— ^ — où la rotule a le
plus de saillie
Plus grande épaisseur de la cuisse . .
Épaisseur du pubis, à la saillie des fesses.
— du nombril aux reins. . . .
yt
— à la ceinture
PARTIES DU CORPS
HAUTEUR
La
hauteur
ea
totale prise pour unité.
Belges
de
ans.
Épaisseur entre les mamelles et la saillie des reins
— du cou, au nœud de la gorge.
— de la tête, du front à l'occiput.
— des épaules
Léonard de Vinci était, ainsi qu'Alberti, statuaire, littérateur, mathématicien, architecte. Né en 1452, il prolongea sa brillante carrière jusqu'en 1519 l. Dans son traité de la peinture, on voit qu'il avait porté son attention sur toutes les parties de son art qui se rattachent aux sciences, et particulièrement sur ce qui appartient à la perspective aérienne. Il paraît avoir, le premier, fait servir le visage humain (volto) comme module , et il le faisait égal à la dixième partie de la hauteur de l'homme. Voici comment il s'exprime au sujet des proportions. « L'homme, dans sa première enfance , a la largeur des épaules égale à la longueur du visage, et à l'espace du bras qui est depuis l'épaule jusqu'au coude, lorsque le bras est plié : elle est encore pareille à l'espace qui est depuis le gros doigt de la main jusqu'au pli du coude, et pareille encore à l'intervalle qu'il y a de la jointure du genou à celle du pied; mais quand l'homme est parvenu à sa dernière hauteur , toutes ces mesures doublent en longueur, hormis le
1 D'après Schadow, dans son Pohjclète, Léonard de Vinci est né en 1445, mort en 1520. On varie du reste sur l'époque de sa naissance et sur celle de son décès.
visage, lequel, aussi bien que toute la tête, reçoit peu de changement ; et ainsi l'homme qui, après être arrivé à son dernier accroissement, est d'une taille bien proportionnée , doit avoir en hauteur dix faces, et la largeur des épaules a deux de ces mêmes faces, et ainsi toutes les autres parties dont j'ai parlé sont pareillement de deux faces; pour le reste, nous en traiterons en parlant de toutes les mesures du corps de l'homme1. »
Ces derniers mots sembleraient faire comprendre que le célèbre artiste va donner successivement les grandeurs qu'il convient d'assigner aux membres humains ; il n'en est rien cependant. Peut-être l'a-t-il fait dans l'un de. ses ouvrages qui sont restés inédits. Du reste, les proportions qu'il donne, dans les lignes rappelées précédemment, semblent prouver qu'il a été plus préoccupé du désir de trouver des rapports simples et d'une pratique facile , que de rechercher les véritables relations de grandeur que les membres ont entre eux. Il n'en est pas du peintre d'ailleurs comme du statuaire : les raccourcis altèrent toutes les grandeurs ; et comme Léonard était peintre avant tout, il s'est attaché à faire connaître particulièrement les altérations que les mouvements de l'homme, combinés avec les effets de perspective, peuvent produire dans les différentes parties du corps.
Dans les préceptes qu'il donne pour la division d'une statue , il emploie le système duodécimal : « Divisez la tête en douze degrés, dit-il; et chaque degré en douze points, chaque point en douze minutes, les minutes en secondes , et ainsi de suite : jusqu'à ce que vous ayez trouvé une mesure égale aux plus petites parties de votre figure2. r>
1 Traité de la peinture, p. 149, édit. de Paris, 1vol. in-12, 1716.
2 Page 29 de l'ouvrage cité.
« Il faut observer trois choses dans les proportions : la justesse, la convenance et le mouvement, a dit Léonard, dans son Traité de la peinture, chapitre XLIX. La justesse comprend la mesure exacte des parties considérées les unes par rapport aux autres, et au tout qu'elles composent. Par la convenance on entend le caractère propre des personnages selon leur âge , leur état et leur condition; en sorte que, dans une même figure, on ne voie pas en même temps des membres d'un jeune homme et d'un vieillard, ni dans un homme ceux d'une femme ; qu'un beau corps n'ait que de belles parties. Enfin, le mouvement qui n'est autre chose que l'attitude et l'expression des sentiments de l'âme, demande dans chaque figure une disposition qui exprime ce qu'elle fait et la manière dont elle doit le faire ; car il faut bien remarquer qu'un vieillard ne doit point faire paraître tant de vivacité qu'un jeune homme, ni tant de force qu'un homme robuste; que les femmes n'ont pas le même air que les hommes ; qu'enfin les mouvements d'un corps doivent faire voir ce qu'il a de force ou de délicatesse. »
G. Bossi, clans son Traité sur la représentation de la Cène, et plusieurs artistes après lui , ont cherché à déduire des dessins de Léonard, les proportions humaines qu'ils ont présentées comme des types qu'il convenait d'adopter dans les arts.
Parmi les Italiens les plus distingués de la Renaissance qui se sont occupés du même sujet , il convient de citer aussi le célèbre écrivain florentin Àgnola Firenzuola, né en 14931. Son dialogue Délia bellezza délie donne, remarquable sous plus d'un rapport, montre jusqu'à quel point on était alors préoccupé du beau et des qualités qui le constituent.
i II mourut en 1548.
Firenzuola n'a évidemment point observe par lui-même ; il n'a fait que reproduire les idées des autres ; il a puisé clans Vitruve et dans les traditions de son époque ; mais comme ces traditions sont perdues pour nous, il peut être intéressant de rappeler quelques observations qu'il présente.
Il admet la grandeur de l'homme égale à l'espace que mesurent les deux bras étendus horizontalement; cette môme grandeur est partagée en deux parties égales à la hauteur des parties génitales; elle contient, de plus, neuf fois la hauteur de la tête ou la distance verticale du sommet de la tête au bas du menton. Tanto è lungo Vuomo, distendendo le braccia in croce, dalV estremità del dito del mezzo delV una mano ait estremità del dito del mezzo delV altra mano; quanto dalla infima parte délie piante alla sommità del capo, che volgarmenle si chiama cocuzzolo : la quale figura vorrebe essere per lunghezza almeno nove teste, cioè nove voile quanto è dalla più bassa parte del 7nento alla sommità del capo. Altri in perfetto circolo Vhanno risoluta, tirando dalle parti genitali, le quali vogliono che sieno Vumbelico, èl mezzo délia nostra figura ; le linee alla circonferenza ! .
Une hauteur de neuf têtes est considérable. Les mêmes proportions existent chez la femme, dit Firenzuola; cependant quelques hommes de savoir et de mérite, ajoute-t-il, ont écrit que les femmes ont une hauteur qui ne dépasse pas sept têtes. Sono statinon dimeno molti dotti e valenti uomini, i quali hanno lasciato scritto, che le donne per lo più non passano sette teste : altri, che a voler essere di proporzionata grandezza, non devono passare sette e
1 Opère di Messer Agnolo Firenzuola fiorentino, vol. I, p. 276. Florence, 1763, 3 vol. in-8°.
mezzo1. Très probablement Firenzuola aura confondu les deux modules dont les artistes de son époque se servaient assez indistinctement : la tête (capo) et le visage (volto). Ce dernier module est en effet contenu neuf à dix fois dans la hauteur de l'homme 2.
En donnant les proportions de la tête, Firenzuola s'exprime d'une manière si vague, que nous renonçons à le traduire dans la crainte de dénaturer sa pensée : E tanto quanto è dalla estrema parte del mento al termine sopra il labbro superiore, tanto lia da essere dalla fine del naso al cominciamento délia dirizzatura, che è la fine délia fronte : e tanta distanzia è délia estremità del labbro di sopra al principio del naso, quanto dalla coda anteriore di ciascuno degli occhi al mezzo del dorso del naso, e tanta vuole essere la larghezza del naso, nella sua base, quanto e la sua lunghezza : e tanta deve essere larga la concavità deV occhio, dalla parte di sotto al ciglio a quella che termina colle guance, quanto da quella che combacia il naso, a quella che finisce a dirimpetto degli occhi'6.
Aux noms des écrivains que nous venons de citer, il convient d'en ajouter beaucoup d'autres, généralement plus connus par des travaux artistiques, que par leurs recherches sur la théorie qui nous occupe; ainsi : Paolo Pino, J.-B. Paggi4, Francesco Mazzuoli, surnommé il
1 Opère, etc., p. 278.
2 Albert Durer, dans son ouvrage Sur la proportion des parties et portraits des corps humains, a donné également des modules contenant neuf à dix fois la hauteur de la tête de l'homme, mais on verra les motifs qui ont porté cet artiste à assigner des proportions semblables à quelques-unes de ses figures.
3 Opère, etc., p. 280.
4 Jean-Baptiste Paggi, né à Gènes, en 1554, mourut dans la même ville, en 1627. — F. Mazzuoli ou le Parmesan naquit en 1503 et mourut en 1540, à l'âge de. 37 ans, l'esprit préoccupé des prétendus prodiges de l'alchimie. — J.-P. Lomazzo, né en 1538, à Milan, mort après 1591 ; il perdit la vue après sa 33e année; son Traité de peinture, écrit en italien, jouissait
Parmeggiano, J.-P. Lomazzo, J.-B. Armcnini, élève de Raphaël, P.-Ant. Barca, J.-B. Volpato, Baccio Bandinelli, J. Longhi , s'occupèrent tous de fixer les rapports de longueur qui existent entre les différentes parties du corps. Le statuaire G. Schadow, dans son Polyclète, place le célèbre Michel Ange parmi ces mêmes artistes1; il parle d'une planche détachée dans laquelle Fauteur du Jugement dernier aurait donné le module des proportions humaines2.
Nos jugements ne peuvent porter que sur les ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous, et ils doivent naturellement se modifier selon que ces ouvrages sont considérés sous le point de vue ou de la science ou de l'art.
Sous le premier point de vue, l'avantage reste entièrement à L.-B. Alberti, bien qu'il soit l'auteur italien le plus ancien qui, à notre connaissance, se soit occupé 'de la théorie de la symétrie; c'est certainement celui qui l'a envisagée sous le rapport le plus rationnel. Il ne paraît pas que les proportions données par cet artiste aient été examinées par M. Schadow qui, cependant, le cite dans son introduction au Polyclète; nous aurions été charmé de connaître l'avis d'un juge aussi compétent.
dune grande réputation et a été traduit en différentes langues. — Jean Volpato, né à Bassano, en 1733, graveur distingué, mourut à Rome, en 1802; il a publié un ouvrage intitulé : Principes du dessin, tirés des meilleures statues antiques. Rome, 1786, in-fol. — Bandinelli, sculpteur et peintre, était né à Florence en 1487; il y mourut en 1559. — Luc Longhi, né à Ravenne en 1507, mort en 1580.
1 Michel Ange naquit en 1474 et mourut en 1564; Raphaël qui vit le jour après lui, en 1482, précéda de beaucoup sa fin et fut enlevé prématurément en 1520, à l'âge de 38 ans seulement.
2 « La science du dessin se perdait de jour en jour et entraînait l'art vers une décadence imminente et complète, lorsque les grands chefs de la Renaissance italienne se tournèrent vers l'antique, lui demandèrent et découvrirent le secret de sa force et de sa puissance.
« Avec cette révolution artistique coïncide la découverte des chefs-d'œuvre de l'antiquité que les Romains avaient enlevés à la Grèce etqui, aban-
De ce qui a été dit précédemment, on peut conclure que quatre parties principales du corps ont été prises successivement pour modules : leurs rapports simples avec la hauteur de l'homme se trouvent indiqués déjà dans le traité de Vitruve. Ce sont :
La coudée des Egyptiens ou la distance entre le coude et l'extrémité des doigts ; elle forme la quatrième partie de la hauteur de l'homme ;
Le pied, qui en forme la sixième partie ;
La tête, comprise huit fois, selon Vitruve, ou mieux sept fois et demie dans la hauteur ;
donnés, gisaient mutilés sous le sol ou ensevelis sous les ruines de leurs Thermes, de leurs palais, de leurs théâtres dont ils avaient fait l'ornement au temps de la splendeur de l'empire. Giotto, qui laissa si loin Cimabuë, son maître, fut un génie unique pour son époque, plus étonnant peut-être au xive siècle que Raphaël au xvie. Lorsqu'il envoya à Benoit IX un O parfaitement rond, ne voulut-il pas donner une preuve de son talent graphique et prouver que la géométrie lui étant familière, il pouvait, sans le secours d'instrument, et comme par sentiment, tracer un cercle ou toute figure géométrique qu'on voudrait lui demander?
« C'est alors queTEtrurie eut sa seconde époque de gloire. Sa résurrection artistique eut lieu au XVe siècle. Brunelleschi embellit Florence; Ghiberti coule les portes célèbres du baptistère ; Michel Ange, peintre' sculpteur, architecte, élève la Coupole si hardie de Saint-Pierre et peint l'immense fresque au Jugement dernier. Ces grands hommes et beaucoup d'autres ont égalé, sinon surpassé leurs devanciers. A eux et à leurs émules, le savant Léonard de Vinci, l'immortel Raphaël, il appartenait de lever le voile sur les ruines de l'art grec et d'arracher à ses débris la science et la doctrine qui avaient fait briller l'antiquité d'un si vif éclat.
« C'est dans une science étonnante du dessin, puisée à la source antique, que réside la plus grande puissance de Michel Ange. Vieux et aveugle, il se faisait conduire près du torse célèbre qui a conservé son nom, pour promener ses doigts roidis sur ces formes qui avaient été l'objet de son étude et de son admiration. D'ailleurs il en convint lui-même un jour à la marquise Vittoria qui, après de longs détours et de gracieuses circonlocutions, amena le grand homme â exposer ses idées qu'il tenait ordinairement si secrètes. « La science du dessin, dit-il, est l'essence même de « la peinture, de la sculpture et de l'architecture, en un mot, de toute « représentation de la nature, c'est aussi la racine des sciences. Celui qui « parvient à s'en rendre maître possède un véritable trésor. »
« L'aveu de ce génie, aussi versé dans les sciences que dans les arts, ne
Enfin, le visage (volto), égal à la longueur de la main, qui est le neuvième de la hauteur de l'homme.
Aux artistes cités précédemment, nous devons en ajouter quelques autres, rappelés par le sculpteur Godefroy Schadow, qui avait fait une étude spéciale des proportions antiques : Ce sont le Bramante, né en 1444 et mort en 1514, dont le nom se rattache de si près à celui de Raphaël, ainsi que Giuseppe Bossi, Luca Congiasio et Vincenzo Foppa ; nommons encore Maria Equicola, Nicolo Franco, Bertano, commentateur de Vitruve, qui n'ont fait que des compilations ; Girolamo Ruscelli (mort
prouve-t-il pas qu'il regardait la science, c'est à dire la géométrie, comme le point d'appui fondamental des arts du dessin?
« André Verrochio avait l'esprit tout rempli d'excellentes connaissances en mathématiques, en géométrie et en dessin et basait de même l'art sur ces sciences aussi exactes que nécessaires. Son élève l'illustre Léonard de Vinci, homme universel par la diversité de ses aptitudes et la profondeur de ses connaissances, porta, dans ses ouvrages, l'art du dessin à son plus haut degré de perfectionnement et établit dans ses écrits les bases de cette science. Par sa pénétration, il semble avoir communiqué avec les Grecs et leur avoir emprunté les vrais principes pour nous les léguer et nous servir de guide. Egalement élève de Verrochio, le Perrugin devint à son tour le maître de Raphaël. C'est assez dire que les mêmes principes furent inculqués au peintre d'Urbin ainsi qu'à Léonard de Vinci. La connaissance exacte de son art et une somme immense de sentiment ont donné à Raphaël ce talent inimitable qui l'a fait appeler le prince des peintres.
« L'Allemagne, à l'époque delà réforme, avait une école que ne dédaignait pas l'Italie. C'est que Albert Durer, Lucas Cranach, Holbein, étaient pour les sciences les dignes rivaux de Léonard de Vinci. Le premier, à la fois peintre, sculpteur, géomètre, graveur, dut à ses relations avec les maîtres italiens, ci-dessus nommés, la connaissance de la science graphique dont il a marqué ses ouvrages et qu'il nous a laissée dans ses écrits.
« Si de l'Allemagne nous passons en Flandre, nous verrons Rubens posséder la même science du dessin ; mais souvent emporté par la chaleur de l'improvisation, il perd quelquefois de vue les idées graphiques qu'il confond avec les idées chromatiques et, opérant trop vite, conduisant tout à la fois, teinte, anatomie, exécution, il finissait par se débarrasser de toutes les conditions imposées par la nature et par son art, et s'abandonnant à la fougue, il enfantait ces tableaux étonnants, il est vrai, mais qui seront toujours un écueil pour ceux qui voudront l'imiter. . . » (P. Legrand, Revue de V instruction publique, Paris, 1870).
à Venise en 1566) et le fameux Cardanus (né en 1501, mort en 1576), qui partage le corps de l'homme en 180 parties, dont 24 forment la tête; ce qui donne effectivement, pour toute la longueur du corps, sept fois et demie la hauteur de la tête.
Après les artistes que nous venons de signaler, nous aurions peine à en désigner d'autres aussi méritants. Plusieurs sans doute ne manquaient ni de talent, ni de réputation, mais il importe de rappeler surtout ceux dont les travaux ont laissé des traces durables de leur passage.
Parmi les ouvrages les plus récents, nous citerons les Tavoli anatomiche per i pittori, scultori ed altri, par G. Sabattini , grand in-quarto oblong , qui parut en 1841 , à Bologne, avec le concours du professeur G. Guizzardi : l'ouvrage ne contient guère que six pages d'introduction ; le restant du volume renferme des planches gravées représentant les différentes parties du corps humain, avec des explications assez resserrées des figures qu'il contient. Il est à remarquer aussi que l'auteur ne donne que la figure de l'homme fait; les âges qui précèdent n'ont pas été représentés ; et les figures relatives à la femme manquent complètement. On conçoit que ce recueil est singulièrement réduit, quant aux emprunts que nous aurions pu lui faire ; l'auteur du reste s'exprime avec modestie sur son travail ; il dit lui-même avec convenance à quel rang il aspire après ses illustres prédécesseurs : « Potrei , dit-il , qui addurre in prova di quanto asserisco Vesempio de più celeori maestri, greci non solo, ma' anche nostri, corne di un Michel Angiolo, di un Lionardo da Vinci, di un Raffaello, di un Tiziano, de' Carracci, e di tant' altri, li quali grandissima cura posero nell1 acquistare la più accurata cognizione delV anatomia, e si mostrarono conoscitori sommi di essa . »
Notre but, d'ailleurs, en présentant une esquisse rapide des ouvrages relatifs aux dimensions diverses du corps humain, n'est pas de donner un tableau complet de tous les travaux qui ont été exécutés , mais d'offrir un aperçu des efforts qui ont été tentés, dans les principales nations artistiques, pour exposer la marche qu'il convenait de suivre,