A SIR J. P. W. HERSCHEL
DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES, k.
Vous avez Hen voulu agréer Vhommage de ce traité ^^^Anthropométrie que j^ai eu f honneur de vous offrir : Se ne saurais trop vous remercier^ surtout pour la manière amicale dont vous avez acciteilli ma demande.
J^^ avais peut=être fait une invasion un peu d?'usg^ue sur le terj'ain de la statisti(fue^ en pudliant^ en 7835^ ma Physique sociale, et^ en 7345^ mes Lettres sur la théorie des probabilités appliquées aux sciences morales et politiques. 'Votre examen criti(^ue de ce dernier ouvrage j <^ui parut^ sa7is nom d^auteurj dans la Revue d'Edimbourg (mai rsso), frappa vivement mon attention^ mais ce 7v^est
(j^uô six atis ap'fès que je pus apprendre^ par une de vos puMicationSj quHl était de vous.
S£a manière ferme et judicieuse dont cet article est êùritj m^a porté à vous demander dUn permettre Vinsertion en tête de la nouvelle éditioiv que j^allais pullier de ma Physique sociale, ^ous avez lien voulu co7isentir d ma demande, avec une politesse qui m^a vivement touché • je me troiove Aeicr&ux de pouvoir vous remercier de ces sejvti^ ments que vous m^avez toujours témoignés : c^est une des plus douces récompenses de mes péniiles travaux.
Tout à vous, avec la plus profonde et la plus affectueuse estime^
. ' Ad. QUETELET.
INTRODUCTION
Notre objet, dans cet ouvrage, est de faire connaître les parties les plus importantes du corps humain, ainsi que le développement des lois qui concernent l'homme : nous communiquerons, en même temps, les résultats de nos recherches sur l'organisation de ses facultés morales et intellectuelles.
L'étude de l'homme individuel a été faite en général avec soin, mais on n'a guère songé à l'examen du corps social dont il fait partie , et dont les différentes propriétés ne sont pas seulement d'une haute importance, mais doivent exciter l'attention la plus vive par les lois remarquables qui président à leur unité.
Notre ouvrage est divisé en cinq parties :
La première expose la marche suivie jusqu'à ce jour sur le développement de l'homme et sur les propriétés importantes qui s'y rapportent : Le côté scientifique de cette belle étude a été presque complètement négligé.
La seconde partie expose la marche adoptée, dans les Beaux- Arts et les Sciences, pour connaître les proportions de l'homme depuis sa naissance jusqu'à -son entier développement. L'art, sous ce rapport, a été étudié, depuis les temps les plus anciens, parles Egyptiens, les Indiens, les Chinois, les Grecs, les Romains, et par tous les peuples chez lesquels il a pu prendre des développements. Plus tard, les artistes de la Renaissance, et l'on peut dire les hommes les plus distingués des temps modernes, ont repris la même
INTRODUCTION
voie, qui avait été abandonnée pendant plusieurs siècles. Mais ces travaux, malgré leur mérite, se bornaient toujours à considérer l'homme en particulier et ils ne mentionnaient que les proportions moyennes, en négligeant l'examen des données les plus importantes.
Nous essayons de présenter, dans la troisième partie, des recherches qui nous semblent avoir manqué complètement dans les temps antérieurs ^ Peut-être l'énoncé des principales lois pourra étonner, inspirer même quelque méfiance, d'autant plus que la marche que nous suivons, ne ressemble pas à celle suivie par les hommes distingués qui nous ont précédé dans la même étude.
Le travail à faire était immense : il fallait reprendre toutes les recherches statistiques concernant l'homme sous des aperçus nouveaux et refaire, en quelque sorte, les observations, pour leur donner le moyen de se produire dans la science plus étendue, que nous avions en vue d'étudier. Aujourd'hui même les documents les plus importants sont loin d'exister : il fallait réunir les données statistiques nécessaires et tâcher de les utiliser ensuite. Nous avons eu soin de citer, dans nos ouvrages antérieurs , les sources où nous avions cru devoir puiser, et les savants nombreux dont les travaux nous ont été utiles. Nous nommerons spécialement le célèbre sir John Herschel, qui voulut bien nous permettre de placer, en
1 Je finissais mes études, lors des événements de 1814, qui séparèrent les Pays-Bas de la France. Pour me distraire, je partageais mon temps entre les sciences et les beaux arts : mon goût m'avait porté d'abord à suivre les travaux de l'atelier d'un peintre, que j'abandonnai ensuite pour accepter une chaire do mathématiques que m'offrait le gouvernement à l'athénée royal do Gand. Le goût des arts du reste s'associa toujours dans mes instituts de loisir à celui des sciences : et je pense que cette liaison n'était point accidentelle ; elle est d'ailleurs plus générale qu'on ne le pense : l'histoire de l'art et des sciences le prouve sullî ■ samraent.
INTRODUCTION
tête de la seconde édition de notre Pinjsique sociale, l'écrit remarquable qu'il publia en 1850, sur nos premières recherches ^
La quatrième partie traite plus spécialement de la moyenne des croissances, c'est à dire, de la courbe générale qui représente les tailles des individus d'un même pays et d'un môme âge : elle comprend les termes extrêmes représentant les limites des tailles maximum et minimum, ou bien des géants et des nains : (les tailles sont représentées par les abscisses; et le nombre d'individus de chaque taille est figuré par la longueur de l'ordonnée correspondante).
Nous avons cherché à faire apprécier l'influence qu'exercent sur la grandeur de l'homme plusieurs circonstances dont on ne peut tenir directement compte, telles que l'influence des localités habitées, celles de la profession, de l'aisance, de la nourriture, etc.
1 Je dois parler également avec reconnaissance des travaux faits en Écosse, et spécialement en Angleterre, par M, Samuel Brown, dont les communications dans les journaux anglais ont contribué à développer mes premiers essais. Je ne dois pas moins de remerciements aux auteurs du curieux ouvrage américain sur l'Anthropologie statistique, intitulé : Investigations in the militay^y and anthi^opological statistics of american soldiers by Benj. Apthorp Gould, en 1 vol. in-8", New-York, published for the U. S. sanitary commission, 1869. Je citerai encore les divers travaux publiés en Allemagne, et spécialement par M. Ad. "Wagner, dans ses divers écrits; par M. Alex, von Oettingen, dans son ouvrage Die Moralstatistih; par M. le D^^ J.-E. Wapp.eus, dans son Allgemeine Bevolkerungsstatisiih, 2 vol. in-8"; par M. J.-A. Grunert, Archiv der Mathematik und Physik; et plus récemment par M. L. BoDio, professeur de statistique à Venise, dans son écrit : La statistica nei suai rapporti colV econornia politica. Je ne dois pas moins de reconnaissance à M. Henry-Thomas Buckle, l'auteur de l'important ouvrage : History of civilization in England; de même qu'à différents journaux scientifiques qui ont bien voulu appuyer mes recherches dont la nouveauté portait à la méfiance, et particulièrement MM. Adolphe Held, dans le Jahrhûcher fur Nationalulionomie und Statistik, publié par M. Bruno Hildebrand, à Jena; les remarques de M. Stanislas Meunier, dans le Cosmos, etc.
8 INTRODUCTION
On ne peut plus ici se borner à observer la taille moyenne de l'individu ; il faut connaître le nombre respectif des tailles qui conviennent à chaque âge. Il suffit à cet effet d'obtenir la loi de concordance qui subsiste entre elles ; et, comme nous le verrons bientôt, de connaître les deux tailles extrêmes ainsi que la moyenne.
La cinquième partie de notre ouvrage est consacrée à cette recherche intéressante ; nous avons cru pouvoir employer à cet effet le langage mathématique, dont il n'a pas été fait usage dans les quatre parties précédentes. L'explication analytique de la même courbe se fait non seulement pour la taille, mais encore pour le poids, pour la force, pour la vitesse et pour toute, autre qualité qu'on peut mesurer chez l'homme. Il y a plus, la même loi s'observe encore pour les qualités morales et intellectuelles ; et non seulement elle est applicable à l'homme, mais elle convient également aux animaux ; en général donc elle est relative à tout ce qui appartient à la loi de croissance ; c'est à dire à l'homme, aux animaux et aux plantes.
On peut juger, dès à présent, combien nos connaissances sont encore incomplètes, surtout par rapport à l'homme, et combien les lois qui le concernent sont peu connues. On voit déjà quels admirables documents on pourra retirer de cette étude faite sur une échelle plus grande et plus convenable que l'échelle qui a été employée jusqu'à ce jour.
Si le monde devenait également abordable dans toutes ses parties ; s'il était possible d'en apprécier tous les individus, comme nous le faisons aujourd'hui pour les races civilisées, alors on pourrait, au lieu de comparer l'homme à l'homme, comparer toutes les nations entre elles et arriver aux principes généraux qu'il ne nous a pas été donné d'atteindre jusqu'à présent.
The proper study of manklnd Is man.
Pope.