‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 1 sur 30 · AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

Des instrumens et des signes très-anciens, découverts de 1837 à 1846, dans des sépultures celtiques et des terrains diluviens , ont fait Tobjet de plusieurs Mémoires de M. Boucher de Perthes, qui ont été lus par Fauteur à la Société d'Emulation d'Abbéville en 1840, 1841, 1842, 1843, 1844, 1845 et 1846. Après les avoir réunis et méthodiquement classés , M. Boucher de Perthes en a repris la substance et s en est servi pour composer l'ouvrage qu'il vient d'achever et qu'il a voulu adresser à la Société dont il est Président depuis dix-sept ans. Il remercie les Membres de cette Société de l'assistance qu'il a trouvée en eux pour

compléter ses recherches et en constater les résultats. Les noms qu'il cite, connus des savans, sont ceux d'hommes qui, eux-mêmes, ont pris rang dans la science.

II n'est pas hors de propos de rappeler ici que la Société d'Emulation d'Abbeville , dont la fondation remonte à l'autre siècle, est une des Académies de province qui a compté parmi ses Membres le plus de per~ sonnages dont les noms ont eu et ont encore de la célébrité. Nous en citerons quelquesuns. Dans les sciences : Xavier Bichat, Corvîsard, Millin, Cambry, Silvestre de Sacy, Lhéritier , Bâillon , Noël de la Morinière , de Courset, Arthur Young , Anson , Pinkerton, Cuvier, Deleuse, Alibert, Fauvel, Framery , Poirée , TrauUé , de CandoUe , Gaillon, LapostoUe, Hurtrel d'Arboval, Lherminier, de Vielcastel, Sidney Smith, Boucher de Crèvecœur, Lever de Gonseville, Perrier, de Morogues, de Sellon, de Tournon, Casimir Picard. Dans les lettres: Millevoye, Vigée, Legouvé , Laya, Saint- Ange, Boinvilliers, Desmoustiers, Andrieux, Arnauit, Ch. Nodier, Th. Burette, Ch. Labitte, etc. Dans les arts: Choquel, Levasseur, Lesueur, etc.

Bien que Tauteur ait indiqué , dans le premier chapitre, le plan et le sujet de son livre, il ne sera pas inutile d'y ajouter quelques réflexions; elles feront mieux comprendre l'importance de la question qu'il traite et du jour qu'elle doit jeter sur une période demeurée dans une obscurité qu'on a pu long-temps croire impénétrable.

Les recherches faites pour découvrir des fossiles humains, des traces d'hommes antédiluviens, étaient, comme on sait, restées jusqu'à présent sans succès. Dans son livre intitulé: De la Création (*), M. Boucher de Perthes avait posé en principe que, tôt ou tard, on rencontrerait ces traces. Il appuyait cette opinion :

1** Sur la tradition d'une race d'hommes détruits par le déluge.

1^ Sur les preuves géologiques de ce déluge.

3** Sur l'existence , à cette époque , des mammifères les plus voisins de Ihomme et

(*) De la Création, Essai sur l'origine et la progression des êtres^ 5 Tol. in'12, Paris 1S38.

ne pouvant vivre que dans les mêmes conditions atmosphériques.

4"" Sur la certitude ainsi acquise que la terre était habitable pour l'homme.

5° Sur ce que dans toutes les régions, îJes ou continens, où Ton a rencontré ces grands mammifères, l'homme y vivait ou y avait vécu ; d'où Ton en pouvait conclure que si les animaux avaient paru sur la terre avant l'espèce humaine, elle les y avait suivis de près, et qu a l'époque du déluge elle y était déjà assez nombreuse pour y laisser des signes de son passage.

ô"" Enfin sur ce que ces débris humains avaient pu échapper aux investigations des géologues et des naturalistes eux-mêmes, parce que la différence de conformation qu'on remarque entre les individus fossiles et leurs analogues actuellement vivans pouvaient exister entre les hommes antédilu-^ viens et ceux d'aujourd'hui ; dès-lors qu'on avait pu les confondre avec d'autres mammifères ; qu'ici les probabilités physiques , l'expérience présente et passée, la géologie comme Thistoire, enfin la croyance universelle venaient à l'appui de la tradition; que-

videmment une race d'hommes antérieurs au dernier cataclysme qui avait changé la surface de la terre, y vivait dans les mêmes temps et vraisemblablement dans les mêmes lieux que les grands quadrupèdes dont on a retrouvé les os.

Dans cette conviction , M. Boucher de Perthes n a négligé ni soins , ni travaux , pour obtenir la preuve matérielle de sa démonstration théorique. Sa position de fortune lui permettait les dépenses quexigent les coupes de terrain et en général toutes les recherches géologiques et archéologiques exécutées sur une grande échelle. Ces recherches, il les a faites et elles ont duré dix ans. Le nombre de bancs diluviens qu il a fait ouvrir dans les départemens de la Somme, de la Seine et de la Seine-Inférieure est considérable ; il a étudié ces terrains

avec une attention scrupuleuse. D'un autre côté, les travaux des ponts-et-chaussées, ceux du génie militaire, les études du génie civil pour les voies de fer, ont facilité ses explorations; aussi le résultat a-t-il été complet. S'il n'a pu constater encore, dans les gissemens qu'il a analysés, la présence de fossiles

humains , il a rencontré l'équivalent ; et parmi des débris d^éléphans, de mastodontes, de sauriens, dont on peut voir au Muséum d'histoire naturelle de Paris des échantillons envoyés par lui, au milieu de ces fossiles, souvent même à plusieurs mètres au-dessous et à une profondeur où nul archéologue n'avait eu l'idée de chercher des traces humaines, il a découvert des armes, des ustensiles, des figures, des signes, des symboles, le tout en pierre, non pas sur un seul point, mais sur beaucoup ; et l'on peut presque affirmer que dans tous les terrains oii il existe des fossiles de grands mammifères , on rencontrera , si on les étudie avec persistance, de ces mêmes ébauches de l'industrie humaine.

Mais il suffirait qu'on en eût vu une fois, pour que la question fût résolue. Elle l'est donc, et la théorie que l'auteur avait présentée dans son livre De la Créatiov est aujourd'hui une vérité acquise. Non-seulement les traces d'une race d'hommes antédiluviens ont été retrouvées, mais ces traces prouvent que ces hommes avaient leurs arts , leur religion , leurs signes symboliques , leur

langue hiéroglyphique. Parmi ces signes, lauteur a cru reconnaître les types primi-^ tifs des dolmen et des pierres posées dites ^ pierres druidiques , et cette assimilation n'est ni la moins curieuse, ni la moins vraisemblable. La description des objets, celle des recherches, des fouilles, des sondages, font la matière de plusieurs chapitres, à la suite desquels sont dessinés ces objets , ainsi que la coupe des terrains qui ont été explorés.

Des échantillons de ces terrains, couche par couche, soigneusement étiquetés, et tous les morceaux recueillis, dont une partie ont été conservés dans leur gangue , sont à Abbeville , chez fauteur , où chacun peut les examiner. Pour faciliter cet examen , M. Boucher de Perthes a offert à TAcadémie de faire transporter à ses frais, à Paris, sa collection entière, et d'en faire un don (*) gratuit au pays, à la seule condition qu'un local convenable et ouvert au public serait

(*) M. Boucher de Perthes a c'galement fait don à la France, en 1843 , de sa belle galerie de meubles du moyen-âge ; elle a été acceptée avec reconnaissance, et pourtant il attend encore qu'un local soit préparé pour la recevoir.

— vin —

dispose exprès dans un des musées: de la capitale.

En outre de ses recherches dans les bancs diluviens , M. Boucher de Perthes a fait ouvrir plusieurs tombelles, un grand nombre de se'pultures gauloises et celtiques, et d'autres d'origine inconnue, bien plus anciennes encore. II donne la description de lits superposes d'ossemens et de cendres, sépare's par des bancs de tourbes et de tuf. II a découvert ainsi jusqu'à cinq étages d'urnes cinéraires appartenant à des générations différentes, dont les dernières étaient placées dans la tourbe bocageuse ou diluvienne.

La grossièreté de la pâte de ces vases (*) fabriqués à la main et séchés au soleil , et les ustensiles d'osf ou de pierre grossièrement taillés qui les entouraient, annonçaient qu'ils remontaient aussi, sinon au premier temps du monde, du moins à une antiquité bien plus reculée que celle qu'on attribue d'ordinaire à ces débris céramiques.

(*) On peut voir des échantillons (fc ces poteries données par Fauteur au] Musée céranii(|ue de Sèvres , fondé par le savant M. A. Bronpjniarl.

11 ne nous reste quà dire un mot de Texécution typographique; elle a eu lieu sous les yeux de Fauteur, et, ainsi qu'on peut le voir, elle laisse peu à désirer. Il en est de même des planches : exécutées par d'habiles dessinateurs avec une exactitude mathématique, elles rendent les objets avec vérité.

Il est inutile d'entrer dans le détail des firais qu'a entraînés cette publication. A l'inspection seule du volume, des quatre-vingts planches et des seize cents figures qu'il contient, on reconnaît que rien ne ressemble moins à une spéculation de librairie, et que le prix indiqué ne peut couvrir qu'une bien petite partie de ces frais; mais ainsi l'a voulu l'auteur. Il a soulevé une question capitale et présenté une nouvelle page d'histoire, il désire en faciliter l'étude, et dans sa prévision qu'ici les faits seraient confirmés par les faits , il en a appelé aux lumières de tous.

Il sera répondu à cet appel, et l'étude de ces signes de pierre jusqu'alors dédaignés ou inaperçus', donnera peut-être la clef d'une langue hiéroglyphique qui fut celle d'un

peuple séparé de nous par un déluge et par une série de siècles dont Timagination humaine ne peut pas apprécier le nombre.

Au moment où nous terminons cette note, nous apprenons que l'Académie des Sciences a, sur la demande de Tanteur, nommé pour examiner les questions traitées dans ce livre et pour constater les faits, une commission composée de MM. L. Cordier, Dufrenoy et Elie de Beaumont. Une seconde commission de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a été adjointe à celle de l'Académie des Sciences : MM. Jomard et Raoul Kochette en font partie. Le choix d*hommes aussi distingués prouve assez fimportance que la science attache à l'ouvrage que nous annonçons et aux découvertes qu'il signale.

Page 1