LES HILOTES
Si des Hilotos reçurent la liberté par d'autres voies, ce fut sans contredit un fait rare, puisque, ainsi qu'on l'a vu plus haut, il ne dépendait pas des particuliers, mais de la puissance publique do les rendre libres. Très souvent, au contraire, on atfranchissait les Mothaques. On appelait ainsi les enfants des Hilotes, que les Spartiates avaient fait élever avec les leurs. D'ordinaire, sinon toujours, ces enfants étaient nés du commerce des maîtres Spartiates avec des femmes Hilotes, et nous voyons que plusieurs reçurent les droits civiques en même temps que la liberté'. C'était en particulier le cas de ceux que leur père légitimait en quelque sorte par l'adoption, et qui étaient gratifiés d'une part d'héritage suffisante pour soutenir leur rang de citoyen. Encore fallait-il évidemment pour cela l'adhésion des autorités compétentes. Nous savons d'ailleurs que généralement les adoptions étaient prononcées parles rois, par conséquent avec l'intervention de la puissance publique. Lysandre, fils de l'héraclide Aristocritos, etGylippe, tils d'un Spartiate coiisidérablr, Cléandridas, étaient nés dans la classe des motbaques. Tous deux paraissent avoir joui pleinement du droit de Cité. Quant aux mothaques non légitimés, et laissés par conséquent en dehors de la bourgeoisie, on ne sait qucdle place ils occupaient dans l'Etal.
Un cas très singulier d airranchissemenl se présenta durant la première guerre de Messénie, entre 743 et 723, lorsque, k la suite de combats acbai-nés, un grand nombre de maisons menaçaient de s'éteindre. On accoupla, parail-il, avec les lilles ou les veuves des Hilotes qui de là furent appelés ÏT.txix/r.z:, et considérés comme des hommes libres, voire même comme des citoyens, bien que sans doute ils n'aient pas joui de tous les
1. I'hylarqii(\ cité par AUirnôo VI, p. 271 (cf. los Vranm. UhL de Muller, I, p. 347). Il n'y a aucun compte à tenir tlii tcinoii^niaii'c d'Klien ( V((r. Uist., XII,, 'i3), d'après lequel tous les iVIoUiaqiies auraient été citoyens. Des ascerlion's telles ()uo celles que Xéno|.lion {Udlm. III. '\ ^ 12) prête aux ambassadeurs de Thèbes, à savoir que l^acûJéniouiens mettaient des Hilotes à la tète des villes, en qualité d'Iiarmostes, étaient évidemment calomnieuses et ne doivent s'tMilendre (|ue de gens pris dans la classe des Motlia(|ues. Cf. Isn. M'aie, l'iinii.n/r., >i III.
236 (uNSTITITION [)K SI'AnTi:
(lioils atl;icln''S ;i ce Litre'. Oiirhjiics liisLoricns |)n';si'ill('lil le fail 1111 |)cii (lillereminciil-, niais sans contredire la légende généralcmi'dl admise d'un grand nombre d'enfants nés à nclU' ('•poqnc (rimions illégitimes. C-rs enfants fni'ent apjielés r.xzht- T.x:. C<' fnrent eux <nii, mécoiiteiils de ne pas marcher, en toutes choses, de jiairavccles autres ciluyens, piirent le parti daller fonder la colonie de T.irente.
Les alfranchisqui n'ai)partenaienLpas à la classe des .Nt^'odamodessonL désignés sous le nom de xoi-y.:, libres, ou ùliz-z-z'., sans maîtres^ Le plus grand nombre sortait non de la classe des Ililotes, mais de celle des esclaves proprement dits, dont les Spartiates possédaient aussi un petit nombre, achetés à prix d'argent ou prisonniers de guerre.
^2. — Les Pfh'ièques.
Les Périèques, c'est-à-dire les habitants de la contrée environnante, formaient la seconde classe des populations inféodées à Sparte. Investis d'abord de droits égaux à ceux des Spartiates, et gouvernés par des princes qui ne reconnaissaient d'autre supériorité que celle du chef suprême de la Laconie, ils s'étaient laissés déchoir insensiblement dans un état d'infériorité entraînant des servitudes personnelles et réelles. Depuis l'entière soumission du pays, ils dépassaient de beaucoup les vainqueurs en nombre. Si l'on peut se guider d'après le partage des terres attribué à Lycurgue, ils étaient vis-à-vis des Spartiates dans le rapport de dix à trois. D'anciens historiens mentionnent en nombre rond cent villes lacédémoniennes, qui ne pouvaient être que des villes de Périèques \ Parmi ces villes,
i. Théopompe cité par Athénée, VI, p. 271 C. (Muller, Fva()m histnr., I, p. 310); Justin, III, 5, § 'i.
2. Anliochus cité par Strabon, VI, p. 278, et Ephore, Ibid., VI, p. 279. (Muller, Frugm. hist., ], p. 184 et 247.)