‹ Anthropométrie ou Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 68 sur 108 · FORCE · texte numérisé non relu

FORCE

des reins.

Le chef indien

105 kilog.

230 kilog.

Le chef de guerre

Jeune Indien de 21 ans

Id. de 19 ans

Id. de 20 ans

Modèle belge de 25 ans

10 hommes de 20 à 25 ans. . . .

Jeune Indien de 11 ans

On voit que, sous le rapport de la force, l'avantage est encore du côté des Indiens. Régnier estime la force des mains à 70 kilogrammes et celle des reins à 130. Ces valeurs ont été considérablement dépassées ; il est vrai qu'il s'agissait ici d'hommes choisis.

Proportions de Cantfield, V hercule des États-Unis. — Il importe surtout de déterminer les proportions des hommes qui se font remarquer par des caractères particuliers, tels qu'un excès de taille, de poids ou de force, parce qu'il est plus difficile de les rencontrer. Sous ce dernier rapport, l'hercule américain Cantfield avait droit à notre attention. Non seulement il se distinguait par une force et une adresse peu communes, mais encore par des proportions extrêmement élégantes : elles pouvaient le faire servir de type aux artistes qui auraient voulu représenter Hercule dans sa première jeunesse.

On trouvera, dans le tableau qui suit, les mesures que j'ai prises au mois de septembre 1846, et que j'ai rapprochées de celles des Indiens, afin de permettre de mieux saisir ce qui caractérisait l'hercule américain.

En faisant des rapprochements entre lui et la moyenne de trois jeunes Indiens qui avaient à peu près le même âge et la même taille, et dont le développement était d'ailleurs extraordinairement beau, on pourra remarquer une similitude très grande. Peut-être s'étonnera-t-on de trouver que la tête des Indiens était un peu plus forte que celle de l'hercule. La largeur de la poitrine, chez ce dernier, était tout aussi remarquable et la distance des deux seins dépassait également de trois centimètres environ celle qui avait été observée sur les poitrines de dix soldats belges d'un régiment d'élite (les guides).

La hauteur de Cantfield était à peu près la même que la hauteur moyenne des trois jeunes Indiens. Cependant il y avait deux à trois différences assez marquantes : ainsi la longueur du bras, depuis les apophyses acromions jusqu'à l'extrémité de la main, était moindre chez Cantfield d'environ 24 millimètres ; et la distance depuis

le milieu de la rotule jusqu'à terre était, au contraire, plus grande d'environ 30 millimètres.

Trois jeunes

Dix soldais

PARTIES DT>CORPS

Indiens.

belges.

Cantfield,

Age

20 ans.

lm733

20 à 25 ans.

lm750

21 ans.

Taille ou hauteur totale. . . .

Largeur des bras étendus . . .

Hauteur de la tête

Plus grand diamètre de la tête.

Circonférence par les sinus fron-

taux

Distance extérieure des yeux . .

Largeur du nez aux narines . .

Grandeur de la bouche ....

' Distance des épaules entre les

apophyses acromions ....

Largeur de la poitrine (aisselles).

Distance des deux seins ....

Grandeur de la main

Grandeur du pied

Depuis le trochanter jusqu'à terre.

Depuis le milieu de la rotule jus-

qu'à terre

Diamètre entre les trochanters.

Circonférence de la poitrine . .

Longueur du bras, depuis les apo-

physes acromions jusqu'à l'ex-

trémité de la main

Cantfield a fait preuve, sur l'un des théâtres de Bruxelles, d'une force très remarquable : ainsi, il a rompu par la traction une corde de chanvre de la grosseur du pouce ; les bras tendus , il se relevait de terre en portant un homme couché transversalement sur leurs extrémités ; il plaçait sur une épaule une pièce de quatre et en supportait la décharge sans être ébranlé. On s'étonnera sans doute qu'après des preuves non équivoques d'une vigueur pareille, il n'ait point accusé, au dynamomètre de Régnier, une force plus grande que celle du chef des Indiens O-Jib-be-Wass. Il est vrai que ce dernier, quoiqu'il n'en fît point preuve devant le public, était un homme extraordinairement robuste, le plus robuste même que j'eusse été dans le cas de mesurer jusqu'à cette époque. Cantfield a déployé exactement la même force que lui pour les mains et pour les reins. Comme lui, il soulevait un poids de 230 kilogrammes, et ses deux mains faisaient dévier l'aiguille du dynamomètre de 105 divisions1.

On peut voir d'ailleurs que la force n'était pas une qualité accidentelle chez le chef des Indiens, mais qu'elle existait aussi à un très haut point chez deux des jeunes guerriers2.

Les Chinois et leurs proportions.

Le résultat le plus saillant que m'ont fourni mes travaux sur les étrangers , consiste dans la fixité des proportions humaines, qui concourt à démontrer l'unité du type de notre espèce. Malgré l'infinie variété qui carac-

1 Je dois à l'obligeance de M. Clemson, alors chargé d'affaires des États-Unis, d'avoir trouvé toutes les facilités nécessaires pour prendre les principales mesures que je donne ici.

2 Voyez page 319.

térise les races d'hommes, on est forcé de convenir que cette variété réside bien plus dans les relations de formes que dans les relations de grandeur, et qu'elle est du domaine des arts plus encore que de celui des sciences.

Les grandes proportions varient en effet très peu chez l'homme : les différences réelles que présentent les races, tiennent à des caractères que l'œil saisit mieux que le compas; pour être bien établies, elles exigent des appréciations minutieuses et un tact qui suppose une longue habitude de ce genre de recherches. On peut voir les difficultés qu'éprouvent les phrénologistes dans l'appréciation numérique des caractères du crâne ; rien de précis même n'a pu être formulé à cet égard1.

J'ai montré la presque identité des proportions des plus belles statues de l'antiquité, avec celles de quelques Indiens de la tribu américaine des peaux rouges (les O-Jib-be- Wass) que j'ai eu l'occasion de mesurer en 18462. Ce qui caractérisait surtout ces Indiens, c'étaient les parties charnues de la physionomie, dont la mesure offre toujours les difficultés les plus grandes. On applique facilement le compas sur une charpente osseuse, mais comment apprécier les distances ou les valeurs angulaires d'objets dont les formes se contractent et varient à chaque instant.

Les mesures dont je vais faire connaître les résultats, ont été prises sur. une race d'hommes que je n'avais pas encore eu l'occasion de soumettre à des observations attentives. Elles répandront peut-être quelques nouvelles lumières sur une théorie pour laquelle on

1 Je n'entends point nier par là les différences que l'anatomiste reconnaît entre les crânes des principales races d'hommes ; ces différences existent, mais il devient à peu près impossible de les apprécier par des nombres seulement, surtout quand les crânes disparaissent en partie sous leurs enveloppes musculaires.

2 Bulletins de l'Académie, t. XIII, lre partie, p. 70, février 1846.

n'a recueilli jusqu'à présent que peu de renseignements exacts.

Une famille chinoise, composée de cinq personnes, se trouvait à Bruxelles en 1852. Profitant de l'obligeant intermédiaire de l'illustre statuaire, David d'Angers, je fus admis à mesurer le chef de cette famille, Chung-Ataï, homme âgé de 28 ans, et sa belle-sœur Chung-Ahoo, jeune fille âgée de 18 ans et demi. Ce n'est pas sans quelques peines que je réussis à obtenir les principales mesures que renferme le tableau suivant, dans lequel, pour faciliter les comparaisons, j'ai donné les mesures relatives à l'homme de nos climats et à la femme, âgée de 18 à 20 ans. J'ai naturellement choisi, parmi mes mesures, les deux groupes d'hommes et de femmes dont les tailles en hauteur se. rapprochaient le plus des individus chinois que j'ai mesurés.

La hauteur totale de la jeune Chinoise n'a pu être appréciée avec exactitude, à cause de la déformation des pieds et de l'espèce d'atrophie qu'ont éprouvée les membres inférieurs. La hauteur, depuis le vertex jusqu'à la cheville extérieure, a été de lm340; or, dans l'état normal, on peut estimer à 0m060 la distance de la cheville extérieure au sol : on aurait donc lm400 pour hauteur totale de la jeune Chinoise. Cependant, d'après les autres mesures, et particulièrement d'après la longueur des bras étendus horizontalement, on peut estimer que, dans l'état normal, la hauteur totale eût été de lm500 au moins.

La différence serait donc de 1 décimètre environ : c'est ce que prouve encore une autre mesure. Dans l'état normal, la hauteur de la tête du trochanter au-dessus du sol est de 0m780; chez la jeune Chinoise, la distance du trochanter à la cheville extérieure était de 0m620 et, par conséquent, 0m680 jusqu'au sol, en ajoutant 0m060.

Mesures prises sur des Chinois, le 27 mars 1852.

Page 1