Antiquites frankes trouvees en Boheme
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Consignes d'utilisation
Bapon de BAYE
GAEN
HEx\RI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 34, RUE Demolombe, H4
Extrait du Bulletin Monumental. — Année 1907.
Mon Savant ami le docteur Pic. conseirateur da Musée national de Bohême, à Prague* ma oommuniqpié la photographie d'intéressants objets trouvés récemment parmi des ossements humains^ au nordouest de la Bohème, dans une localité nommi^e Sve« tec, en allemand Schwatz. près de Bilina.
C'est la seconde découverte en Bohème d^antiquiU^s que Ton est en droit de qualifier frankes.
Touchant la première trouvaille, consistant en mobi* liers funéraires exhumés sur les bords de la Moldau et synchroniques de l'occupation de la région par une population slave, j ai publié une notice avec figures dans le Bulletin Monumental, en 1894.
Ces divers vestiges du commerce que faisaient los Franks en pays slave, ces témoignages de Tinfluenco et même de la domination qu'ils y exerçaient, méritent d'attirer sérieusement Fattention.
Au sujet des objets qui ont dernièrement été mis au jour en Bohème, je ne puis que reproduire
objets figurent au Musée des Antiquités nationales, à Saint-Germain. Notons encore la cuillère recueillie dans les sépultures de PfuUingen, publiée par le professeur Lindenschmit (1). Celle-ci est en argent, percée de cinq trous, et son ornementation caractéristique se compose d'empreintes faites à l'aide de coins. Ces détails la rapprochent de celle de Bohême. Pour terminer, citons une cuillère de ce genre trouvée à Sibertswold, en Angleterre, dans une nécropole anglosaxonne (2).
On n'a pas encore réussi à déterminer quel était l'usage de ces petites cuillères.
Les grains de collier.
Ces grains de collier sont de deux sortes : les unsj en pâte de verre, ressemblent à ceux que l'on rencontre communément; les autres, en or, avec ornements de filigrane soudés sur la partie sphérique. Il y a lieu de croire que ces derniers ont été importés.
Nous n'insisterons pas sur ce fait notoire que les grains de collier en pâte de verre se rencontrent fréquemment et en grande quantité dans les sépultures frankes.
• La fibule.
Cette fibule allongée rentre 4ans la catégorie bien connue de celles qui se composent d'une partie de forme bombée, à l'extrémité inférieure de laquelle est fixée une plaque plus longue que large, terminée par
(1) Alterthûmer ; Mayence, 1870; Band II, Heft XI, Tafel 6.
(2) Inventorium Sépulcrale de Faussett, publié par Roach Smith en 1856 ; pi. XII.
Bijoux francs trouvés en Botiême.
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une tète d'animal stylisée ; et d'une partie semi-circulaire également aplatie, autour de laquelle rayonnent des saillies terminées par des sortes de bulbes. La technique de ce bijou, dont la face est entièrement recouverte de motifs décoratifs généralement employés par les populations barbares qui se partagèrent l'empire romain, ne présente de caractère particulier que sur un point. En effet, ce qui imprime à la fibule de Svetec un cachet des plus curieux, c'est que les balustrès qui portent les rayons surmontés de petites boules, sont reliés à eux par une bande arquée de métal, ce qui donne de la solidité à cette ornementation originale, sans nuire en rien à la légèreté. Des rayons figurant au sommet de cette broche, primitivement au nombre de sept, il ne subsiste plus que trois.
On ne peut signaler qu'un nombre assez restreint de fibules dont les rayons sont ainsi assujettis par une bande métallique recourbée. Lindenschmit a publié celles trouvées à Reinpfalz (Musée de Nuremberg) (1) et à Creuznach (Musée de Wiesbaden) (2), et le docteur J. Hampel, celles découvertes en Hongrie, à Keszthely (3) et à Bezenyei (4).
Cette variété de fibule rentre dans la série de celles dites à rayons, que Ton rencontre généralement par paires et qui sont une des caractéristiques les plus probantes des sépultures de l'époque des invasions barbares.
(1) Alterthûmer, Band III, Heft V, Tafel 6.
(2) Lindenschmit: Handbuch der deutschen Alterthûmskunde ; Braunschweig, 1880; Tafel XIX, fig. 4.
f3) D' J. Hampel : A Régibb Kôzépkor; Budapest, 1894; pi. XCIV. (4)/Wd., pi. CLVII.
La pendeloque en forme de poisson.
Une pendeloque en argent, représentant un poisson, provient également des sépultures de Svetec. Sa technique et sa décoration sont semblables à celles de la cuillère. L'une et l'autre paraissent être des produits de la même fabrication.
Les bijoux en forme de poisson ne sont pas très nombreux dans la série des ton\teaux contemporains de ceux dont nous nous occupons. Cependant, on rencontre parfois des fibules ictyformes. On connaît celles de Freilaubersheim (Hesse Rhénane) (1), qui est au Musée de Mayence, de Herpès (Charente) (2), de Charnay et de Sainte-Restitue (Côte-d'Or) (3).
Le peigne.
Ce peigne fragmenté rappelle en tous points ceux qu'on a trouvés dans les tombes barbares découvertes en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, en Allemagne et en Autriche-Hongrie. Il est en os, comme eux, et se compose de plusieurs lamelles réunies par des clous de [fer. C'est, du reste, une pièce typique, en ce sens qu'il s'harmonise très bien avec les autres pièces du mobilier funéraire exhumé à Svetec.
(1) Lindenschmit : Handbuch, Tafel XXIII, fig. 15.
(2) Ph. Delamain : Un cimetière mérouingien à Herpès, 1890.
(3) Baudot : Mémoire sur les sépultures des Barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne; Paris, 1860; pi. XIII et XXVII.
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Le coquillage.
La présence, dans nn des tombeaux de Svetec, d'un de ces coquillages univalves très polis, appelés communément porcelaine ou coquille de Vénus, est fort digne de remarque. Ce coquillage est percé et entouré d'oxyde de fer. Evidemment, sa forme et son origine lointaine le faisaient regarder comme rare et ayant du prix. 11 peut être considéré comme une cyprea tigris ou une cyprea panterina (à cause des mouchetures qui couvrent sa partie convexe) : dans la première hypothèse, il proviendrait des Indes ; dans la seconde, des rivages de la Mer Rouge. Cet objet, précieux pour les Barbares, indique qu'il existait entre eux et TOrient des rapports commerciaux ou d'une autre nature. Très probablement, ce coquillage était porté comme un ornement; sans doute aussi, des croyances superstitieuses s'y attachaient; en un mot, c'était un fétiche.
A ce propos, il convient de faire remarquer que le séjour prolongé dans la terre a souvent modifié Faspect de ces coquilles, ou même a amené leur désagrégation, cela, d'autant plus qu'elles se trouvaient en contact avec des matières éminemment susceptibles de nuire à leur conservation.
Je serais assez porté à penser qu'un objet de ce genre, alors considéré comme rare et précieux, caractérisait la sépulture d'un personnage riche ou d'un rang élevé.
Nous avons signalé un coquillage semblable, d'origine orientale, dans le tombeau de Wittislingen (1), dont le somptueux mobilier funéraire fait partie du Musée national bavarois.
Nous avons, nous-même, exhumé une cyprea analogue, également percée, d'une opulente sépulture de la nécropole franke de Joches (Marne) (2). Mon confrère M. Pilloy n'a pu me citer que deux pendeloques de cyprées recueillies : Tune, dans un tombeau, à Beauton, canton de Lafère, et l'autre, à l'état de fragments, dans le cimetière du Jardin-Dieu de Cugpy. Ces deux nécropoles frankes sont situées dans le département de l'Aisne.
Notons qu'encore aujourd'hui, dans certains pays du sud, on suspend au cou des fillettes de petites cyprea montées avec un fil d'argent.
Nous estimons qu'il y a un très réel intérêt historique à relever, partout où on vient à les rencontrer, ces manifestations de l'art, si empreint d'originalité, qui se propagea en Europe dans la période qui vit l'invasion des Barbares et la chute de l'empire romain. C'est, en effet, grâce à ce procédé qu'il sera possible un jour de déterminer l'aire géographique sur laquelle se déversa cette invasion.
(1) Baron de Baye : Le tombeau de Wittislingen, dans la Gazette archéologique f année 1889.
(2) Voir au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain, auquel j*ai offert toutes mes collections archéologiques de provenance champenoise, et dans la Revue archiologigue de 1880: Sépultures franques de Joches (Marne).
Caen. — Imp. H. Delesques, rue Demolombe,- 34.