Antiquités suédoises, dessinées
A l'époqiic de la naissance de Jésns-Christ ou un peu plus tard, commence en Suède, avec l'emploi du fer, une ère nouvelle que l'on a nommée VAge du fer. Comme l'on comprend sous ce terme la partie des temps -payens pendant laquelle le fer fut en usage, l'âge du fer se termine avec la consolidation du Christianisme, soit, dans nos contrées, vers le milieu du ll:ème siècle.
La foule de monnaies étrangères que l'on rencontre dans les trouvailles de ITige du fer Scandinave, et l'étude attentive des tombeaux et des antiquités de cet âge, ont fourni la possibilité de distinguer avec une assez grande certitude ce qui appartient au commencement, au milieu et à la fin de cette période d'environ dix siècles. Nous considérerons donc spécialement:
1. Le commencement de l'âge du fer ou le premier âge du fer (suédois: den àldre jernâldern), de la naissance de Jésus-Christ a l'an 450 environ. n. L# milieu de l'âge du fer ou le moyen âge du fer (suéd. : midten af jernâldern), de l'an 450 à l'an 700 environ.
in. La fin de l'âge du fer, ou le dernier âge du fer {suéd.: den yjigre jernàldern), de l'an 700 environ à la dernière moitié du ll:ème siècle.
Tout montre que les habitants de la Suède ont dû à une influence étrangère la connaissance du fer comme celle du bronze. Mais les opinions sont encore partagées sur la question de savoir si cette influence provient de relations commerciales avec des peuples étrangers, ou s'il la faut considérer comme synonyme d'une nouvelle immigration. Même si l'on n'avait pas cause d'admettre une immigration en grand au commencement de l'âge du fer, divers indices semblent toutefois dénoter que de nouvelles races sont arrivées dans le Nord pendant le premier âge du fer, apportant avec elles l'écriture runique et une foule d'ouvrages romains, preuves des relations dans lesquelles ces races s'étaient trouvées, et se trouvèrent sans doute longtemps encore, avec le monde romain.
La langue des plus anciennes inscriptions runiques montre que le peuple qui habitait la Suède pendant le premier âge du fer était d'origine germanique. 11 a toutefois encore été impossible jusqu'ici de décider si c'était la première fois que des Germains s'établissaient dans nos contrées.
Le milieu de l'âge du fer se distingue par une abondance toute particulière d'or, ayant probablement sa source extrême dans les tributs considérables de ce métal que durent payer aux Goths du Danube plusieurs des empereurs byzantins, ceux-là mêmes dont les noms se lisent sur les monnaies trouvées chez nous. Il est facile de tracer les chemins, suivant principalement le cours de la Vistule, par lesquels ces flots d'or parvinrent jusqu'aux peuples germaniques de la Baltique.
Les relations avec Byzance, qui avaient ainsi commencé pendant le milieu de notre âge du fer, continuèrent pendant les derniers siècles de la période, grâce surtout aux Nordmans qui entrèrent au service des empereurs byzantins.
D'un autre côté, les Arabes exercèrent à cette époque une influence considérable sur l'Europe. Ils étendirent à travers la Russie leurs relations commerciales jusque dans le Nord, circonstance dont témoignent entre autres les trésors d'argent, mêlés d'une foule de monnaies arabes, que l'on trouve enfouis dans le sol suédois, surtout à Gotland. Cette île était déjà pendant les derniers siècles de la période payenne le centre du commerce du Nord, comme elle le fut plus tard durant la plus grande partie du moyen-âge.
Outre les monnaies arabes, dont plus de 20,000 sont connues pour la Suède, il a été retiré de notre sol une foule de monnaies allemandes, bohémiennes, néerlandaises, anglo-saxonnes et irlandaises, toutes en argent. 11 est assez curieux que l'on ne rencontre que quelques monnaies byzantines et franques de cette époque, quoique l'on eût dû pouvoir s'attendre à trouver par milliers les souvenirs des courses des varègres et des vikings.
Le nombre considérable de monnaies anglo-saxonnes d'jEthelra3d découvertes en Suède (on en connaît plus de 15,000), doit être considéré comme une partie des grands tributs que les vikings du Nord arrachèrent à ce faible roi.
Notre dernier âge du fer coïncide à peu près avec la période des vikings proprement dite, cette période intéressante où les fils du Nord descendirent siir toutes les côtes de l'Europe, oii ils fondèrent de puissants empires en Eussi# et en Angleterre, en France et en Italie, où ils sauvèrent leur littérature en colonisant l'Islande, où les hardies expéditions au Vinland attachèrent leur nom à la découverte de l'Amérique.
Le dernier âge du fer se fait remarquer au reste par un autre événement historique important, la réunion des provinces de la Suède en un seul royaume sous la suprématie du roi d'Upsal. Presque à la même époque (environ l'an 900), Gorm-le-vieux devint le premier roi unitaire du Danemark, et Harald Hârfager (Harald aux beaux cheveux) soumit toute la Norvège à sa domination.
En général, les ouvrages suédois des premières périodes de l'âge du fer présentent une grande ressemblance avec les ouvrages contemporains des Germains de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre. Le fait qu'il n'en est plus de même des ouvrages de la dernière partie de l'âge du fer, est sans doute dû en premier lieu à la circonstance que, par la situation de leur nouvelle patrie, comme par leur adoption du Christianisme, les Germains du Sud et de l'Ouest étaient entrés dans des relations plus intimes avec les habitants des anciens pays de l'Empire romain, que leurs frères encore payens du Nord.
La plupart des tombeaux du premier âge du fer contiennent des ossements calcinés. On a rencontré toutefois, principalement dans les îles d'Oland et de Gotland, bien des corps non brûlés, déposés à l'ordinaire dans de grandes cistes formées de dalles posées de champ, recouvertes dans la plupart des cas d'un tumulus rond.
Les milliers de tumulus encore conservés de la dernière partie de l'âge du fer, contiennent de même dans la règle des restes de corps brûlés, quoique l'on ait aussi trouvé des squelettes dans plusieurs des tombeaux de cette période.