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Antoine Watteau, peintre d'arabesques

Watteau devait occuper une des premières places dans celte collection, Les Grands Ornemanistes , dont le but est de reproduire les œuvres des créateurs de styles.

Pour beaucoup l’œuvre ornementale de Watteau sera une surprise, l’artiste Valencien nois étant plus célèbre par ses pastorales galantes, ses fêtes champêtres et ses merveilleux dessins, que par ses panneaux ornés, ses plafonds, ses dessus de clavecins, écrans et éventails.

La décoration intérieure des édifices au moyen de la peinture, employée soit seule, soit avec la sculpture ou la céramique, remonte à la plus haute antiquité, les motifs décoratifs variant suivant les époques.

Au commencement du xvie siècle, à la suite de la découverte à Home, des Thermes de Titus, on s’empressa de décorer les murs des palais d 'arabesques imitées de celles qui venaient d’être si heureusement retrouvées. Raphaël, vivement impressionné par cette vision de l’art antique, s’en inspira pour la décoration des Loges au Vatican 1.

(1) Bien que peintes au xvie siècle, les Loges de Raphaël ne commencèrent à être bien connues en F-rance qu'au xviii0 siècle, lorsque furent publiées de 1774 à 1783 les belles planches de Yolpato reproduisant les célèbres panneaux décoratifs exécutés par Raphaël et ses élèves.

A cette époque les artistes français influencés par ces compositions s’en inspirèrent dans leurs œuvres et ce fut l’origine du style Louis XVI, dont les principaux motifs décoratifs se retrouvent presque tous dans les Loges.

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Ces décors dans lesquels des sujets variés se retrouvaient au milieu d’entrelacs et d’entourages dont la forme, malgré l’irrégularité apparente, restait soumise à des règles déterminées, rappelaient de loin les décorations si originales en même temps que si méthodiques dont les Arabes ornaient leurs monuments. De cette analogie naquit le nom d 'arabesques employé assez inexactement pour ce genre de décoration.

Au début du xvie siècle on usa aussi du mot grotesques (grottesches) , nom qui fut donné aux peintures des Thermes de Titus parce qu’elles avaient été découvertes dans les grottes ou excavations faites pour retrouver les monuments enfouis dans le sol.

Depuis ce moment les mots arabesques ou grotesques ont été simultanément employés pour désigner ces panneaux, dessus de porte, frises, ou, parmi des encadrements formés d’ornements, de feuillages, de banderoles, se trouvent représentés, personnages, animaux, sujets mythologiques ou allégoriques.

En France, pendant le xvie siècle, les peintres, les tapissiers, les brodeurs imitèrent à l’envi les artistes italiens. Du Cerceau a laissé plusieurs recueils de grotesques ou & arabesques, dans lesquels on retrouve des réminiscences des œuvres de Jean de Udine, de Zoan Andrea, de Yico, etc. Ces recueils ont été consultés avec succès par les décorateurs de l’époque. Ils furent encore feuilletés au xvne siècle, même par Bérain, dont la vogue fut si grande sous Louis XIV, et les panneaux et tapisseries dessinés par cet artiste se seraient appelés Arabesques , si l’on n’avait inventé pour eux le nom de llerinacles .

La transformation qui s’opéra dans les mœurs au commencement du xvme siècle, amena une modification impor-

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tante dans la distribution des maisons. Aux grandes salles nécessaires aux réceptions pompeuses du temps de Louis XIV on substitua des petits salons, des boudoirs, des cabinets où les intrigues galantes de la Régence se donnèrent libre cours.

La décoration de ces pièces fut appropriée à leur destination et ce fut au milieu, de bosquets de feuillages, de palais de féerie, que les artistes placèrent leurs compositions galantes et voluptueuses, leurs divinités, leurs bergers amoureux, et les personnages de la Comédie italienne.

Gillot fut un initiateur dans ce genre et malgré le petit nombre de documents qui nous restent sur ses travaux de décorateur, on peut par ceux qui subsistent juger de leur qualité, de leur variété et comprendre l’approbation de ses contemporains.

Ce fut à l’époque où le succès de Gillot était le plus marqué que Watteau fît sa rencontre ; il devint son élève et demeura chez lui pendant un certain temps. Cette collaboration fut décisive pour Watteau. Toute sa vie, il subit l’ascendant du maître gracieux dont les tableaux et les compositions ornementales lui ouvrirent les yeux sur plusieurs points de la peinture dont il ne se doutait guère auparavant.

Sans insister sur le goût que Watteau emprunta à Gillot de scènes où figuraient les acteurs de la Comédie italienne, son influence est encore plus saisissante dans les nombreux travaux de décoration exécutés par Watteau.

Aussi lorsque Gillot, jaloux dit-on de son élève, abandonna ce genre de travail pour se consacrer à l’illustration et à la gravure, Watteau ne lit que continuer ce que son maître avait si bien commencé.

Watteau devait, lui aussi, avoir ses imitateurs et ses cou t i-

WATT E AC

nuateurs et Huet, Ranson, Piliement, La Vallée Poussin, Queverdo, etc., etc., déployèrent pour la décoration des petites maisons des trésors d’ingéniosité.

En quittant Gillot, Watteau était entré chez le peintre Claude Audran, qui était au commencement du xvme siècle considéré comme le premier décorateur de son temps. 11 avait travaillé à Anet, à Meudon, à Versailles et surtout au Luxembourg. Les travaux d’Audran dans ce palais étaient si importants qu’il en avait été nommé concierge , ce qui correspond à peu près à l’emploi de conservateur du monument, et son atelier était établi dans le palais il ne reste rien des décorations exécutées par Audran au Luxembourg, travaux auxquels Watteau collabora et qui perfectionnèrent heureusement son talent pour ce genre de peinture.

Audran fut aussi chargé de travaux d’embellissements au château de la Meute ou la Muette, très fréquenté par Louis XV enfant. Ce fut probablement à ce moment que Watteau reçut la commande de Figures chinoises et Tartares , destinées au cabinet du Roy au château de la Meute. Ces figures au nombre de trente ont été gravées par Boucher , Jeaurat et Aubert , sans que l’on sache comment elles étaient utilisées dans le château.

L’engouement pour les objets chinois, porcelaines, laques, curiosités, était grand dès la Régence ; beaucoup d’artistes firent des chinoiseries et Watteau en peignit probablement quelques-unes en dehors des figures exécutées pour la Muette ; son œuvre gravé ne renferme que deux arabesques : Y Empereur chinois et la Divinité chinoise ; il ne paraît donc pas s’ètre arrêté longtemps à ce genre de peinture.

On possède peu d indications sur les autres travaux exécutés par Watteau comme peintre décorateur, et aujour-

PEINTRE D’ARABESQUES

d’hui il ne subsiste aucune décoration complète que l’on puisse lui attribuer avec certitude.

11 peignit quatre figures représentant les Saisons pour la salle à manger de Crozat ; ces peintures ont été dispersées ; les quatre grandes arabesques (la F este bachique , la Balanceuse , la Partie de chasse et le May) suivant une note de Mariette, garnissaient les lambris du cabinet de M. Chauvelin, Garde des sceaux.

Le comte de la Béraudière a retrouvé il y a une cinquantaine d’années, dans I ’bôtel de Poulpry, situé rue de Poitiers, deux panneaux de porte sur lesquels étaient peints le Faune et X Enjôleur. Dans le même hôtel il restait un plafond qui a été attribué à Watteau ; une reproduction en a été insérée dans le volume de Champeaux : IX Art décoratif dans le vieux Paris , p. 98.

Dans son excellent Catalogue de ! œuvre de Watteau , Edmond de Goncourt mentionne encore parmi les peintures décoratives de Watteau dont il a retrouvé la trace, l’original des Dénicheurs de moineaux , qui a figuré à la vente de Julienne; les Singes de Mars annoncé à la vente du sculpteur Cayeux ; un paravent avec les Saisons fait pour Blondel de Cagny ; un dessus de piano qui a été vendu dans la collection Saint. De Goncourt mentionne encore un dessin original conservé à l’Albertine de Vienne représentant la Pellerine altérée , portant l'inscription fait pour le château de Meudon. A la vente Coypel en 1753, passait sous le n° 260 un éventail orné d’une gouache représentant la Coquette . C'est probablement le même sujet que l’arabesque gravée sous ce titre.

Edmond de Goncourt signale aussi une série de quatre panneaux représentant les Saisons sous la figuration d’Amours et de singes, panneaux qui décoraient le cabinet du duc de Cossé.

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Ces peintures ont été gravées à la manière du lavis par Guyot et on peut se rendre compte en examinant ces gravures du peu de place que tiennent les singes dans la composition. Ces animaux se retrouvent encore dans deux autres sujets peints par Watteau : le Marchand d’ Orviétan et les Singes de Mars. Ces quelques singeries ont entraîné Edmond de Goncourt à donner la paternité à Watteau de la décoration des deux pièces du château de Chantilly, la Grande Singerie et la Petite Singerie. Cette attribution n’est guère acceptée aujourd'hui, et les amusantes peintures de ces deux salles célèbres sont considérées comme étant l’œuvre de Christophe Huet, qui a décoré un autre cabinet dans ce genre à l’Hôtel de Rohan et probablement un autre, au Château de Champs, pour Mme de Pompa do ur.

Les tableaux, dessins et peintures décoratives de Watteau furent gravés par les meilleurs artistes dans la première moitié du xviii6 siècle. Un ami du peintre, M. de Julienne, eut même le soin de rassembler sous le titre L’Œuvre de Antoine Watteau , peintre du Roy en son Académie royale de peinture et sculpture , les planches éditées par Gersaint, Huquier , L . Cars , la veuve Cher eau, etc., en un recueil de 280 à 300 morceaux de gravures tirés sur 220 feuilles environ, dont il fut mis en vente 100 exemplaires. C’est dans ce recueil, parmi des estampes célèbres d’après Watteau : L Embarquement pour Cythère , Y Enseigne, la Mariée de village , la Finette , Y Indifférent, etc., que l'on trouve les gravures des Arabesques. La composition du Recueil formé parM. de Julienne variant suivant les exemplaires, nous donnons ci-après la liste complète des arabesques que doit renfermer un bon exemplaire. Les chiffres placés entre crochets renvoient aux planches du présent volume.

PEINTRE D’ARABESQUES

1. — Grand Cartouche en hauteur , gravé par Moyreau. Gersaint, éditeur [PL 1] .

Sert de titre au deuxième volume du recueil de M. de Julienne et porte l’inscription suivante : Œuvres des Estampes gravées d'après les Tableaux et Desseins de feu Antoine Watt eau peintre flamand de V académie royale de Peinture et de Sculpture. Quatrième et dernière Partie.

Il en existe des épreuves avant l’inscription.

2-5. — Grandes Arabesques en hauteur (Feste bachique, gravé par Moyreau. — La Balanceuse, gravé par Le Bas. — Partie de chasse, gravé par Scotin. — Le May, gravé par P. Aveline). Gersaint et Surugue, éditeurs en 1731 [PL 2-5].

6-9. — Quatre panneaux en hauteur (L’enjôleur, gravé par Aveline. — Le Vendangeur, gravé par Moyreau. — Bacchus, gravé par Aveline. — Le Frileux, gravé par Moyreau). Gersaint, éditeur [PL 6-7].

10-13. — Quatre panneaux en hauteur (Le Faune, gravé par Aveline. — Le Buveur, gravé par Aveline. — Momus, gravé par Moyreau. — La Folie, gravé par Moyreau). Gersaint et Surugue, éditeurs [PL 8-9].

14-15 — Le Bouffon. — La Chasseuse. Deux compositions en hauteur , gravées par Huquier. Veuve Chereau et Huquier, éditeurs [PI. 10].

16-17. — Le Berger empressé. — Le Jardinier fidèle. Deux compositions en hauteur , gravées par Huquier. Veuve Chereau et

Huquier, éditeurs [PL 11].

18 21. — La Grotte. — Le Berceau. — Le Théâtre. — La Déesse. Quatre compositions en hauteur , g ravées par Huquier. Veuve Chereau et Huquier, éditeurs [PL 12-13].

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