CHAPITRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS
§ 1. — Avant-propos.
Natura non facit saltum ; l'humanité non plus ne procède pas par bonds et la clé de l'archéologue se trouve dans les périodes de transition.
Le grand fait de l'histoire est le passage de la civilisation d'Orient en Occident et l'avènement des Aryas au premier rôle du monde.
Ce passage s'accomplit par la floraison grecque. Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, aucune cité vivante n'égale la seule Athènes et les vingt mille eupatrides du temps de Périclès représentent réellement le cerveau, le cœur et
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l'avenir de l'humanité à cette date : les modèles, ^n tout, sont fournis par l'Attique qui n'eut rien de médiocre que ses dieux.
Dignes frères des Hindous, les Ioniens ont tellement mis de caprices dans leur théodicée que leur religion ne pouvait conquérir les nouveaux peuples. Ce n'est pas un hasard qui nous a livré l'Evangile dans un texte grec. Il fallait une nouvelle religion pour l'Occident et que la Grèce jusqu'à la floraison chrétienne fût tout l'Occident.
Rome, malgré son énormité conquérante et administrative, ne fut qu'une Assyrie par rapport à l'Hellénie : elle reçut les pensées sans les comprendre et les formes pour les utilitariser. Il n'y a point de génie au vrai sens du mot dans cette Italie si active ; personne ne mettra Y Enéide au rang des poèmes épiques, c'est un beau travail de lettré qui imite et Cicéron paraît bien un simple avocat, à côté des orateurs tels que Thucydide et Démosthène. La pauvreté d'un Térence, la vulgarité d'un Plaute s'étalent en face de la verve vraiment splendide d'un Aristophane, le plus haut des hommes qui ont ri. Quant au monument, il prend le caractère de colossalité : on fît très vaste, mais les thermes de Caracalla restent encore la ruine majeure ; et quanta la Maison Carrée, c'est simple
ment le dernier chant de la ligne grecque.
L'Orient si longtemps la lumière du monde ne s'éteignit pas subitement tandis que l'Occident s'éclairait, mais les Aryas commencèrent à créer en terre orientale. La période hellénistique offre une floraison aryaque en Asie : Séleucie, Antioche, Pergame, Damas, Alexandrie. Quand on songe que la victoire de Samothrace commémore la victoire navale de 3o6, on peut dire que l'Asie est esthétiquement et à jamais conquise et vaincue.
Selon l'expression romaine donnée au royaume de Pergame, l'Asie, au dernier siècle, n'est qu'une province de l'empire occidental. Le tableau de l'Orient serait incomplet, sans une mention de la civilisation islamique qui représente l'apogée d'une des trois grandes séries de l'espèce et aussi l'adversaire le plus prestigieux du monde chrétien. Ni les Barbares des invasions, ni les Turcs n'ont mis notre civilisation dans un tel péril. Si le Croissant avait triomphé de la Croix, c'en était fait du monde moderne et Fhistoire de l'univers était finie. Dernière et furieuse convulsion du génie asiatique contre l'Occident qui s'éveille, l'Islam forme le suprême chapitre des annales orientales. L'hégire, virtuellement, n'appartient pas à notre ère, non plus qu'aux races suivantes qui ont tout refait sous la discipline bienheureuse de la Grèce.
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. — Le Pays.
Le berceau de l'Islam est bien dans l'Asie antérieure et se centralise d'abord à Damas et à Bagdad, mais l'esprit de conquête qui l'anime le mène en Afrique et en Europe avec une incroyable rapidité.
L'Arabe succède à l'Assyrien comme homme de guerre, mais il ne revient pas dans la métropole chargé du butin de ses expéditions, il fonde partout où il est vainqueur une cité musulmane. La mosquée de Cordoue et celle de Médine s'élèvent en même temps et on ne saurait dire où l'Islam s'affirme le plus fortement.
Il faut envisager l'œuvre musulmane, en Syrie, en Perse, dans l'Inde, en Turquie, en
On confond souvent les Arabes qui sont des Asiatiques et les premiers Mahométans avec les Mores qui sont des Africains et qui, convertis, ruinèrent, avec les Turcs, l'empire musulman, de
Égypte, en Sicile et en Espagne.
La Race.
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la même façon que les Tartares, devenus chrétiens, détruisirent l'empire de Constantin.
Les tribus nomades que le verbe de Mohammed réunit par le lien religieux étaient sémitiques : les Turcs sont des Mongols.
Arabe doit être pris pour synonyme d'Araméen on d'Ismaélite.
§ 4- — Les Idées.
Le Sabéisme régnait parmi les Araméens ; ils l'avaient reçu de l'Assyrie. Une religion est la plus forte levure de civilisation et le génie sémitique, vaincu sous les traits iraélites, devait prendre sa revanche, le jour où un homme de véritable envergure tenterait la sublime aventure de Moïse et donnerait à ces nomades une foi propre à les unir.
Mohammed, surnommé Aboul Cassem, né en 570 de J.-C, à quarante ans déclara que l'ange Gabriel Pavait appelé prophète de Dieu (96 c. du Koran).
Le Koran, malgré l'abondance des répétitions, est une habile combinaison de l'Ancien Testament, du Nouveau et de la pneumatologie persane. On conçoit qu'avec de tels éléments on ne pouvait faire un mauvais ouvrage, et Moham-
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med a donné aux Arabes toute la lumière qu'ils pouvaient recevoir. Allah continue Iahve. Ce Dieu est unique ; aussi jaloux que le sultan céleste d'Israël il commande la conversion par le glaive. Aucune doctrine n'a eu une diffusion si rapide ; le cimeterre ponctuait de si près l'exhortation que partout et toujours, quand ils l'ont pu, les musulmans ont dit aux peuples: « l'Islam ou la mort. »
Depuis les Croisades, on assure qu'aucun musulman n'a abjuré ; les missions tant catholiques que protestantes n'ont pas converti un seul mahométan. Cette circonstance devrait avertir les ingénus que le jeune turc, malgré sa redingote de la Belle Jardinière, est l'ennemi né et implacable du chien de chrétien: les annales ne relatent à aucune époque qu'il ait existé une amitié réelle entre un chrétien et un musulman.
§5. — La Société.
Théocratie basée sur la conquête: le jour où l'élan militaire s'est brisé, la civilisation arabe a disparu.
Quant au mouvement de culture humanistique qui se produisit à l'époque des kalifats,
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il est essentiellement artificiel. Deux noms le caractérisent : Avicenne et Averroës.
Le premier, au dixième siècle, passa pour un grand médecin et ce n'est qu'au dix-huitième siècle que Montpellier abandonna ses Canons et revint à la médecine grecque. Son nom fut invoqué à l'égal de celui de Galien et d'Aristote.
Le second, commentateur du péripatétisme, appelait le christianisme « une religion impossible », le mahométisme une religion de pourceaux, et le judaïsme une religion d'enfants. Il nous est impossible, aujourd'hui, d'expliquer l'importance de tels personnages, sans aucun génie.
| 6. — Les Dates.
De 632, année de la mort du Prophète, commence un mouvement de conquête d'une puissance inouïe. Sous Aroun-el-Raschid (789-809), la renaissance sémitique atteint son apogée et on put croire un instant que l'empire romain allait se reformer au profit des Asiatiques, sous l'étendard du Prophète.
Mais ce faisceau trop vertigineusement formé se disjoint; l'Égypte, la Perse, la Syrie sont envahis par les Turcs, qui sont des jaunes et qui? finalement, prennent Byzance en i453.