Antiquités préhistoriques de la Hongrie
Les objets contenus dans cet ouvrage ont été exposés au Musée national par les musées de province et les amateurs hongrois à l'occasion de la VIII. session du Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques.)
ESZTERGOM.
ALEXANDRE BESZEDES, ÉDITEUR.
L'exposition préhistorique arrangée au Musée national, à l'occasion de la VIII, session du Congrès d'Archéologie et d'Anthropologie préhistoriques, dont ce recueil est destiné à conserver le souvenir, a offert un vaste et véritable tableau des civilisations préhistoriques de notre pays.
Ce grand ensemble d'objets de toutes les époques préhistoriques a été le résultat des recherches que nos collectionneurs ont faites depuis une douzaine d'années dans le sol de la Hongrie.
M. le professeur F. F. Rômer, secrétaire-général de la VIII- Session, dans son discours *), a esquissé à grands traits les efforts que nos compatriotes ont faits dans ces derniers temps pour rassembler tous ces trésors et cultiver l'étude de l'Archéologie préhistorique.
Il faut ajouter à ce que M. Rômer a dit, que c'est luimême qui, il y a quelque vingt ans, a donné l'élan aux études préhistoriques et que son zèle à stimuler les amateurs ne s'est jamais ralenti.
Grâce à ces efforts il est maintenant possible de tracer, jusqu'à un certain point, un tableau général des civilisations préhistoriques dans nos contrées.
On ignore encore à quelle époque notre pays reçut ses premiers habitants et s'il y en avait qui aient été contemporains des habitants des grottes de la Belgique, du Wurtemberg et de la France.
Les premières traces de l'homme en Hongrie semblent être les trouvailles qu'on a faites dans les cavernes de Barâthegy (voir PI. XIII. I. 2. 3.) et d'Aggfelek.
Outre ces trouvailles, une quantité de silex et d'obsidiennes taillés (v. PL I.) trouvés presque partout, mais principale-
*) Discours du Secrétaire-Général etc. 16 pages en 8. Frankliu-Târsulat. Budapest, 1876.
ment dans les environs de Tokeij, peuvent aussi remonter au temps de ces cavernes.
Les gisements considérables de rel3uts de cuisine, de tcts et d'instruments en pierre et en os qu'on trouve dans beaucoup d'endroits, semblent aussi se rapporter à l'âge de la pierre. Ce sont quelquefois des tertres artificiels, comme celui de Szihalom (comté de Borsod) ; d'autres fois sur les bords des fleuves, une immense quantité de ces objets, nous indique des colonies préhistoriques. Les stations de Uj-Paulis et de Gyorok, de Csépa, de Szelevény, de Szentes, de Gomba, de Tisza- Igar, de Felsô-Dobsza, mais surtout celles de Tôszeg et de Magyarad (PI. IL et V) ont fourni la plus grande quantité d'objets.
La station de Tôszeg, d'après l'opinion de M. Pigorini, peut avoir été une colonie bâtie sur pilotis et est semblable aux terramares d'Italie*).
Cette station, comme celle de Szihalom et d'autres, fournissent des preuves qu'elles ont été habitées aux temps antérieurs aux métaux.
Jusqu'à présent nous n'avons pas réussi à découvrir d'habitations lacustres dans nos contrées. A en juger d'après les tertres, les hommes qui, à une époque fort reculée, ont occupé ce sol, s'étaient fixés le long des fleuves et sur le penchant des montagnes. Cependant M. le Comte Bêla Széchényi a trouvé des restes de la pierre polie sur les rives du lac Fertô ; (lac de Neusiedl) de nouvelles fouilles y feront peut-être découvrir des palaffites quand les environs du lac présenteront des conditions plus favorables aux investigateurs.
Outre ces stations, des armes et des outils en pierre polie se rencontrent partout, et notre recueil en donne ime série des plus caractéristiques. (PI. III. et IV.)
Le nombre de ces armes et outils qui se trouvent dans nos différentes collections surpasse trois mille.
Les plus curieux sont les ciseaux avec un côté plat (PI. m. 22— 2g), les tctes de massues (IV., 18—20), et les marteaux perforé:3 (IV., 11, 13, 16) dont la forme approche tant de celle des marteaux en cuivre.
Tels sont les restes qui nous donnent les preuves d'un âge
*) L. yV^'y/7>;/ ..Teiramar». ungheres.'- dans le Biillet. di Paletnolo^ia rtaliana.i 87O.
de la pierre polie en Hongrie et dont nout; ignorons encore la durée.
Seulement, d'après le fini et l'élégance de quelques outils en serpentine ou autres pierres (IV. g. ii. 13. 21. 22. 2;^, on pourra en conclure qu'ils ont été fabriqués après qu'on s'était déjà servi de métaux.
La question de savoir si un âge de cuivre a succédé à celui de la pierre polie, a été un des principaux problêmes dont s'est occupé le Congrès de Budapest-
M. François de Piilszky s'est prononcé, à cette occasion, dans un discours fondé sur les observations faites dans notre pays, que l'existence d'une telle période de transition peut avoir existé dans nos contrées.
La raison la plus forte pour une telle hypothèse est certainement le type caractéristique des outils en cuivre parmi lesquels il ne s'en trouve guère en bronze. (Voir pi. VII et VIII)
Leur forme est plus simple, ils sont plus lourds et ne présentent que très-rarement des ornements; aussi y a-t-il des formes de transition entre eux et les outils en pierre ; tandis que les celts à douille, les faucilles et les celts à ailerons en cuivre ne se rencontrent presque pas.
Il faut aussi faire remarquer le grand nombre d'outils en cuivre qu'on a trouvés dans notre pays, et qui surpasse le nombre total de tous ceux qui ont été trouvés dans les autres pays de l'Europe; il faut enfin considérer la grande richesse de cuivre que possède la Hongrie et la facilité à manier ce métal qu'on trouve très-souvent à l'état natif.
Il est donc bien possible qu'avant l'importation du bronze, et durant une période assez courte, on se soit servi du cuivre qui céda bientôt la place au bronze, dont les qualités sont bien supérieures.
L'étude des antiquités en bronze conservées au Musée national, avait déjà, avant le Congrès de Budapest, donné l'idée aux savants du Nord, d'assigner à notre âge du bronze une place à part dans cette civilisation.
Cette idée s'est justifiée et fortifiée en présence de presque toutes les grandes trouvailles de bronze qui avaient été réunies au Musée national à l'occasion de la VIII. session du Congrès,
Alors s'est offerte la meilleure occasion de constater la parenté de notre âge du bronze avec celui de nos voisins et celui du nord d'une part, et d'autre part, d'en fixer les traits caractéristiques qui le distinguent.
Les séries d'objets de ITige en bronze contenues dans ce recueil (PL IX— XIX), bien qu'elles ne soient pas toutes complètes, pourront très-utilement servir à ces études comparatives.
Ce qui distingue le plus notre époque du bronze, ce sont les celts à douille avec leur bord relevé en pointe (IX. 13)ainsi que d'autres types de celts à douille (IX. 21. 22. 2^,), la faucille XVII. 44, puis les poignards de la forme du nr. 8 pi. IX, les épées de types divers (X. 14, 15; XI i — g; IX;
XII 5. 7 et XVII, 53, 55, ensuite les têtes de lances (IX. 2, 3), les marteaux d'armes dont il y a différentes sortes (X, i ; XVII, 48, 50, 52, 54); les fibules spiraliformes X, 12, 13; XVI, 9); les diadèmes à spirales (XVI, 18, 2^), et une série d'autres objets en spirales (X, 2, 8, 9, 10, 16, XVIII 2g, 35).
Des objets en argile nous citerons les sceaux de Pilin
XIII 4—9; les animaux 10—15, puis la poterie du même endroit XVÏII et XIX, dont on ne put méconnaître le caractère spécial.
En présence de plus de deux mille objets en bronze recueillis dans tous les lieux du pays, et d'une centaine de grandes trouvailles, l'existence d'un âge de bronze en Hongrie ne paraît plus devoir être contesté. Du reste le caractère spécial de certaines classes de ces bronzes, la série de moules trouvés dans le pays, les fonderies où l'on trouve des lingots et des outils inachevés (PI. XIV, XV), témoignent que la plupart des objets en bronze ont été fabriqués dans le pays même.
Aussi est-il facile de distinguer ces objets indigènes de ceux qui ont été^. importés du sud vers la fin de l'âge du bronze.
Ceux-ci sont des vases en bronze ouvrés au repoussé, des casques du même travail (XII, i, 2, 3, 4, 6) et un petit nombre d'autres objets.
l.'âge du bronze ne semble pas avoir duré aussi longtemps chez nous qu'au Nord.
Les monnaies grecques du IVe siècle avant J. C. et les imitations barbares qu'on en a faites si fréquemment dans tout
le pays jusqu'aux vallées des Carpathes, sont les preuves de relations suivies entre les barbares de nos contrées et les Grecs des Balcans ; relations qui ne pouvaient tarder de procurer aux barbares la connaissance du fer.
D'un autre côté, l'immigration des tribus galliques revenant de leur invasion en Italie ont dû grandement contribuer aux progrès de la nouvelle culture.
Pendant les treize siècles qui s'écoulèrent depuis cette époque, outre les Romains qui s'établirent dans l'ouest et le sud de notre pays et qui occupèrent la Transylvanie, une foule de peuples différents passèrent par la vallée du Danube.
La plupart de ces peuples ne nous sont connus que de nom, car l'histoire n'en fait mention que rarement, et quand elle en parle ce n'est qu'en passant.
Le même clair-obscur règne encore sur les monuments qui nous sont restés de ces temps-là, bien que des trouvailles suivies de monnaies nous permettent de les ranger chronologiquement en certains groupes.
Les trouvailles comme celle de Magyar- Csaholy en Transylvanie consistant en fibules et autres objets d'argent avec des monnaies romaines du temps de la république et du commencement de l'empire ; celle d' Osztropataka avec un solidus de Herennia-Etruscilla, et enfin celle de Bakod remontant selon toute apparence au quatrième siècle de notre ère. Ces trouvailles nous montrent le caractère barbare subissant l'influence romaine qui, dans nos contrées, a subsisté jusqu'au IVe siècle.
Les vases ornementés, remplis d'une matière blanchâtre peuvent être aussi attribués à cette époque. (XX. i, 2, 4, 5, 6; 7; 8; 9; II, 13; 14; 16, 17. 19; XXI, 1-^8.)
Une seconde série de trouvailles, datant du sixième et septième siècles, nous présentent le cachet des objets appelés mérovingîe?i^ en France. Ce sont les trouvailles de Kunâgota, avec un solidus de Justinien L, de Szent-Endre (deux solidus de Justinien I. et de Phokas) et d'Ozora (solidus de Constantin Pogonate).
Cette époque, appelée au nord second âge du fer ou époque de l'influence byzantine, est chez nous le temps des grandes migrations des peuples, parmi lesquels les Huns, les Goths et les Avares ont occupé le plus longtemps le pays.
La plupart des tumuli, si nombreux dans notre pays, semblent être de ces deux époques, et, si les noms des Huns et des Avares n'y sont pas justement appliqués par la tradition, les ,^Kîirghans", „Kimhaloms'-^ et „avar sâncz" doivent sûrement, au moins le plus grand nombre, leur origine aux époques susmentionnées.
L'exposition préhistorique n'abondait pas en objets de ces temps : elle ne nous donne qu'à peine une planche (XXIII).
La dernière époque païenne a été représentée à l'exposition par les trouvailles de Pilin dont nous donnons dans ce recueil les objets les plus remarquables (PI. XXIV).
Outre ces trouvailles, celles de Szolyva, de Porôs, de Vcreb et de Galgocz, au Musée national sont du neuvième et dixième siècles de notre ère et nous montrent le caractère des trouvailles de Pilin, ou un caractère oriental eucore beaucoup plus décidé, comme celui de la trouvaille de Galgocz.
Ce qui nous semble aussi un fait bien digne d'être remarqué, c'est que déjà à l'époque précédente et dans celle-ci, l'étrier paraît pour la première fois en Europe. Par conséquent ce pouvait être un peuple de l'Orient immigré à cheval au sixième ou septième siècle, qui l'apporta avec lui dans ce pays.
Budapest, février 1877.
Hcuixpel.