Antiquités anglo-normandes de Ducarel
Ici , sout des vestiges d’anciens monumens ; là, de nouveaux édifices élevés avec des débris qui, à leur tour , seront effacés de la surface de la Terre.
(Quelque fautif que soit le titre d’ Antiquités Anglo- Normandes que Ducarel a donné à ses recherches sur les monumens de la Normandie , puisque ce sont , au contraire , les Normands qui ont introduit leur mode d’architecture en Angleterre , où la plupart des édifices religieux étaient bâtis en bois à l’époque de la conquête ; nous nous voyons cependant forcés de le conserver ici , parce que ce titre , donné , sans doute , par l’Auteur , pour complaire à ses concitoyens , ne diminue pas l’intérêt et le souvenir local que nous offrent ses savantes recherches. Nous avons à regretter seidement que , faites par un homme instruit , sur la véracité duquel on peut presque toujours compter , elles ne comprennent qu’une époque isolée dans la succession de ces monumens , dont les formes variées attestent les diverses révolutions.
ij INTRODUCTION.
Mais telles sont la multitude et la variété des documens historiques qu’il est nécessaire de rassembler , pour faire avec succès la recherche des nombreuses antiquités de cette province ; qu’il serait insensé de croire qu’avec les matériaux isolés et les mémoires imparfaits que l’on possède, on parviendrait jamais à réunir assez de faits pour établir un ordre régulier de classification , qui fixerait l’état des arts dans chacune de leurs périodes , embrasserait leurs diverses révolutions , et assignerait enfin à chaque mode d’architecture son existence première , ainsi que l’époque précise de ses progrès ou de sa décadence. L’observateur isolé , fùt-il armé d’une patience à l’épreuve des siècles , ne pourrait se guider dans ce mystérieux dédale , sans être ébloui par le faux jour des hypothèses; entraîné par elles, il serait continuellement arrêté par les effets du temps , ou plutôt par ceux de la main des hommes , encore plus destructive que les funestes influences de celui auquel nul ouvrage humain ne pourra survivre.
En traitant une matière si fertile en conjectures , d’après les bases du programme proposé par le Conseil général du Calvados dans sa session de 1821, nous aurions , il est vrai , 1 opinion particulière d’un ou de six individus , si le prix était partagé ; mais l’histoire générale des Antiquités de la Normandie resterait encore à faire.
Il appartient donc aux Sociétés savantes de chaque département , et particulièrement à l’Académie de Caen , déjà si distinguée dans les lettres et dans
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les sciences , de s’emparer d’un tel sujet , et d établir de grandes divisions historiques qui , bien que traitées séparément , se lieraient cependant , et serviraient à préciser davantage les faits et à éviter le mélange et la confusion presqu’inévitables dans une matière aussi obscure.
Cet ouvrage , rédigé par une Société savante guidée par la vérité des faits , mettrait à l’abri du temps , qui épaissit sans cesse le voile sous lequel les monumens se dérobent aux recherches avides de l’observateur , et fixerait d’une manière définitive, des limites entre la certitude , le doute et l’hypothèse. Il en résulterait , pour la société , que les observateurs qui viendraient ensuite pour explorer les antiquités de cette province , ne perdraient plus un temps précieux à rechercher des monumens déjà décrits , et qu’ils se borneraient à dévoiler les objets qui auraient paru douteux à l’Académie , ou que des causes accidentelles auraient rendus trop obscurs.
L’ouvrage de Ducarel , ainsi que nous l’avons déjà observé , ne formant qu’un des anneaux de la chaîne qui lie le passé au présent , la série des siècles qui se sont succédés jusqu’à nous , et qui ont vu fleurir et s’anéantir tant de nations diverses , se diviserait en six grandes périodes , dans lesquelles on ferait entrer les matières qui seraient en rapport avec chacune d’elles , ainsi que les révolutions que les monumens des arts ont subies pendant leur durée.
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